Cannabis : la prochaine panacée ?

Publié le 27 novembre 2018
Écrit par Chantal Ann Dumas, nd.a.

Cannabis : la prochaine panacée ?
Vogel #1 FR

Depuis quelques mois, le cannabis fait la manchette de nombreux médias et nos fils de nouvelles sont inondés de messages ne tarissant plus d’éloges à propos de ses propriétés thérapeutiques.

 

En matière de consommation nationale, 5,4 millions de personnes – soit 15 % de la population – consomment un total de 655 000 kg de cannabis annuellement, selon les experts du parlement canadien. On prévoit que ces chiffres vont augmenter de manière significative en raison de la récente légalisation de cette plante dont l’utilisation remonte aux temps immémoriaux et qui se retrouve aujourd’hui au cœur de plusieurs débats et qui suscite beaucoup de questionnements. Mais en dépit de sa popularité exponentielle, le cannabis est-il réellement la prochaine panacée qu’on nous fait miroiter ?

Tentons de faire la lumière sur ce sujet plutôt controversé.

 

Cannabis 101

Le terme « cannabis » se rapporte généralement à la plante Cannabis sativa, qu’on appelle aussi communément « marijuana ». Le cannabis semble trouver son origine en Asie, mais les vestiges provenant des quatre coins du monde témoignent de l’importance de son utilisation à des fins médicales et spirituelles à travers différentes cultures. Les plus anciennes références à son sujet se trouvent dans la matière médicale chinoise écrite par Shen Nung autour de 2800 av. J.-C. et font état d’une centaine de conditions médicales répondant à son usage.

Le cannabis exerce son action grâce à des molécules phytochimiques appelées « cannabinoïdes », qui sont produites et stockées dans les trichomes, de minuscules poils transparents qui couvrent les fleurs et les feuilles de la plante. On a répertorié plus de soixante cannabinoïdes végétaux (phytocannabinoïdes), parmi lesquels le tétrahydrocannabinol (THC), le cannabidiol (CBD) et le cannabinol (CBN) sont les plus répandus et ont été les plus étudiés.

Le tétrahydrocannabinol (THC) est le cannabinoïde le mieux documenté, sans doute parce qu’il est responsable de l’effet euphorisant du cannabis. Bien que le THC possède un potentiel thérapeutique intéressant, il n’est pas dépourvu d’effets nocifs qui peuvent être plus importants lorsque la teneur en THC du cannabis est élevée.

Le cannabidiol (CBD) est un autre cannabinoïde, mais contrairement au THC, il ne produit pas d’intoxication. Il pourrait même bloquer ou réduire certains des effets du THC sur l’esprit lorsqu’il se retrouve en quantité égale ou supérieure à celle du THC dans la plante. Le CBD est aussi étudié pour ses usages thérapeutiques potentiels.

 

Le système endocannabinoïde

Lorsque les cannabinoïdes se lient à nos récepteurs par un mécanisme de type clé-serrure, ils peuvent modifier le comportement de nos cellules et la communication entre elles. Les cannabinoïdes parviennent à exercer des effets sur les récepteurs cellulaires du cerveau et du corps par l’intermédiaire de notre système endocannabinoïde inné, qui est muni de récepteurs à cannabinoïdes.

Il existe deux types de récepteurs à cannabinoïdes : les récepteurs CB1 et les CB2. Les récepteurs CB1 se retrouvent dans le système nerveux, alors que les CB2 se situent dans différentes parties du système immunitaire.

 

Différentes sources de cannabinoïdes

Le corps humain est doté de ce système endocannabinoïde parce que notre organisme aussi produit des cannabinoïdes. Par contre, les endocannabinoïdes exercent un effet beaucoup plus léger et éphémère que celui associé aux phytocannabinoïdes retrouvés dans le cannabis. On s’en doute, des cannabinoïdes synthétiques issus de la synthèse pharmacologique font également progressivement leur apparition sur le marché.

 

Concentration du cannabis

La teneur du cannabis en THC est souvent exprimée en pourcentage de THC par poids (ou par volume d’huile). La concentration ou puissance en THC du cannabis séché a augmenté depuis les années 80, passant d’un taux de THC moyen de 3 %, à environ 15 % aujourd’hui. Certaines souches peuvent afficher un taux de THC moyen aussi élevé que 30 %. Ces concentrations sont obtenues par l’intermédiaire de procédés d’hybridation de différentes souches de cannabis et afin de répondre à la demande du marché toujours à la recherche de produits plus performants. Le chanvre, pour sa part, est un cannabis ne contenant qu’une très faible quantité de THC (-0,3 %) et qu’on utilise à d’autres fins, comme l’alimentation ou le textile.

Les différentes façons de consommer le cannabis – le fumer, le boire ou le manger, par vaporisation ou vapotage – influencent son efficacité et sa durée d’action.

 

Quelle est l’utilité du cannabis à des fins médicales ?

Puisque les récepteurs à cannabinoïdes se retrouvent sur les membranes cellulaires de cellules réparties à travers tout le corps et que les cannabinoïdes exécutent des fonctions de signalisation analogues à celles de neurotransmetteurs tels que la sérotonine, le potentiel thérapeutique du cannabis est plutôt impressionnant. Selon les données probantes provenant d’essais cliniques, d’études de cas et d’anecdotes, les symptômes et les problèmes de santé qu’on peut soulager à l’aide du cannabis vont des simples nausées au stress post-traumatique, en passant par l’Alzheimer et la sclérose en plaques !

Parmi les domaines de recherche les plus prometteurs, le cancer vient certainement en tête de liste : en plus de réduire les effets secondaires déplaisants associés à la chimiothérapie tels que la douleur, les nausées, la perte d’appétit et l’insomnie, le cannabis semble exercer sa propre action chimiothérapeutique.

Grâce à son potentiel anti-inflammatoire et antidouleur, le cannabis peut aussi remplacer avantageusement les opiacés et contribuer à réduire l’épidémie de dépendance à ces dangereuses substances à laquelle nous assistons depuis quelques années.

 

L’envers de la médaille

Malgré son immense potentiel thérapeutique, le cannabis n’est pas dépourvu d’aspects négatifs. Pensons par exemple au risque d’accoutumance qui touche un utilisateur sur dix, mais qui grimpe à un sur six lorsqu’on consomme à l’adolescence. Les adolescents pourraient aussi être particulièrement affectés par le THC, qui agit sur le cortex frontal – siège du bon jugement et de la prise de décision –, puisque le cerveau poursuit son processus de maturation jusqu’à l’âge de vingt-cinq ans. Chez certaines personnes prédisposées, le THC peut contribuer à augmenter l’anxiété, les troubles du sommeil et même déclencher la schizophrénie !

La sécurité routière constitue un autre aspect important à considérer. Selon une étude canadienne ayant évalué près de 50 000 accidentés de la route, le risque d’accidents de voiture doublerait lorsque le conducteur a consommé du cannabis dans les trois heures précédant la conduite automobile.

 

En conclusion

Malgré l’utilisation ancestrale du cannabis, c’est tout récemment que la plante mythique a commencé à nous révéler ses secrets grâce à la contribution scientifique. Il y a donc encore beaucoup à dire et beaucoup à apprendre au sujet de cette éventuelle panacée et ses mécanismes d’action complexes. Même si on peut désormais se procurer le cannabis sans prescription, il est fortement recommandé de se faire accompagner par des professionnels de la santé bien informés en la matière, surtout si on consomme d’autres médicaments. L’utilisation du cannabis semble définitivement représenter une avenue thérapeutique très prometteuse, mais on doit bien l’encadrer afin d’éviter les dérapages. Nous devons investir dans la recherche et accueillir les résultats ainsi que les témoignages avec ouverture d’esprit. Malheureusement, personne n’est à l’abri de maladies comme le cancer, et nous serons peut-être ceux qui devront faire appel à la magie du cannabis dans un avenir pas si lointain…