Améliorer la plasticité cérébrale par l’apport nutritionnel

Publié le 9 novembre 2017
Écrit par Sylvie Rousseau, nd.a.

Améliorer la plasticité cérébrale par l’apport nutritionnel

Restaurer la plasticité cérébrale est un enjeu majeur chez les neuroscientifiques à l’heure où les maladies neurodégénératives sont devenues un fléau. En effet, ralentir la perte de la fonction cérébrale avec le vieillissement est aujourd’hui un défi de taille.

 

La science l’a maintes fois confirmé, le cerveau a la capacité, si on lui en donne l’occasion, de former de nouvelles connexions neuronales. Concrètement, lorsqu’on enregistre de nouvelles informations, un influx électrochimique est envoyé dans l’espace entre les neurones, soit les synapses, dans l’objectif de renforcer les connexions et de générer de nouvelles voies neuronales pour maîtriser ces apprentissages. C’est ce qu’on appelle la neuroplasticité.

Maintenir un cerveau flexible et jeune est donc le secret pour optimiser l’apprentissage, la mémoire et les fonctions cognitives. À l’opposé, si ces connexions se détériorent, la mémoire devient défaillante et on oublie de simples choses, comme un numéro de téléphone. Quand on vieillit, c’est cette plasticité qu’on perd progressivement, ce qui amène la perte cognitive caractéristique des personnes âgées.

On pensait à l’époque que la perte de la plasticité cérébrale était inévitable avec le vieillissement, mais les récentes recherches sur la nutrition ont permis de faire une percée dans ce domaine. On a découvert que le magnésium avait un effet significatif sur la santé du cerveau. En effet, ce minéral contrôle les circuits électriques dans les cellules nerveuses, et un taux insuffisant de magnésium diminue l’efficacité des connexions entre les cellules cérébrales.

En augmentant les réserves de magnésium dans le cerveau, les recherches ont montré que ce minéral peut restaurer la plasticité cérébrale, améliorer la fonction cognitive et renverser le vieillissement du cerveau de 9 à 14 ans, comparativement aux groupes non supplémentés (Liu G. Weinger JG, Lu ZL et coll., 2015). Cette découverte peut nous permettre d’espérer maintenir la fonction cognitive chez les sujets sains et limiter les déficits chez les personnes atteintes de maladies neurodégénératives.

 

UNE CARENCE EN MAGNÉSIUM ?

Le magnésium est le quatrième minéral en importance dans l’organisme et il est un cofacteur important dans au moins 300 réactions enzymatiques, y compris la formation de l’adénosine triphosphate (ATP) dans la mitochondrie et la synthèse de l’ADN et de l’ARN. Il est particulièrement nécessaire dans toutes les activités électrochimiques, y compris les contractions musculaires, le rythme cardiaque, la conduction nerveuse et l’activité des cellules cérébrales.

L’hypomagnésie ou déficience en magnésium est très fréquente dans la population et peut causer plusieurs troubles de santé, dont l’épilepsie, l’hypertension, un infarctus, des migraines, un déficit d’attention, le syndrome métabolique ou le diabète. Les premiers symptômes de carence en magnésium sont la fatigue, l’anorexie, la difficulté de déglutition, l’irritabilité, l’insomnie, des tremblements, de l’apathie, de l’anxiété, une diminution de la capacité cognitive, une mémoire défaillante et de la confusion, sans oublier toute la panoplie des troubles cardiovasculaires et nerveux. Mentionnons aussi que les réserves diminuent rapidement en situation de stress, de transpiration, de consommation d’alcool ou de médicaments. Qui ne se retrouve pas dans une ou plusieurs de ces situations ?

Pourtant, les sources alimentaires de magnésium sont nombreuses. On en retrouve dans les légumes verts, les noix, les légumineuses, les grains entiers, les fruits et le poisson. Malheureusement, même si ces aliments sont riches en magnésium, on ne peut s’y fier pour augmenter nos réserves dans une situation de santé le nécessitant. En effet, les techniques d’agriculture industrielle modernes avec usage d’engrais chimique rendent le magnésium moins accessible pour les plantes. De plus, 85 % du magnésium est perdu par les méthodes de raffinage du grain. Le trempage et la cuisson dans l’eau éliminent aussi une bonne partie du magnésium des aliments. Finalement, certains anti-nutriments, dont l’acide oxalique contenu dans des légumes tels les épinards et la bette à carde ou l’acide phytique retrouvé dans certaines céréales peuvent former des sels insolubles avec le magnésium, le rendant non absorbable.

 

DIFFÉRENTES FORMES DE SUPPLÉMENTS

Les suppléments de magnésium sont actuellement offerts sous plusieurs formes et sont relativement bien assimilés. Ils offrent une aide indéniable pour différents troubles de santé physique et psychologique. Mais qu’il s’agisse du magnésium chélaté aux intermédiaires du cycle de Krebs (malate, succinate, fumarate, citrate), offrant une meilleure tolérance intestinale, ou du magnésium chélaté à des sels minéraux inorganiques (oxyde, chloride, carbonate), moins bio disponibles et pouvant causer de la diarrhée, aucun ne traverse de façon importante la barrière hémato-encéphalique. Même chose pour le glycinate de magnésium, un supplément offrant une absorption supérieure et ayant une action notable sur le système nerveux. Lui non plus n’augmente pas la réserve cérébrospinale de magnésium de façon importante.

 

LA DÉCOUVERTE DU MIT

Au Massachusetts Institute of Technology (MIT), les chercheurs ont testé différentes formes de magnésium, dont Le L-thréonate de magnésium, pour en vérifier l’efficacité d’absorption cérébrale. Cette forme de magnésium est chélatée (Magtein, un composé unique et breveté) à l’acide thréonique, soit un dérivé de la vitamine C. Dans une étude avec plusieurs groupes témoins chez les rats, on a trouvé que ceux traités avec le L-thréonate de magnésium voyaient leurs réserves augmenter de façon considérable dans le liquide céphalorachidien (une mesure fiable du magnésium cérébral). De plus, ces études ont montré que les rats supplémentés au L-thréonate de magnésium avaient une meilleure capacité d’apprentissage et une meilleure mémoire à court et à long terme.

Un examen microscopique des tissus cérébraux des rats traités au L-thréonate de magnésium a prouvé clairement que ceux-ci avaient une densité augmentée de protéines synaptiques, surtout dans l’hippocampe, ce qui correspond à l’amélioration de la performance chez ces rats. Ces recherches ont démontré clairement que le L-thréonate de magnésium augmentait la réserve magnésique dans le cerveau d’au moins 15 %, comparativement aux autres types de magnésium, et ont confirmé sa supériorité quant à sa biodisponibilité cérébrale et à sa capacité à transporter les ions de magnésium à travers la membrane lipidique des cellules du cerveau.

Cette découverte offre une lueur d’espoir pour traiter des maladies neurodégénératives, dont la maladie d’Alzheimer, car dans cette maladie, on a découvert que l’augmentation des protéines bêta-amyloïdes toxiques dans le cerveau des patients serait responsable d’amener une perte de transmission dans les synapses neuronales et provoquerait la mort des cellules cérébrales. Or, une récente étude a pu confirmer que le L-thréonate de magnésium pouvait prévenir et diminuer l’accumulation de ces plaques toxiques et qu’on pouvait même arriver à modifier l’expression de l’enzyme responsable des dépôts des protéines bêta-amyloïde de 80 % (Yu X, Guan PP, Guo JW et coll. 2015). D’autres études ont démontré également que le L-thréonate de magnésium permettait une meilleure récupération psychologique chez les gens souffrant du syndrome de stress post-traumatique.

Le L-thréonate de magnésium serait, à en croire les recherches, une forme de magnésium de nouvelle génération avec des capacités régénératrices cérébrales impressionnantes, qui ouvre la porte à toute une multitude d’applications dans les troubles de l’anxiété ou de la dépression ainsi que pour améliorer la capacité d’apprentissage et d’adaptation. Il pourra sûrement être d’un grand soutien pour augmenter l’efficacité des thérapies cognitives, largement utilisées dans les troubles affectifs et les syndromes de stress post-traumatiques, mais qui n’arrivent pas toujours à contrôler entièrement ces troubles anxieux.

 

RÉFÉRENCES

DAVIS, Dr. Declining fruit and Vegetable nutrient comparison ; What is the evidence? HortScience, 2009.

PARENT, Gilles, ND.  A. Minéralothérapie, EESNQ, 2000.

RIVINGTON Jamie. « Unique magnesium compound reverses brain aging », Life Extension Magazine, juin 2016.

SLUTSKY I. et coll. « Enhancement of learning and memory by elevating brain magnesium », Neuron, 28 janvier 2010.

https://drnibber.com/understanding-different-types-of-magnesium/ http://www.nutranews.org/sujet.pl?id=1232