Arthrose : prévenir et gérer l’usure articulaire

Publié le 20 septembre 2017
Écrit par Nicolas Blanchette, B. Sc. kinésiologie, D.O.

Arthrose : prévenir et gérer l’usure articulaire
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On définit l’arthrose comme une maladie dégénérative articulaire à évolution lente, touchant le cartilage et l’os sous ce dernier, ainsi que tous les autres tissus situés autour d’une articulation.

 

Les signes cliniques répertoriés sont habituellement une croissance osseuse irrégulière visible à la radiographie (appelé « ostéophytose »), des craquements articulaires fréquents, des épisodes de douleur ainsi que des limitations dans la mobilité articulaire.

Toutefois, le terme « maladie » semble quelque peu inapproprié dans le contexte de l’arthrose. En effet, il est tout à fait normal de montrer des signes d’arthrose articulaires en vieillissant. Après 60 ans, la grande majorité des gens présentent par exemple des signes d’arthrose à la colonne vertébrale. Seulement une partie d’entre eux, cependant, se plaint de douleurs. D’ailleurs, la plupart du temps, une articulation touchée par l’arthrose est asymptomatique. De plus, ce sont souvent les articulations les plus utilisées qui sont les premières victimes : mains, pieds, hanches, genoux, colonne vertébrale, etc. Le terme « usure » me semble alors beaucoup plus justifié que « maladie ». Malgré tous les progrès de la médecine moderne, le processus d’usure articulaire ne se renverse malheureusement pas. Il faudra donc veiller à prévenir et à préserver la santé de nos articulations le plus possible. Pour les articulations souffrant déjà d’arthrose, cela se traduira par l’emploi de méthodes visant à diminuer les contraintes le plus possible.

De nombreuses variables entrent en ligne de compte lorsqu’il est question de savoir pourquoi une articulation s’use plus rapidement qu’une autre. Ici, la biomécanique joue un rôle primordial. La compression excessive ou prolongée d’une articulation de même que le frottement sont deux éléments susceptibles d’accélérer le processus d’arthrose. D’ailleurs, lors d’épisodes inflammatoires liés à l’arthrose, il est suggéré de diminuer ces contraintes, par exemple grâce à de l’équipement ergonomique, des tractions ou des exercices d’assouplissement. Parmi ces modalités, les étirements se distinguent par leur facilité et leur accessibilité. Il est suggéré de les utiliser tant pour soulager des douleurs liées à l’arthrose que pour prévenir l’apparition et l’aggravation de ce trouble.

 

L’ACTIVITÉ PHYSIQUE AVANT TOUT

Pourquoi les exercices d’assouplissement et la thérapie manuelle comme la kinésithérapie et la massothérapie permettraient-ils de retarder l’usure articulaire ? Parce que ces modalités encouragent une diminution de la résistance des tissus mous autour de l’articulation, ce qui a pour effet d’améliorer l’amplitude de mouvement possible, ainsi que de réduire la compression et la friction à l’intérieur de l’articulation.

En effet, pour montrer une usure normale, une articulation doit être en mesure de se comporter normalement. D’une part, elle doit être capable d’accomplir tous les degrés de mouvements dont elle dispose lorsqu’on la sollicite dans la vie quotidienne. En règle générale, plus le jeu articulaire est grand, moins il y aura de friction. D’autre part, l’articulation doit aussi être suffisamment stable pour que ses éléments restent positionnés de manière optimale lorsqu’elle est sollicitée. On parle ici de développer une force musculaire adéquate. Par exemple, les muscles profonds de la hanche ont comme fonction, lors de la station debout, de décomprimer l’articulation de la hanche, c’est-à-dire que, tel un hamac, ils offrent un support au fémur et au bassin afin d’éviter une compression trop importante des deux os. Lors de faiblesses importantes des muscles de la hanche, ce mécanisme est perturbé. Il en va de même pour notre dos : lorsque les muscles profonds antérieur et postérieur qui soutiennent notre colonne vertébrale sont affaiblis, telles des poutres, l’affaissement qui s’ensuivra augmentera les contraintes de compression et de frottement sur les éléments anatomiques des vertèbres. Des faiblesses dans la musculature posturale contribueront donc à précipiter le processus d’usure articulaire.

Souplesse et force musculaire jouent donc des rôles clés dans la prévention de l’arthrose. L’exercice physique, puisqu’il encourage le développement de ces deux qualités, est donc tout à fait souhaitable, pourvu qu’il soit fait sans trop de malaise articulaire. Qui plus est, l’activité physique permet aussi d’encourager la lubrification entre les structures en déplaçant le liquide nourricier qu’on appelle « synovie » à l’intérieur d’une articulation. C’est la synovie qui achemine les éléments nourriciers au cartilage articulaire, et non la circulation sanguine elle-même, ce qui explique pourquoi un cartilage usé ne se régénère pas rapidement. Pour les cas d’arthrose avancée, il existe d’ailleurs des liquides synthétiques qu’il est possible d’injecter dans l’articulation pour augmenter le niveau de lubrification d’une articulation.

La marche, par exemple, est une excellente activité pour encourager la lubrification articulaire du genou. Pour les cas d’arthrose sévère ou avancé, il est la plupart du temps possible de réaliser quand même des exercices en diminuant les contraintes de la gravité : la natation ou le vélo, par exemple, sont des activités physiques intéressantes, car ils génèrent peu de compression et d’impact.

Choisir judicieusement l’activité physique que l’on désire pratiquer est important. L’articulation atteinte ne doit pas être utilisée à outrance. On évitera, par exemple, la course pour quel- qu’un souffrant d’arthrose du genou, de la hanche ou de la région lombaire. Même avec une activité adaptée, il est important d’augmenter progressivement la durée de l’exercice et de s’accorder plusieurs petites pauses au cours d’une même séance, si nécessaire.

 

LA POSTURE ET L’ENVIRONNEMENT DE TRAVAIL

L’ergonomie de travail est un autre facteur important à considérer pour prévenir l’apparition d’arthrose. Une posture ou un geste nocif ne devient réellement compromettant que lorsqu’il est commis pendant une longue période de temps, aussi est-il important de prendre conscience des bonnes habitudes posturales et de faire ajuster son poste de travail à sa physionomie le plus rapidement possible. Finalement, quoi qu’on en dise, l’être humain n’est pas physiologiquement fait pour passer huit heures par jour en position assise. Si l’on occupe un travail statique sédentaire (travail de bureau, par exemple), il faudra veiller à prendre fréquemment des micropauses pour se lever, s’étirer et marcher un peu.

 

LES AIDES PHARMACEUTIQUES

Lors d’une poussée inflammatoire, certains médicaments, comme les antalgiques, les anti-inflammatoires et les injections de corticostéroïdes, peuvent être employés pour diminuer le malaise et la douleur. Il faut cependant se rappeler que ces médicaments agissent uniquement sur les symptômes sans avoir d’impact sur la cause de l’apparition de l’inflammation, à savoir la compression articulaire et le frottement. C’est pourquoi il est impératif d’utiliser l’activité physique et la rééducation posturale pour remonter directement à la source de la problématique.

 

LES COMPLÉMENTS ALIMENTAIRES

Selon l’ouvrage de la docteure Sutcliffe intitulé Un dos sans douleur, se supplémenter à l’aide d’harpagophytum, une plante aussi appelée « griffe du diable », s’est avéré aussi efficace que bien des médicaments classiques pour atténuer les malaises liés à l’arthrose. Toujours selon le même ouvrage, la question à savoir si les suppléments à base de glucosamine ou de sulfate de chondroïtine sont efficaces pour les douleurs liées à l’arthrose n’est pas encore tranchée. Bien que certains utilisateurs disent en ressentir des bienfaits, ce n’est pas le cas pour tout le monde.

 

ARTHROSE OU POLYARTHRITE RHUMATOÏDE ?

Contrairement à l’arthrose, la polyarthrite rhumatoïde, beaucoup plus rare, est une maladie auto-immune déclenchée par une infection virale ou bactérienne. C’est une maladie grave, évolutive et durable. On en connaît mal la cause, même s’il semble y avoir un facteur héréditaire à la maladie. La polyarthrite rhumatoïde se manifeste par l’inflammation de toutes les articulations lubrifiées par du liquide synovial (c’est-à-dire un très grand nombre d’articulations du corps humain, y compris celles entre les vertèbres). Le cou est la région la plus fréquemment douloureuse et on reconnaît parfois la maladie à des gonflements aux articulations, aux mains par exemple. La polyarthrite rhumatoïde nécessite un suivi médical plus serré et une prise de médicaments pour prolonger les périodes sans crise. Les mêmes modalités que celles utilisées pour l’arthrose peuvent être toutefois employées pour réduire les malaises de même que la durée et la sévérité des épisodes douloureux : exercice physique approprié, thérapie manuelle, rééducation posturale, ergothérapie, etc. Une saine alimentation, un niveau adéquat de vitamine D et un équilibre hormonal normal semblent également être des éléments importants dans la gestion de la polyarthrite rhumatoïde.

 

RÉFÉRENCES

DROUIN, Jean, et coll. Les exercices qui vous soignent, Les Éditions de L’Homme, 2011.

SUTCLIFFE, Jenny. Un dos sans douleur, Les Éditions de l’Homme, 2012.