Douleurs chroniques et fibromyalgie

Publié le 15 octobre 2018
Écrit par Marie Michèle Breton, nd.a.

Douleurs chroniques et fibromyalgie
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Lorsqu’une blessure survient, plusieurs médiateurs inflammatoires, y compris les prostaglandines, le facteur de nécrose tumorale alpha (TNF-α ), l’interleukine 1β (IL-1β) et l’interleukine-6 (IL-6) sont libérés sur le site de la blessure.

 

Si vous avez un état inflammatoire chronique, des niveaux accrus de ces médiateurs inflammatoires seront produits sur le site affecté (par exemple, les muscles, dans le cas de la fibromyalgie) et un peu partout dans l’organisme, prédisposant la personne à une augmentation des sensations de douleur.

Ce qui distingue la douleur aiguë de la douleur chronique, c’est principalement la durée. Lorsqu’elle se poursuit sur une période de plus de trois mois ou est associée à une maladie chronique, telle la fibromyalgie, on parle alors de douleurs chroniques. Ces dernières comprennent : l’arthrite, les migraines/maux de tête, lombalgies, les neuropathies, etc.

Dans le cas de la fibromyalgie, c’est généralement un dérèglement de notre système nerveux, qui persiste à envoyer des signaux de douleur.

La douleur chronique a beaucoup d’impacts physiologiques et psychologiques : colère, sentiment d’injustice, baisse de l’estime de soi, anxiété, etc. Les personnes atteintes voient leur vie basculer. Elle a aussi un impact économique et social non négligeable.

 

Causes suspectées

Il n’y a pas de cause officielle en lien avec les douleurs chroniques et la fibromyalgie. Cependant, plusieurs hypothèses sont à considérer :

  • Les virus comme celui d’Epstein-Barr, ainsi que les levures Candida albicans souvent rencontrés lors de rages de sucre et de problèmes intestinaux.
  • Les allergies ou les intolérances alimentaires.
  • Le dysfonctionnement de l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien (HPS). Ce dysfonctionnement se développe souvent avec le temps, en lien avec un facteur de stress aigu, générant une réponse physiologique pour protéger le corps et assurer la survie. Cependant, cette réponse peut devenir dysfonctionnelle. Cela signifie que les événements qui seraient habituellement considérés comme insignifiants peuvent déclencher de très fortes réponses au stress dans le corps.
  • Certains métaux lourds et produits chimiques joueraient un rôle. De même que plusieurs carences en minéraux peuvent être remarquées chez les fibromyalgiques1. Comme cette étude qui démontre que le taux de magnésium semble fréquemment inférieur à la normale chez les personnes atteintes de fibromyalgie2.
  • Les déséquilibres hormonaux, principalement des niveaux élevés de cortisol, une hormone liée au stress, amènent le système immunitaire à sécréter des facteurs inflammatoires (l’interleukine 6 et la diminution de la DHEA, l’hormone anti-inflammatoire). Ce cortisol est sécrété en grande partie par les glandes surrénales.
  • Les déséquilibres thyroïdiens sous diagnostiqués3. Symptômes : frilosité, fatigue persistante, perte de cheveux, prise de poids… Environ 50 % des personnes fibromyalgiques en seraient affectées et même davantage, selon les sources4.
  • Les mitochondries sont de petites usines essentielles à de multiples fonctions, dont celle de l’énergie. Les troubles de la mitochondrie sont parfois rencontrés chez les personnes fibromyalgiques5.

 

Alimentation

Comme chaque individu est différent, les « régimes » ou « diètes » peuvent différer d’une personne à une autre.

Voici quelques points pratiques :

  • Une forte consommation alimentaire d’acides gras polyinsaturés oméga-3, a été associée à une réduction de la douleur inflammatoire et neuropathique. À l’inverse, des niveaux excessifs d’oméga-6, tels que l’acide arachidonique, sont associés à des activités inflammatoires.
  • La vitamine D, une fois convertie en calcitriol, inhibe l’inflammation en régulant certains des gènes responsables de la production de médiateurs pro-inflammatoires, les cytokines (Manson 2010). La carence en vitamine D a également été associée à la fibromyalgie et aux douleurs chroniques.
  • De plus, pour un soulagement de la douleur à plus long terme, certains experts suggèrent un régime à forte teneur en protéines et à faible teneur en glucides (c.-à-d., indice glycémique faible), qui a été associé à une diminution de la sensibilité à la douleur et de l’inflammation (Ruskin 2009).
  • La diète réduite en oxalates peut aussi être envisagée chez les personnes avec la fibromyalgie afin de soulager les symptômes, selon Susan Owens. Les sources principales d’oxalates sont les épinards, le beurre d’arachides, les fraises, le cacao/chocolat, les produits à base de soya.
  • En outre, il semble intéressant d’éliminer certains aliments du régime des fibromyalgiques, par exemple les excitotoxines : les plus connues sont le gluten et les produits laitiers. La sensibilité au gluten non cœliaque est de plus en plus reconnue comme une condition fréquente et son élimination de la diète, comme un outil non pharmaceutique et complémentaire6.

 

Exercices

La méthode Pilates, inspirée du yoga et de la gymnastique, contribue à améliorer la flexibilité, l’équilibre et la tonicité musculaire. Mieux encore, elle soulagerait la douleur chez les personnes souffrant de fibromyalgie. Selon une étude pilote turque publiée, la pratique du Pilates pendant 12 semaines permettrait de réduire l’intensité de la douleur. Les sujets seraient plus fonctionnels et s’absenteraient moins du travail. Les effets seraient cependant temporaires et disparaîtraient quelques mois après la fin du programme d’entraînement, selon l’étude.

D’autres interventions non médicales peuvent être utiles pour contrôler la douleur chronique, comprenant la méditation, le biofeed-back, l’acupuncture, l’exercice et la thérapie comportementale.

De plus, les composés anti-inflammatoires naturels peuvent cibler l’inflammation en réduisant la synthèse des médiateurs inflammatoires ou en modulant les voies inflammatoires. On peut penser au boswellia, au curcuma (Curcuma longa), au pavot (Eschscholzia californica), au saule (Salix alba) et à l’ashwaghandha (Withania somnifera).

La thérapie pharmacologique est l’une des options de traitement les plus populaires pour gérer la douleur chronique. Cependant, les anti-inflammatoires non stéroïdiens ne sont pas sans conséquence. Outre les effets secondaires connus peuvent s’ajouter9 :

  • l’augmentation de la perméabilité intestinale, l’inflammation et l’ulcération de la muqueuse intestinale ;
  • la malabsorption des sels biliaires ;
  • la malabsorption des graisses ;
  • la diminution des réserves de vitamine C ;
  • l’augmentation de la sensibilité aux produits chimiques.

Que vous soyez atteint de fibromyalgie ou de douleurs chroniques, n’hésitez pas à en parler avec votre naturopathe agréé afin d’évaluer des avenues thérapeutiques adaptées à votre condition !

 

Sommeil

Le sommeil non réparateur est très souvent associé à la fibromyalgie. Certains auteurs disent qu’environ 75 % des fibromyalgiques en seraient atteints. Plusieurs anomalies du sommeil ont été mesurées. On note entre autres la latence d’endormissement, les perturbations du sommeil, ainsi qu’un sommeil fragmenté. Un sommeil de mauvaise qualité a un impact majeur sur l’énergie et affecte la perception de la douleur7. Une amélioration de ces paramètres est observée lors d’une prise en charge du sommeil en optimisant la qualité de ce dernier avec des plantes :

  • La valériane, pour soulager l’anxiété et le stress;
  • La passiflore, pour diminuer les tensions nerveuses et l’anxiété ;
  • Le kavakava, pour sa capacité synergique à promouvoir le repos mental et physique, utile pour surmonter la douleur chronique et détendre les muscles ;
  • Un mélange de mélatonine et de plantes calmantes apaisantes du système nerveux;
  • La mélatonine : des recherches démontrent que les femmes fibromyalgiques ont un taux plus bas de mélatonine. Prise de façon régulière, elle peut diminuer les troubles de sommeil, la dépression et peut également aider à mieux gérer la douleur8;
  • Dormir dans une pièce noire (essentielle à la production de mélatonine), fraîche et silencieuse ;
  • Éteindre la connexion Wi-Fi durant la nuit et s’éloigner d’au moins un mètre des prises de courant, des compteurs intelligents et des appareils électriques ;
  • La pratique du yoga peut également aider à la gestion du stress

 

RÉFÉRENCES

1 http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/22022174

2 http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/9513929

3 DZUGAN, Sergey A. (Dr). Therapeutic options for fibromyalgia, ed. Life Extension, juillet 2005.

4 https://www.verywell.com/the-thyroid-fibromyalgia- connection-3231681

5 Gardner 2011; Pieczenik 2007; Le Goff 2006.

6 «Fibromyalgia and nutrition: what news?», Clin Exp Rheumatol., janvier-février 2015.

7 PLAMONDON EMOND, Étienne, Le soulagement vient en dormant, Université de Montréal, 28 août 2010.

8 ROHR, UD, et J. HEROLD. « Melatonin deficiencies in women», Maturitas, vol. 41, suppl. 1: S85-104, 15 avril 2002.

9 Association Française de formation médicale continue en Hépato-Gastro-Entérologie, toxicologie intestinale des AINS, 2004.