Les chauves-souris en grave danger

Publié le 15 avril 2018
Écrit par Les chauves-souris en grave danger

Les chauves-souris en grave danger
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Les chauves-souris sont des mammifères méconnus : bien que nous les croisions rarement (elles sont actives la nuit), nous en avons une peur injustifiée. Or, saviez-vous qu’une seule petite chauve-souris brune (Myotis lucifugus) peut manger l’équivalent de son poids en insectes en une nuit, soit environ 600 par heure ? Vous y penserez, quand les moustiques vous tourneront autour l’été prochain !

 

Malheureusement, toutes les espèces de chauves-souris en Amérique du Nord sont actuellement en grave danger à cause d’une infection fongique surnommée le « syndrome du museau blanc » (SMB). Le champignon Pseudogymnoascus destructans a en effet décimé les populations à un tel rythme depuis son introduction en Amérique que si rien n’est fait, plusieurs espèces indigènes pourraient disparaître.

 

«Une étude de Turner et coll., en 2011, effectuée sur 42 sites aux États-Unis évalue la mortalité générale à 88 %, et ce, seulement 5 ans après l’apparition du SMB. Les déclins observés pour les espèces présentes au Québec sont de 91 % pour la petite chauve-souris brune (Myotis lucifugus), 98 % pour la chauve-souris nordique (Myotis septentrionalis), 41 % pour la grande chauve-souris brune (Eptesicus fuscus), 75 % pour la pipistrelle de l’Est (Perimyotis subflavus) et 12%pour la chauve-souris pygmée de l’Est (Myotisleibii). » (Chauves-souris aux abris, s.d.b.)

 

Comme vous pouvez le constater, on ne parle pas simplement d’une partie de la population ou de certaines espèces affectées, c’est littéralement l’hécatombe. Selon les experts, il s’agirait en fait de l’un « des déclins les plus fulgurants jamais observés chez un groupe animal. » (Chauves-souris aux abris, s.d.b.).

Voici donc un portrait de la situation ainsi que des actions à entreprendre pour aider les populations

 

Dangereuses, les chauves-souris ?

Les mythes ont la vie dure.

 

NON, les chauves-souris ne collent pas dans les cheveux. Certaines pourraient être attirées par un essaim d’insectes tournant autour de votre tête, sans pour autant vous toucher.

 

NON, les chauves-souris ne sont pas des transmetteurs de la rage. En fait, moins de 1%des individus de l’espèce en seraient atteints.

 

NON, les chauves-souris ne se nourrissent pas de sang. En fait, deux espèces le font, mais elles habitent en milieu tropical. Toutes les espèces au Canada se nourrissent exclusivement d’insectes.

 

Les chauves-souris sont complètement inoffensives pour l’homme. Je dirais même plus ; étant donné leur efficacité à manger des insectes nuisibles, on pourrait les considérer comme des amis !

 

(Chauves-souris aux abris, s.d.b.)

 

Le syndrome du museau blanc

Le SMB, pour le moment, n’affecte qu’un des deux groupes de chauve-souris : les résidentes. Comme expliqué dans l’encadré, celles-ci se réfugient en hiver dans des abris où elles y abaissent leur température corporelle (3à6°C) pour hiberner. C’est pendant cette période de dormance que le champignon causant le SMB s’installe sur elles, car leur métabolisme est au ralenti et leur système immunitaire, faible. Tout de même, leur système immunitaire réagit en les réveillant, mais chaque réveil puise intensément dans leurs réserves énergétiques. À titre de référence, chaque réveil représente l’équivalent de 30 à 60 jours de réserves énergétiques.

 

À mesure que le champignon prend emprise et que la chauve-souris essaie tant bien que mal de le combattre, ses réserves énergétiques baissent, et elle finit par mourir avant la fin de l’hiver, épuisée, déshydratée et affamée. Quel triste sort !

 

L’apparition du champignon en amérique

L’apparition du champignon Pseudogymnoascus destructans est très récente. Il a effectivement été répertorié pour la première fois dans l’ÉtatdeNewYorken2006.Les experts pensent que l’homme en est responsable… En fait, il s’agirait d’un ou de plusieurs touristes qui, sans le savoir, ont introduit des spores du champignon dans une grotte en zone touristique.

 

En effet, le champignon existe depuis plusieurs années en Europe, et les espèces de chauves-souris du vieux continent sont capables d’y résister. On pense donc que ces espèces ont évolué conjointement depuis bien longtemps, alors que les espèces américaines n’ont jamais eu à développer des mécanismes de défense contre ce pathogène(Garant-Aubry,2017).

 

Depuis 2006, le champignon se propage à une vitesse démente, soit près de 230 kilomètres par année. C’est ainsi qu’en 2010, le SMB a atteint les provinces du Québec et de l’Ontario. Le pathogène n’a ensuite mis que trois petites années pour se rendre dans le Nord-du-Québec, près de Chibougamau. D’ailleurs, le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs vous invite à rapporter tout signalement pour effectuer un suivi de la répartition de l’infection :

« Les citoyens de la province, particulièrement ceux de la Côte-Nord, du Nord-du-Québec, du Bas-Saint-Laurent et de la Gaspésie–Îles-de la-Madeleine, sont invités à signaler les chauves-souris mortes ou volant en plein jour, jusqu’au mois de mai, en composant sans frais le 1 877 346-6763. » (Ministère des Forêts, de la Fauneet des Parcs, s.d.b.).

 

Les chauves-souris du Québec

Huit espèces sont présentes sur notre territoire. Celles-ci sont divisées en deux groupes.

 

Résidentes : ces chauves-souris demeurent sous nos latitudes pendant l’hiver et se réfugient dans des grottes naturelles ou des mines abandonnées pour hiberner.

 

  • Chauve-souris nordique (Myotis septentrionalis)
  • Grande chauve-souris brune (Eptesicus fuscus)
  • Petite chauve-souris brune (Myotis lucifugus)
  • Chauve-souris pygmée de l’Est (Myotis leibii)
  • Pipistrelle de l’Est (Perimyotis subflavus)

 

Migratrices : ces chauves-souris migrent au sud pendant l’hiver, mais reviennent au Québec pour la période estivale.

  • Chauve-souris rousse(Lasiurus borealis)
  • Chauve-souris cendrée (Lasiurus cinereus)
  • Chauve-souris argentée (Lasionycteris noctivagans)

 

(Chauves-souris aux abris, s.d.b.).

 

Quoi faire pour aider nos amies les chauves-souris ?

Malheureusement, il y a peu d’actions directes à effectuer pour aider les populations de chauves-souris déjà infectées. Il existe cependant plusieurs actions pour venir en aide aux populations non atteintes et les individus ayant survécu à l’infection !

 

Tout d’abord, il est d’une importance capitale de limiter le risque de propagation par l’homme. Voici ce que le site Web du Centre de la science de la biodiversité du Québec vous conseille :

 

« Il est recommandé aux personnes pratiquant des activités de spéléologie d’éviter de visiter des lieux fréquentés par les chauves-souris dans les régions où la présence du syndrome a été confirmée pour ensuite aller visiter des sites dans des régions non contaminées. Ceci s’applique également au public visitant des grottes touristiques. De plus, lors d’une visite de grottes, il est nécessaire de prendre des mesures de décontamination appropriées avant et après chaque visite effectuée. Il est d’ailleurs important de noter que le syndrome peut être présent à un endroit sans qu’on observe de signes distinctifs sur les chauves-souris, ce qui complexifie l’évaluation de l’état d’un site. » (Chauves-souris aux abris, s.d.b.).

 

Également, quelque chose d’assurément plus applicable pour la majorité des lecteurs est l’installation d’abris spécialement conçus pour les chauves-souris. Il est possible d’en acheter sur le site Web de la Fédération canadienne de la faune : https://shopcwf.ca/products/batbox?src=htbkit.

 

D’autres modèles sont offerts sur le site Web de l’entreprise Permabitat : http://permabitat.ca/categorieproduit/nichoirs-et-abri-faunique/.

 

Si vous êtes bricoleur, vous pouvez même construire votre propre nichoir ! Effectivement, l’organisme Bat Conservation International a mis à disposition sur le Web des guides de construction gratuits. Vous pouvez y avoir accès via ces liens :

 

Abri à une chambre: http://www.batcon.org/files/BCI_Single_Chamber_Bat_House_Plans-3.pdf.

 

Abri à quatre chambres : http://www.batcon.org/files/FourChamberNurseryHousePlans-3.pdf.

 

(Disponibles en anglais seulement)

 

Si vous comptez installer un abri à chauve-souris, voici les caractéristiques optimales d’installation afin d’attirer les chauves-souris, tel que conseillé par la Fédération canadienne de la faune :

  • Plus les chambres sont spacieuses (et plus il y en a), mieux c’est ;
  • L’abri est de couleur sombre;
  • L’abri est orienté vers le sud (pour recevoir le plus d’ensoleillement possible le jour) ;
  • L’abri est installé à une hauteur de 3 à 6 mètres du sol ;
  • L’abri se trouve à moins de 300 mètres d’une source d’eau ;
  • Son emplacement est dégagé et exempt de branches en surplomb ou en dessous pour permettre aux chauves-souris de piquer vers l’abri ;
  • Il n’est exposé à aucune pollution lumineuse le soir et la nuit, car les chauves-souris peuvent chasser, mais pas nicher près d’une source de lumière.

 

(Fédération canadienne de la faune, s.d.b.)

 

Bref, la chauve-souris, le seul mammifère capable de voler, est en grave danger. Partout en Amérique du Nord, les populations sont affligées par le syndrome du museau blanc, un champignon particulièrement létal pour les espèces hibernant pendant l’hiver. Il s’agit d’une hécatombe comme on en voit rarement : aux États-Unis, en à peine 5 ans, les scientifiques ont estimé que 88%des individus des populations touchées en étaient décédés. Arrivé en 2010 au Québec, le champignon semble s’attaquer aussi violemment aux populations locales, entraînant des conséquences graves au niveau de l’agriculture, notamment. Pour aider ce petit animal incompris et méconnu, vous pouvez faire deux choses : vous assurer de ne jamais propager l’infestation à une population non atteinte et installer des abris à chauve-souris. Le meilleur moment pour ce faire est maintenant, à la fin de l’hiver, pour que les chauves-souris puissent les trouver et les utiliser dès leur sortie des cavernes. Comptez-vous leur installer une petite maison près de la vôtre ? En plus de leur donner un petit coup de pouce bien mérité, pensez à tous les insectes que vous n’aurez pas autour de vous ou dans votre jardin cet été !

 

RÉFÉRENCES

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