Avez-vous renouvelé votre prescription au musée ?

Publié le 27 février 2020
Écrit par Julie Boisvert, en collaboration avec Patricia Lachance, chargée des relations médias au Musée des Beaux-Arts de Montréal

Avez-vous renouvelé votre prescription au musée ?
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Parmi les facteurs essentiels à notre bien-être figure l’inclusion sociale.

 

De récentes études confirment que l’observation d’œuvres d’art y contribue également. Et si on combinait les deux ? On obtiendrait une prescription muséale. Entrevue avec Stephen Legari, art-thérapeute et responsable des programmes éducatifs au MBAM, pour jeter une lumière sur ce traitement haut en couleur et sans effets secondaires.

 

Associer beaux-arts et santé

En novembre 2018, un projet-pilote de prescriptions muséales prenait naissance au Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) en collaboration avec l’association Médecins francophones du Canada (MdFC). Cette initiative s’inscrit dans le sillage de « prescriptions sociales » qui ont émergé ces dernières années. Les activités sociales, culturelles et sportives s’exposent aujourd’hui comme de nouveaux outils qui favorisent le mieux-être de personnes qui souffrent, par exemple, d’isolement ou d’anxiété. Les visites au musée – lieu sécuritaire et apaisant – s’illustrent parmi ce nouvel arsenal thérapeutique.

Les médecins qui participent au programme peuvent prescrire à leurs patients une visite libre et gratuite des collections et des expositions du MBAM, et ce, dès qu’ils estiment que l’activité pourrait apaiser une souffrance. Les ordonnances ne se limitent pas qu’à une clientèle type ou à certains diagnostics. Des patients touchés par la dépression, le cancer et des problèmes cardiaques trouvent au musée un moment de calme et de répit.

Des personnes qui traversent une période difficile, comme un deuil, peuvent aussi bénéficier de cette opportunité. Le contact avec les œuvres d’art facilite l’expression des émotions et favorise la communication avec ses proches. Afin d’encourager l’autonomie et le pouvoir décisionnel des participants, ceux-ci planifient le déroulement de leur visite. Pour ceux qui préfèrent être accompagnés, les ordonnances offrent l’accès à deux adultes et deux enfants.

Dans une approche holistique, on considère tout ce qui est susceptible d’améliorer significativement la qualité de vie. Or, il est démontré que l’observation d’œuvres d’art contribue à notre mieux-être lorsque nous vivons une période de vulnérabilité. On ne prétend pas qu’une visite au musée et l’art-thérapie guérissent tous les maux, mais elles ont un effet thérapeutique sur les dimensions émotionnelles, psychologiques et sociales, là où certaines interventions médicales échouent. Cette pratique innovatrice a déjà inspiré une autre institution à entrer dans la danse : le Musée royal de l’Ontario (ROM). En effet, ce dernier reçoit des visiteurs sur prescription depuis janvier 2019 en partenariat avec le groupe Alliance for Healthier Communities.

 

La responsabilité sociale d’un lieu culturel

Premier art-thérapeute embauché dans un musée, Stephen Legari développe et anime les programmes d’art-thérapie du MBAM. Il explique que le travail de l’artiste invite à l’écoute : « Contempler des œuvres signifie plus qu’une expérience d’appréciation. Les silences, les échanges, les réflexions sont tout aussi importants. » En d’autres mots, la proximité de l’art permet une présence active à soi et aux autres. Selon lui, on peut même éprouver une forme d’empathie à travers une œuvre. « L’art est un miroir qui reflète la richesse de l’expérience humaine, poursuit-il. Si je me sens compris ou moins seul grâce à une œuvre, je peux plus facilement ressentir des sensations positives. Je peux aussi m’identifier à des qualités que je perçois dans une création ou chez un artiste. » Aux sceptiques, il objecte qu’un attrait particulier pour les beaux-arts n’est pas nécessaire pour apprécier une sortie en famille ou entre amis.

À écouter Legari, on comprend sa volonté de briser les préjugés concernant l’accès à l’art. Non, le musée n’est pas réservé aux élites ou aux fins connaisseurs qui savent analyser les œuvres selon des critères esthétiques déterminés par certains mouvements. C’est plutôt un lieu public qui vous ouvre ses portes peu importe vos origines sociales, économiques ou ethniques. « On ne sait pas qui vient sur prescription. Ici, un patient devient un visiteur, un participant, un amateur d’art », affirme-t-il. C’est ainsi qu’il dépeint les responsabilités du musée, tant sociales que culturelles.

Le MBAM a recueilli des données pendant un an grâce à un questionnaire anonyme remis aux participants. À ce jour, plus de 200 visiteurs ont utilisé leur ordonnance, bien que davantage de prescriptions aient été distribuées.

Le musée prévoit d’analyser prochainement l’impact du projet pilote en évaluant selon des paramètres scientifiques ce que cette expérience a apporté aux participants. Stephen Legari et le comité Art et Santé – chapeauté par Rémi Quirion, scientifique en chef du Québec – se pencheront aussi sur l’intérêt potentiel des visiteurs à participer à d’autres projets thérapeutiques du MBAM. Les résultats permettront également d’apporter des améliorations au programme pour en maximiser les bienfaits. Pionnier dans le domaine du mieux-être par les arts, le MBAM a déjà conduit 10 études cliniques pour mesurer l’impact d’ateliers d’art-thérapie, notamment auprès de personnes atteintes de troubles alimentaires et de femmes ayant un cancer du sein.

Stephen Legari souhaite prolonger l’initiative et l’exporter à davantage de musées. Parmi ses nombreuses idées, il songe à créer des prescriptions ciblées pour des groupes de personnes partageant des symptômes ou des besoins communs, ainsi qu’à éventuellement augmenter le nombre de visites par personnes, qui se limitaient à une durant le projet pilote. Toutefois, il rappelle que rien n’empêche les professionnels de la santé de recommander verbalement une sortie au musée. « Des thérapeutes m’appellent régulièrement pour me demander s’ils peuvent recommander une activité muséale. Il suffit de me décrire la situation du patient et je leur fournis des indications. »

 

L’art-thérapie pour tous

Vous vous sentez plus interpellé par la création que par la contemplation ? La Ruche d’art du MBAM est à votre disposition. Dans ce studio ouvert à tous, on vous propose des activités artistiques gratuites afin de libérer votre potentiel créatif, de faire des rencontres dans un cadre convivial et d’explorer divers matériaux.

Dans cet espace chaleureux, le modèle vivant n’est nul autre que vous-mêmes. Laissez-vous guider par votre imagination, vos sentiments, l’inspiration du moment. « Chaque individu possède une sagesse personnelle et sait ce qu’il a besoin d’exprimer, croit Stephen Legari. Des médiateurs accueillants sont disponibles pour donner un coup de main à ceux qui se sentent moins à l’aise. Le participant chemine dans l’acte créatif à son rythme. » La Ruche d’art laisse donc une grande souplesse au participant, qui détermine son projet artistique. Elle offre un environnement qui fait obstacle à la stigmatisation et aux jugements. À la fin des activités, les œuvres sont affichées au mur un moment pour s’en distancer. Puis les participants réfléchissent aux significations personnelles qu’ils attribuent à leur démarche et au résultat. Ils ont la possibilité de revenir à la Ruche s’ils le désirent.

 

Envie d’une visite au MBAM ?

Si vous voulez vous initier aux bienfaits que procure le musée, les mercredis de 17 h à 21 h, les billets pour la grande exposition sont réduits à 12 $. La Ruche d’art est ouverte tous les mercredis de 15 h à 20 h et les dimanches de 13 h à 16 h. Enfin, les Beaux Jeudis réservent des activités culturelles et éducatives gratuites aux personnes de 65 ans et plus.

 

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