Épaule gelée : mieux comprendre la capsulite rétractile

Publié le 20 avril 2020
Écrit par Nicolas Blanchette, B. Sc. kinésiologie, D.O.

Épaule gelée : mieux comprendre la capsulite rétractile
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L’épaule gelée, ou capsulite rétractile de sa véritable appellation, est une cause fréquente de limitations et de douleur à l’épaule chez les plus de 40 ans.

 

Lors de cette affectation de l’épaule, la capsule articulaire formée de ligaments de l’épaule devient enflammée, puis « collante » (adhérée), ce qui rend l’ensemble de l’articulation inconfortable et difficile à mobiliser. La capsulite n’est pas douloureuse dans toutes ses phases et n’a pas la même intensité chez tous les sujets, mais la limitation de mouvement qu’elle entraîne la caractérise. Le diagnostic peut être conirmé par le médecin à la suite d’une imagerie par résonnance magnétique, la radiographie offrant peu d’indices en comparaison avec un examen clinique seulement.

Physiologiquement, la capsule articulaire est formée de nombreux ligaments qui, ensemble, « scellent » l’articulation de l’épaule, entre l’omoplate et l’humérus, l’os du bras. Lors de la capsulite, une réponse inflammatoire locale disproportionnée amène la formation de tissu cicatriciel fibreux dans la capsule articulaire. L’inflammation génère habituellement de la douleur, et la prolifération du tissu cicatriciel vient progressivement limiter la liberté de mouvement de l’humérus (sans qu’on sache trop pourquoi encore, il semble que le tissu nerveux dans l’épaule se développe également ). Par l’épaississement de certains ligaments antérieurs de l’épaule, le premier mouvement à être réduit est la rotation externe de l’humérus.

Or, puisque ce mouvement est aussi nécessaire pour l’abduction (lever le bras sur le côté du corps), ce second mouvement se retrouve fréquemment limité, lui aussi.

 

Qu’est-ce qui cause la capsulite rétractile ?

Même en 2020, la capsulite rétractile n’a pas fini de livrer tous ses secrets. La cause de cette inflammation peut être dite primaire ou secondaire. Les cas primaires sont toujours idiopathiques, c’est-à-dire qu’il est impossible de déterminer la cause de l’apparition des douleurs ou de la perte d’amplitude de mouvement. Une capsulite rétractile de cause secondaire peut quant à elle se produire à la suite d’une blessure, d’un traumatisme, d’une opération chirurgicale ou d’une maladie. Une hypothèse évoquée pour la capsulite est une réponse auto-immunitaire disproportionnée.

Quelques facteurs de risque sont cependant bien documentés : l’immobilisation prolongée du bras après une opération ou une fracture, par exemple, augmente les risques de développer une capsulite rétractile. Ainsi, les thérapeutes près des interventions médicales s’assurent que l’épaule récupère du mouvement le plus rapidement possible après une blessure. Certaines études ont aussi montré un lien entre les risques de développer cette affection et la présence de maladie métabolique comme le diabète ou l’hypercholestérolémie. Finalement, quelques preuves scientifiques montrent que le raccourcissement chronique de certains ligaments et muscles de l’épaule (deltoïde antérieur, muscles pectoraux) via un mauvais maintien postural peut aussi contribuer à augmenter les risques de développer une capsulite rétractile. Malgré cela, plusieurs personnes développent une capsulite sans présenter de facteurs de risque, ce qui est frustrant autant pour ceux qui souffrent que ceux qui cherchent à leur venir en aide.

 

Quelles sont les différentes phases de la capsulite ?

Malheureusement, la capsulite est une pathologie généralement de longue durée qui se résout souvent dans une période entre un et deux ans. La personne qui a une capsulite doit s’éduquer sur le problème et, même si ce n’est pas toujours facile, éviter de se décourager à travers le processus. Cette inflammation finit bel et bien par guérir. Comprendre les différents stades de la capsulite peut être un bon outil pour traverser l’épreuve.

 

La première phase, dite de gel (freezing) est surtout caractérisée par la douleur. Elle dure généralement entre deux et six mois. C’est là que le client consultera : ce dernier éprouve fréquemment beaucoup d’inconfort durant la nuit, ce qui peut l’empêcher de dormir convenablement. Il peut trouver qu’il est impossible de se coucher sur le côté de l’épaule endolorie. La région sensible est généralement tout le tour de l’épaule, mais il est commun de ressentir des irradiations dans le bras, l’avant-bras, parfois le poignet. À ce stade, le mouvement de l’épaule n’est pas encore limité. Ceci rend la capsulite particulièrement difficile à déceler pour un professionnel, qui pourrait la confondre avec d’autres affections communes de l’épaule comme une tendinite de la coiffe des rotateurs, une bursite ou de l’accrochage sous-acromial.

 

C’est lors de la seconde phase, dite adhésive (frozen), d’enraidissement ou de durcissement, que l’amplitude de mouvement est le plus affectée. La limitation des rotations de l’humérus apparaît en premier et le diagnostic par un médecin est alors plus facile à poser. L’abduction (soulever le bras) est fréquemment compensée par un mouvement excessif de l’omoplate (haussement d’épaule). Cette compensation est appelée « rythme scapulo-huméral inversé » et nous permet de fonctionner quand même malgré une perte du mouvement glénohuméral. L’amplitude de mouvement disponible à l’épaule va généralement diminuer sur une période de plusieurs semaines, avant de se stabiliser pendant plusieurs mois (environ trois à neuf mois).

 

La troisième phase est celle du dégel (thawing), aussi appelé « phase de résolution ». Après la pluie, le beau temps ! C’est lors de cette phase que le client fait le plus progrès. Cette phase dure généralement entre 9 et 18 mois. La douleur va alors en diminuant et l’enraidissement s’en va, très graduellement. Sans intervention, avant de retrouver l’exacte même amplitude qu’avant la capsulite, certaines recherches soutiennent qu’il peut s’écouler plusieurs années. Rassurez-vous, une amplitude de mouvement permettant d’accomplir toutes nos tâches quotidiennes n’a pas besoin d’être parfaite, seulement fonctionnelle !

 

Gestion de la capsulite

Anti-inflammatoires et injections

L’utilisation d’anti-inflammatoires non stéroïdiens peut soulager la douleur, bien qu’il y ait peu de preuves que leur utilisation permet de réduire la durée de l’affection. Selon les recherches, ce sont les corticoïdes oraux et les injections de glucocorticoïdes (ex. : cortisone) qui permettraient le mieux d’atténuer la douleur. Pour les injections, il semble qu’il suffise simplement d’apporter le médicament dans l’environnement des structures touchées par l’inflammation et donc que le guidage échographique ne soit pas une nécessité. De plus, il ne semble pas nécessaire de procéder à de multiples injections, car les bénéfices semblent plafonner au-delà de trois injections. Il est aussi intéressant de noter que les résultats des injections de glucocorticoïdes procurent davantage de résultats à court terme lorsqu’ils sont jumelés à des mobilisations articulaires réalisées dans la non-douleur.

 

Thérapie manuelle, tractions et étirements

La thérapie manuelle telle qu’utilisée en physiothérapie, en ostéopathie, en chiropractie, en massothérapie et autres peut permettre de moduler (atténuer) la douleur pendant que la capsulite se résorbe progressivement. Des études ont montré que dans les première et deuxième phases de la capsulite, des clients effectuant une approche active avec de la thérapie manuelle ont montré une amélioration quant à la douleur rapportée, la fonctionnalité de leur épaule et leurs amplitudes de mouvement vis-à-vis des sujets adoptant une approche uniquement passive. Il est intéressant de noter que la notion de « seuil de douleur » semble particulièrement importante quant à la réalisation d’exercices pour aider la personne qui a une capsulite. Du moins, c’est ce que nous révèle une étude. Dans cet échantillon de 77 personnes présentant une capsulite rétractile, un groupe de participants réalisant des exercices de mobilisation et d’étirement chez qui on avait donné la consigne de « forcer au-delà du seuil douloureux » a obtenu moins de résultats que l’autre groupe, qui pratiquait une « négligence supervisée » (on informait simplement le client sur l’affection et on le rassurait sur sa durée dans le temps et sur le regain éventuel de ses capacités). En résumé, bien que les exercices semblent avoir leur place dans la gestion de l’inflammation, il est important que ceux-ci ne créent pas trop d’inconfort en les réalisant.

Quant aux mobilisations, il semble que la méthode employée ait son importance. Certaines modalités, telles que les tractions, les étirements de longue durée et les mobilisations combinées à des tractions, montrent des résultats prometteurs.

 

En conclusion

La capsulite rétractile est une affection de l’épaule relativement fréquente et connue depuis aussi loin que 1872. Même si les sciences de la santé comprennent bien ce qui se passe dans l’épaule lors d’une capsulite, on en connaît encore peu sur le mécanisme qui l’entraîne. On sait cependant que dans la très grande majorité des cas, la capsulite guérit pratiquement toujours, même si sa durée moyenne de rétablissement atteint fréquemment les deux ans. Passé cette période, la douleur est pratiquement toujours disparue et l’amplitude de mouvement à l’épaule permet d’accomplir la plupart des tâches de la vie quotidienne sans aucun problème. Dans l’intervalle, quelques modalités peuvent être tentées pour atténuer la douleur et possiblement retrouver plus rapidement une amplitude de mouvement augmentée : prise de médicaments corticoïdes oraux, injection de glucocorticoïdes, capsulodistension (arthrographie distensive), tractions et étirements en thérapie manuelle de même que des exercices quotidiens réalisés dans la non-douleur. La personne qui a une capsulite doit surtout éviter le découragement et se rappeler que les limitations de mouvement finiront par disparaître. Une fois que celle-ci est rétablie, il peut être rassurant de prendre connaissance que la capsulite rétractile n’affectera pratiquement jamais la même épaule plus tard dans la vie. Seuls 10 % des gens pourront vivre un épisode de capsulite sur l’autre épaule, habituellement espacé de quelques mois à plusieurs années.

 

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