COVID-19 : Des bienfaits inattendus et un changement de paradigme nécessaire

Publié le 22 mai 2020
Écrit par Gabriel Parent-Leblanc, B. SC., M. ENV.

COVID-19 : Des bienfaits inattendus et un changement de paradigme nécessaire

Il est facile de constater que la crise sanitaire du coronavirus a eu des effets négatifs substantiels dans la vie d’absolument tout le monde : perte d’emploi et de liberté, insécurité financière et  alimentaire, peur, anxiété, et j’en passe…

 

Cependant, il y a aussi du positif qui ressort de cette crise historique, surtout en lien avec l’environnement. Effectivement, comme les activités industrielles sont au ralenti et que nous sommes en bonne partie coincés à la maison, les milieux naturels et urbains ont pu apprécier un retour au calme. À titre d’exemple, faute de pollution et de bateaux à moteur qui viennent brasser les fonds marins, les eaux de Venise se sont éclaircies et il est depuis possible pour les locaux de voir le fond de l’eau et les poissons, du jamais vu depuis l’après-guerre (Agence QMI, 2020). Un peu partout à travers le globe, des animaux normalement retrouvés à l’état sauvage ont été aperçus dans les grandes villes, profitant de l’espace soudainement inoccupé par les humains : « des sangliers ont été aperçus à Barcelone, un jeune puma s’est aventuré dans les rues de Santiago du Chili, des dauphins se rassemblent en Méditerranée… » (AFP, 2020).

 

Même les humains, qui soudainement ont beaucoup plus de temps libre disponible, se permettent d’arrêter leur rythme effréné et d’apprécier la nature en écoutant les oiseaux chanter ou en faisant des promenades (près de leur domicile, bien évidemment). De mon expérience personnelle, je n’ai jamais vu autant de personnes marcher dans mon coin (l’exercice physique étant excellent pour la santé, en plus !).

 

De même, des études ont révélé que les taux de pollution atmosphérique avaient diminué substantiellement depuis le début de la crise. Comme la pollution de l’air est très mauvaise pour la santé à moyen et à long terme (je ne vous apprends rien ici), une analyse scientifique estime que cette pause forcée pourrait avoir sauvé plus de vies que ce que le virus a directement causé.

 

C’est effectivement la conclusion d’un article publié par Marshall Burke, un chercheur de l’Université Stanford en Californie : « La réduction de la pollution de l’air en Chine a probablement sauvé 20 fois plus de vies que celles qui ont été perdues en raison du virus » (traduction libre de Burke, 2020).

 

Même en prenant des données très conservatrices (l’auteur a presque diminué de moitié chaque donnée utilisée pour éviter de surestimer), le constat est très clair : en Chine, pour une durée de deux mois (janvier à mars 2020), la diminution de la pollution a probablement sauvé la vie de 4000 enfants de moins de 5 ans et 73 000 adultes de plus de 70 ans (Burke, 2020).

 

À titre de comparaison, 3100 décès étaient reliés à la COVID-19 en Chine au moment d’écrire l’analyse (8 mars 2020), soit approximative ment 20 fois moins que les décès évités. À noter que ce chiffre n’a que très peu changé au moment d’écrire ce présent article, la Chine ayant réussi à contenir l’infection (3318 décès le 2 avril 2020) (Worldometer, 2020).

 

Est-ce que cela veut dire que la pandémie actuelle est bonne pour nous et la planète ? Bien sûr que non ! L’auteur de l’étude est catégorique à ce sujet : « Les effets calculés représentent simplement les avantages pour la santé en rapport aux changements de pollution atmosphérique provoqués par les perturbations économiques et ne tiennent pas compte des nombreux autres effets négatifs à court ou à long terme sur la santé ; ces dommages dépassent probablement largement tous les avantages pour la santé d’une réduction de la pollution atmosphérique » (traduction libre de Burke, 2020).

 

Bien évidemment, les résultats de l’analyse sont sommaires et approximatifs en raison du manque de données définitives (la crise n’étant pas terminée) ; c’est donc à prendre avec un grain de sel. Je la trouvais pertinente dans le sens où cela nous fait réaliser qu’au-delà du virus mortel, notre mode de vie provoquait déjà beaucoup de souffrance et de mortalité tout à fait évitable.

 

Repenser la société

Et c’est exactement là où je crois que le plus de positif ressortira de cette crise : la pause forcée nous permet de prendre du recul, de repenser notre lien avec la terre, la nature, les animaux et les autres êtres humains.

 

Dans toute la lecture que j’ai faite pour cet article, un paragraphe d’un article du blogue de l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS) m’a marqué par sa justesse :

« Il est raisonnable de penser qu’il n’y aura pas de retour à la normale, et c’est tant mieux. Le monde précaire, atomisé, épuisant, stressant, discipliné, obsessif, xénophobe, écocide, aliénant, ingrat, cynique, angoissant, concurrentiel, productiviste et énergivore que nous avons construit dans les dernières décennies ne mérite pas qu’on y retourne » (Hébert, 2020).

Depuis trop longtemps maintenant, pour créer du capital et de la richesse monétaire temporaire, on détruit et exploite les milieux naturels et la biodiversité, comme si les limites de la biosphère n’existaient pas. Et c’est précisément ce rapport malsain avec la nature qui a causé cette pandémie…

 

« Dans le milieu universitaire et la société civile, nous sommes nombreux à penser que la question « Qu’est-ce qu’on mange ? » est l’une des plus cruciales pour dessiner notre avenir. La réponse déterminera quel genre d’avenir auront nos enfants, et peut-être le destin de notre espèce et de beaucoup d’animaux, de micro-organismes et de plantes vivant sur Terre. » (Greenpeace, 2018)

 

Effectivement, la source exacte de la COVID-19 n’a pas encore été entièrement déterminée, mais les experts pensent que le transfert du virus se serait produit à la suite de la consommation d’animaux sauvages, commercialisés dans la majorité du temps illégalement :

« Des analyses ont déjà établi un lien avec un virus qu’on retrouve chez le pangolin, un mammifère méconnu ici, qui vit en Afrique et en Asie, où il fait l’objet d’un braconnage industriel qui sert surtout à alimenter le marché chinois. Le virus pourrait aussi provenir de la chauve-souris, qui aurait pu le transmettre à un animal qui a servi d’« hôte intermédiaire » vers l’humain » (Shields, 2020).

 

En analysant toutes les pandémies et crises sanitaires depuis la dernière guerre mondiale (SRAS, grippe aviaire, Ebola, Zika, VIH, grippe H1N1, etc.), on se rend compte que la majorité ont des causes similaires à la COVID-19… Effectivement, « 60 % de ces pathogènes sont d’origine animale, et deux tiers de ces derniers proviennent d’animaux sauvages » (Gilbert, 2020).

 

Devant la présente crise et ses effets historiques, il serait logique de se demander pourquoi de plus en plus d’épidémies du genre se développent avec le temps. La réponse pourrait choquer :

« La destruction méthodique de l’environnement par l’extractivisme forcené a provoqué un phénomène d’atomisation, d’archipélisation du monde sauvage. Les animaux n’ont d’autre choix que de déborder sur les milieux humains, car les humains s’installent partout. Conséquence logique : les chances pour qu’un virus, qui n’est pas dangereux pour son animal porteur, entre en contact avec un organisme humain augmentent » (Gilbert, 2020).

 

Pour faire court, afin d’éviter le plus possible de nouvelles catastrophes, c’est notre rapport avec la nature, en particulier la nourriture, que nous devrons revoir totalement. Si nous y allons pour le statu quo, les risques qu’une autre infection surgisse sont très grands, voire inévitables… Après tout, près de 80 % de la déforestation mondiale est reliée à l’exportation agricole, de la viande notamment. La solution est théoriquement simple : on doit manger moins de viande et en même temps « combattre l’élevage industriel au profit d’un élevage local, intégré dans les cycles agroécologiques » (Gilbert, 2020).

 

La présente crise sanitaire nous montre à quel point la mondialisation et la chaîne complexe de marchandisation sont fragiles. Est-ce que le fait de déboiser une parcelle de forêt tropicale en Amazonie pour faire pousser du soya OGM, l’exporter aux États-Unis pour le donner à des animaux entassés et maltraités, puis enfin exporter leur viande ici pour con- sommation finale a du sens ? Ceci n’est qu’un exemple parmi tant d’autres, mais c’est ce que des décennies de politiques de mondialisation ont produit. Les conglomérats de multinationales arrivent à produire des aliments à plus bas prix (l’empreinte écologique n’ayant pour le moment aucune valeur financière) et remplacent les petits et moyens producteurs locaux qui ne peuvent compétitionner.

 

Je crois sincèrement que l’exposition de la fragilité du mondialisme est le plus bel « avantage » que cette crise hors de l’ordinaire nous amène. Nous devons à tout prix retrouver une autonomie locale, pas seulement pour l’environnement et l’état de la planète, mais pour nous aussi, en ce qui concerne la survie de notre espèce.

 

Agriculture urbaine et locale, garde de poules à la maison, production de biens et services locaux… Réapproprions-nous une certaine autonomie avant qu’il ne soit trop tard ! La façon dont nous réagirons pour stimuler l’économie après la crise sera cruciale et le fait que le premier ministre du Québec, François Legault, s’attend à une démondialisation est encourageant : « il y a des choses qui vont avoir changé. […] Moins d’importation, ça suppose plus de production locale » (Gagnon, 2020).

 

Bref, les impacts de la crise sanitaire de la COVID-19 sont sans précédent, et absolument tous les humains sont contraints d’une façon ou d’une autre dans leurs activités. Cependant, il est possible d’apercevoir du positif dans toute cette frénésie : la nature et les animaux sauvages profitent du calme et des lieux abandonnés par les humains. De même, l’arrêt partiel des activités économiques provoque une diminution substantielle de la pollution atmosphérique, ce qui pourrait sauver plus de vies que ce que le virus cause directement. Cela fait réfléchir quant à notre lien avec la nature : notre société et notre mode de vie ne sont-ils pas plus nocifs, au final ? Après tout, la contamination du virus SARS-COV-2 proviendrait de la consommation humaine d’animaux sauvages menacés dans un marché de Wuhan, en Chine… Profitons de ce temps en confinement pour imaginer les bases d’un monde meilleur demain, où l’autonomie locale serait priorisée après des décennies de politiques mondialistes. Profiterez-vous du confinement pour développer de nouvelles aptitudes ? Maintenant est le parfait temps pour apprendre à jardiner, je dis ça comme ça…

 

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