Élever notre énergie : au-delà des exercices

Publié le 27 novembre 2017
Écrit par André Jolicoeur

Élever notre énergie : au-delà des exercices
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Que signifie « élever notre énergie » ?

Ce peut être guérir une maladie ou une blessure, nous renforcer, améliorer la profondeur et la qualité de nos pensées, développer de nouvelles habiletés, s’ouvrir à de nouvelles sensibilités, ou tout simplement se sentir merveilleusement bien.

 

Il existe d’excellentes méthodes pour augmenter notre énergie, le chi kung et le tai-chi par exemple. Un des principaux obstacles que l’on rencontre lors d’une telle démarche est que l’on doit résister à la tentation de dilapider les ressources nouvellement acquises. Nous sommes habitués à dépenser notre énergie sans discrimination dans un grand nombre d’activités qui nous épuisent ou même nous blessent, que ce soit mentalement, énergétiquement ou physiquement. Lao Tseu le disait, il y a de cela 2500 ans : Qui fait de grandes enjambées ne marchera pas très loin. On le dit encore aujourd’hui : ‘Petit train va loin.’ Tout le monde le comprend, mais… l’appliquer c’est autrement plus difficile.

 

Chaque fois que nous nous sentons énergiques et prêts à agir, à ce moment précis, nous pouvons choisir de suivre nos impulsions préprogrammées, dépenser nos ressources et revenir à la faiblesse qui s’ensuit…, ou retenir notre élan, nous recentrer, et réévaluer la nécessité d’agir. Qu’est-ce qu’« agir trop»? Ce sont toutes les choses que nous faisons de façon automatique, sans conscience ni choix réel, et malgré l’absence de bienfait. Penser trop, parler trop, acheter trop, manger trop, travailler trop, s’entraîner trop, regarder trop, écouter trop, etc. Mais qui peut nous dire ce qui est « assez » et ce qui est « trop»? Il suffit d’observer chaque fois comment l’on se sent après : rafraîchi et rechargé, ou plutôt fatigué, endetté ? À chacun d’en juger!

Il ne suffit pas d’apprendre et de pratiquer des exercices efficaces pour augmenter notre énergie. Si nous voulons réaliser des progrès substantiels, nous devons aussi apprendre à diriger notre attention, ce qui revient souvent à nous retenir d’agir ou de prêter attention.

C’est ainsi que l’on conserve précieusement notre énergie pour les choses et les gens qui en valent vraiment la peine. Cela veut-il dire que nous devions nous couper du monde qui nous entoure pour vivre enfermés et inactifs ? Certainement pas ! Nous avons cependant intérêt à choisir soigneusement les pensées, les actes et les interactions dans lesquels nous nous investissons. Regarder et écouter sont aussi des actes, et ils sont parmi les plus grands consommateurs d’énergie. Les relations humaines constructives sont des échanges d’énergie lors desquels nous recevons autant que nous donnons. Par exemple, nous écoutons patiemment les peines d’un ami en difficulté. Il nous rend cette énergie en écoutant attentivement nos conseils et en nous remerciant. Tout le monde y gagne et en ressort plus heureux.

 

Mais attention aux interactions de « vol d’énergie » où quelqu’un utilise la peur, la culpabilité, la tentation ou la pitié* pour nous forcer à donner de l’énergie malgré nous… sans nous la rendre. Par exemple, quelqu’un peut monopoliser notre attention par ses plaintes incessantes, mais n’a pas d’oreille pour recevoir nos conseils. On cède parfois à ces mécanismes par insécurité : on s’épuise alors à chercher une valorisation dans une relation avec quelqu’un qui nous exploite. Qu’une telle interaction dure quelques secondes ou des décennies, on gagne à s’en apercevoir pour y mettre un terme.

(* Réf.: James Redfield, La Prophétie des Andes, chap. 4.)

 

Les activités individuelles qui méritent notre attention sont celles qui nous rendent plus forts, qui nous libèrent de fardeaux, ou qui nous permettent de découvrir nos habiletés. Cela inclut bien sûr les exercices dédiés à renforcer notre santé. Il y a aussi les activités qui nous mettent en relation avec l’énergie de la nature… souvent perceptible par sa beauté et la paix qu’elle nous inspire. Les bonnes interactions et activités, malgré leur variété infinie, sont reconnaissables par une caractéristique qui leur est commune : on en ressort heureux, satisfait, plus fort et plus confiant, l’esprit en paix. Ce simple critère ne ment pas. Il n’est pas nécessaire de prendre des décisions hâtives au sujet de chaque aspect de notre vie…, il suffit de s’écouter pour voir comment on se sent suite à chaque activité. Les décisions suivent naturellement.

 

Un fait à noter : beaucoup d’activités peuvent avoir des effets soit bénéfiques ou néfastes, si on en modifie seulement la quantité. Par exemple, manger assez nous redonne de la force et la sensation agréable d’avoir « refait le plein ». Manger trop nous fait sentir lourd, fatigué et incapable de tout effort physique. De la même façon, la plupart des activités physiques (entraînement, sport, travail manuel) peuvent nous réchauffer, stimuler et énergiser notre corps. Pourtant, si on les effectue en quantité excessive ou sous stress, on n’en retire que de la fatigue ou même des blessures.

Il en va de même des activités mentales : un problème à résoudre, des tâches à organiser sont autant de défis qui peuvent nous stimuler. Pourtant, réfléchir à trop de choses en même temps, avoir des pensées négatives ou se faire des attentes et des plans trop compliqués sont des moyens sûrs d’épuiser notre force mentale. Même un simple passe-temps peut se transformer en une obsession qui gaspillera nos efforts et notre temps, si l’on s’y laisse trop absorber.

Quels que soient les efforts consacrés à élever notre énergie, et malgré notre désir sincère d’améliorer notre état, lorsque les résultats se présentent, nous sommes souvent si troublés par les nouvelles sensations de plaisir et de force que nous agissons de façon à les rejeter ! Nous paniquons et nous trouvons bien vite une activité ou une pensée accablante pour épuiser ces sensations… et l’énergie qui les provoque ! Il faut changer notre point de vue et réaliser qu’un bonheur intense et une grande force intérieure ne sont en réalité que notre état naturel, le plus normal qui soit ! Apprendre à ressentir ce bien-être sans paniquer, c’est revenir à la condition normale que nous avons oubliée depuis bien longtemps. On nagera mieux si on arrête de s’attacher des poids aux pieds.

 

ÉNERGIE : ABONDANCE OU MANIFESTATION ?

On gagne à éveiller notre sensibilité pour devenir plus conscient des circonstances de notre vie qui nous sont bénéfiques ou nuisibles en augmentant ou en réduisant notre énergie. Il y a cependant beaucoup de confusion dans la perception de ces influences. Il faut demeurer vigilant et ne pas conclure trop vite, car les apparences nous trompent, et nous confondons souvent l’abondance de notre réserve d’énergie avec sa manifestation à court terme.

Traçons un parallèle avec l’argent. Tout le monde sait bien que le fait de mener « un gros train de vie » n’a rien à voir avec une vraie santé financière. Avec le crédit, il est si facile de s’endetter en dépensant l’argent que l’on n’a pas. Il faut donc faire la différence entre les apparences à court terme et la réalité de fond.

Selon un schéma général, l’énergie de notre corps se partage dans deux zones : la réserve centrale et la circulation périphérique. Anatomiquement, la réserve centrale est assimilée à sept centres d’énergie condensés et alignés sur la ligne centrale du corps humain. Ils sont appelés « chakras » ou « dan tians », selon les traditions indienne et chinoise. Il est évidemment souhaitable que l’énergie de ces centres soit abondante et harmonieuse, mais il n’est pas toujours évident de la percevoir directement en ces endroits.

On perçoit beaucoup plus facilement l’énergie lorsqu’elle se trouve en circulation dans la périphérie du corps. Un premier circuit énergétique, appelé « Petite Circulation » ou

« Petit Univers», monte du périnée dans le dos jusqu’au sommet de la tête puis redescend sur le devant du torse et retourne au périnée.

 

D’autres circuits, appelés « méridiens » en acupuncture, partent de la Petite Circulation et relient les membres ainsi que les organes vitaux. Lorsque l’énergie circule en abondance et sans blocages dans ces circuits, on se sent bien, plein de force, de bonne humeur et capable de tout ! C’est aussi là que l’énergie produit des résultats physiques : résistance immunitaire, force physique, santé des organes, etc.

L’énergie qui circule est aussi disponible pour être dépensée à effectuer toutes sortes d’actions envers notre environnement.

Plusieurs facteurs peuvent déclencher une sortie d’énergie de notre réserve centrale vers la circulation périphérique, souvent en lien avec un besoin extérieur : le stress, la nécessité ou la volonté d’agir, l’excitation, la joie ou le rire, l’expiration et l’effort physique en sont des exemples.

Au contraire, la détente, le détachement, le calme, la tristesse, ou la nostalgie, l’inspiration et le repos incitent plutôt l’énergie à se recentrer et s’accumuler dans la réserve.

Ce mouvement d’énergie se produit sur des échelles de temps très variables selon les facteurs concernés : inspiration et expiration s’alternent en quelques secondes, tandis que stress et détente peuvent s’échelonner sur des périodes allant de quelques minutes à plusieurs années !

 

Un exemple très courant de ce phénomène est la tendance qu’ont les étudiants à tomber malades au début des vacances de Noël, juste après les examens de fin de session. Le stress des examens pousse leur énergie en circulation pendant plusieurs jours, vidant leurs réserves, mais cela leur donne temporairement vigilance et immunité. Dès que les examens sont finis, le stress tombe, et les réserves d’énergie vides les obligent à tomber en mode récupération. Malheureusement, cet état de détente trop profonde provoqué par l’épuisement n’alimente pas bien leur résistance immunitaire et les laisse vulnérables aux infections.

 

Un autre exemple concerne la gestion du sommeil. Si un soir on se couche beaucoup plus tôt que d’habitude, on remplit nos réserves d’énergie. Mais on risque d’être déçu, le lendemain matin, de se sentir « au ralenti » et encore endormi. Cet état pourrait durer pendant une bonne partie de la journée. On conclura, à tort, que « se coucher de bonne heure ne nous convient pas ». Il faut simplement comprendre qu’un sommeil débutant de bonne heure déclenche un mouvement d’énergie vers la réserve, et que cette tendance peut demeurer aussi longtemps qu’on en a besoin ! Inversement, se coucher deux ou trois heures plus tard que d’habitude ou avoir une nuit très agitée peut déclencher un mouvement d’énergie vers la circulation périphérique, pourvu que notre réserve soit bien remplie. On sera surpris de se réveiller le lendemain en super forme, accomplissant toutes les tâches de la journée avec excellence. On peut alors conclure, encore à tort, que l’on est couche-tard de nature et que l’on devrait toujours faire ainsi.

On voit donc que certains éléments de notre vie influencent énormément le transfert temporaire de notre énergie entre la réserve profonde et la circulation.

 

Comment utiliser ce principe ? Supposons par exemple qu’un athlète prévoie participer à une compétition sportive. Une bonne gestion du sommeil consistera alors à se coucher de bonne heure tous les jours durant l’entraînement, sauf la veille de la compétition, où il se couchera trois heures plus tard que d’habitude. Il devrait cependant éviter lors de cette soirée toute activité qui dépenserait inutilement son énergie, comme boire de l’alcool ou faire de l’exercice physique. Son but, rappelons-le, est de stimuler la sortie de son énergie vers la circulation pour la rendre disponible, et non de la dépenser le soir même.

 

Certaines méditations et les exercices de chi kung, incluant le tai-chi, agissent directement sur l’abondance de notre énergie et sur sa répartition dans notre corps. On peut donc utiliser ces techniques sur une base quotidienne et de façon ciblée pour rééquilibrer des facteurs de notre vie qui sont plus difficiles à contrôler (ex.: stress professionnel). En effet, le stress amène une présence générale d’énergie sur les circuits de notre corps, mais il cause aussi des blocages le long de ces circuits, qui se traduisent par des problèmes de santé (maux de tête, troubles digestifs, etc.).

 

On gagne donc à adopter un mode de vie calme, tout en maintenant une circulation d’énergie hygiénique par une dose régulière d’exercice physique et d’activités motivantes. On devrait aussi savoir exercer une forte volonté (« stress hygiénique ») de façon ponctuelle, lorsqu’une circonstance exige une action décisive. C’est l’approche que l’on cultive dans les arts martiaux. L’évolution normale d’un pratiquant d’arts martiaux, de chi kung ou de méditation comprend donc autant le fait de savoir extérioriser son énergie par une volonté forte que de la recentrer par une attitude calme. Cette régulation de l’énergie entre l’intérieur et l’extérieur se fait selon les besoins du quotidien et est parfois appelée « réguler l’Eau et le Feu pour équilibrer le Yin et le Yang ». Le Yin et le Yang sont les deux tendances opposées qui sont à la base de toute réalité physique, tandis que l’Eau et le Feu représentent l’ensemble des méthodes utilisées pour produire ces résultats. Quand le Yin et le Yang sont forts et équilibrés, la santé est stable et solide, et cela nous dispose à vivre bien et longtemps!