Êtes-vous plus écolo que la moyenne ?

Publié le 13 avril 2020
Écrit par Gabriel Parent-Leblanc. B. Sc., M. Env.

Êtes-vous plus écolo que la moyenne ?
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Est-ce que vous vous considérez comme étant plus écolo que la moyenne des canadiens ? Comment vous comparez-vous face à vos proches (amis, famille, etc.) ?

 

Si, dans les deux cas, vous répondez par la positive, le présent article risque de vous déstabiliser un peu… Je ne veux pas vous décourager, bien au contraire, mais j’ai récemment lu une étude vraiment très intéressante à propos de la psychologie humaine qui identifiait un biais cognitif important très répandu en lien avec nos efforts individuels pro-environnement.

 

L’étude du chercheur suédois Magnus Bergquist, publiée dans la revue scientifique Basic and Applied Social Psychology, démontre effectivement que la majorité des gens pensent qu’ils en font plus que la moyenne pour atténuer leur impact environnemental. Autrement dit, nous surévaluons nos efforts en tant que citoyens modèles et écolos, un effet que l’on qualifie comme étant un « biais d’autocomplaisance ». Avouons tout de suite qu’il est impossible que la majorité d’entre nous en fasse plus que la moyenne et que cette gratification du « moi » est inquiétante, étant donné l’état actuel de la planète Terre.

 

Voici un résumé de cette étude passionnante ainsi qu’un court questionnaire qui vous permettra d’en connaître plus sur le sujet et d’analyser si réellement vous en faites plus que la moyenne… si une telle introspection vous intéresse, bien évidemment.

 

L’étude en bref

Le but de cette étude était de savoir si les gens ont tendance à surévaluer leur propre engagement quant aux efforts qu’ils font pour réduire leur empreinte écologique, un biais déjà étudié et identifié pour d’autres enjeux, mais jamais quantifié pour l’environnement.

 

Des questionnaires anonymes en ligne furent utilisés pour récolter les données de 4042 personnes résidant dans quatre pays différents, la Suède, l’Inde, l’Angleterre et les États-Unis. Les résultats firent ensuite l’objet de quatre analyses.

 

Ces questionnaires demandaient l’avis des répondants à savoir quelle était leur propension à faire des gestes bons pour l’environnement comme prendre le transport en commun ou réduire sa consommation de plastique en comparaison à ses compatriotes ou amis. Les méthodes et les questions ont légèrement varié lors de ces quatre tests pour tenter d’éliminer certains points faibles de l’étude et valider d’autres théories, mais cette prémisse est demeurée la même dans tous les tests.

 

Les répondants devaient évaluer leur engagement en le notant de 1 à 7, 1 étant « beaucoup moins que la moyenne » et 7 « beaucoup plus que la moyenne ». Comme le chiffre 4 représentait un engagement semblable à la moyenne, une comparaison des données de tous les répondants par rapport à une courbe normalement distribuée aurait donc dû donner une moyenne de 4, mais ce n’est pas ce que le chercheur a trouvé… En effet, dans tous les tests, la moyenne pondérée fut de 5, soit un engagement environnemental « légèrement plus élevé que la moyenne ». Les résultats sont sans équivoque : 85,7 % des Indiens, 72 % des Anglais, 63,7 % des Américains et 51,3 % des Suédois interrogés ont indiqué que leur engagement environnemental était supérieur à la moyenne.

 

Pour tenter d’expliquer ce biais d’autocomplaisance, l’auteur a noté une corrélation entre la fréquence d’un engagement pro-environnement et la taille du biais cognitif. Par exemple, une personne qui recycle fréquemment finira par croire, comme elle le fait souvent, qu’elle doit forcément en faire plus que les autres.

 

Il faut également noter que toutes les questions de l’étude portaient sur des actions faciles à effectuer, comme fermer les lumières, arrêter l’eau pendant le brossage des dents ou bien recycler. L’auteur note que les résultats auraient pu être différents si les mêmes tests avaient été effectués avec des questions portant sur des gestes plus difficiles comme manger moins de viande ou ne pas prendre l’avion.

 

Est-ce que ce biais d’autocomplaisance affecte les actions dans la vie de tous les jours ?

C’est spécifiquement ce que le quatrième et dernier questionnaire avait pour but de découvrir. Est-ce que ce biais cognitif a tendance à diminuer le véritable engagement environnemental ? Autrement dit, si une personne se croit, à tort ou à raison, être plus écolo que la moyenne, est-ce qu’elle sera tentée d’en faire moins en réalité parce qu’elle croit déjà faire sa part ?

 

Ce test était légèrement différent des trois premiers, en ce sens que les participants devaient répondre à une série supplémentaire de questions : cinq portant sur les obligations environnementales et cinq sur les intentions environnementales.

 

Exemple

Quantifier de 1 à 5 (de jamais à toujours) ces affirmations :

  • Je me sens obligé de fermer les lumières d’une pièce lorsque je la quitte.
  • À quelle fréquence avez-vous l’intention de vous engager dans le comportement suivant : fermer les lumières d’une pièce lorsque je la quitte ?

 

 

 

Je vous épargne le processus derrière l’analyse de toutes ces données, la présentation des résultats étant, je crois, plus importante.

 

L’auteur a découvert, en lien avec le biais d’autocomplaisance, que les gens qui croyaient en faire plus que la moyenne ne se sentaient pas moins obligés de faire des gestes pro-environnement. Les résultats sont un peu plus mitigés du côté de l’intention, où l’auteur note une très légère baisse, mais pas assez forte pour être significative.

 

Dans la partie discussion de l’article, l’auteur émet des hypothèses pour expliquer de tels résultats, dont le fait qu’il existe peut-être deux types de personnes : celles qui sont encouragées à en faire plus dans cette situation et celles qui considèrent leur engagement présent comme une permission de ne rien faire de plus. Peu importe les raisons, l’auteur mentionne que d’autres tests seraient de mise pour mieux comprendre cet intéressant phénomène !

 

J’ai choisi ces questions en particulier en lien avec une autre étude que j’avais analysée et présentée dans mon article du numéro d’octobre 2017 de Vitalité Québec. Celle-ci, intitulée « The climate mitigation gap: education and government recommendations miss the most effective individual actions », tente effectivement de déterminer quelles actions individuelles sont les plus efficaces dans la lutte contre le réchauffement climatique.

 

Je me permets ici de vous présenter toutes les actions mentionnées dans l’article de même que leur résultante en termes de réduction d’émissions de gaz à effet de serre, en ordre décroissant :

 

Vous devez savoir que pour éviter un réchauffement climatique de plus de 2°C, tous les humains devront générer annuellement moins de 2,1 tonnes de CO2 équivalent d’ici 2050. Or, actuellement, ces émissions pour chacun des habitants de ces pays industrialisés sont de :

 

  • États-Unis – 16,4 tonnes de CO2 é ;
  • Australie – 16,3 tonnes de CO2 é ;
  • Canada – 13,5 tonnes de CO2 é ;
  • Union européenne – 6,7 tonnes de CO2 é.

 

Un Canadien super écolo (qui aurait répondu une majorité de D) qui ne possède pas de voiture, ne voyage pas en avion et qui est végane aurait donc une empreinte carbone de 3,8 tonnes de CO2 é (13,5 – 5,3 – 2,8 – 1,6 tonnes de CO2 é).

 

Évidemment, ce calcul ne représente qu’une vulgaire estimation et ces chiffres ne sont utilisés que pour donner une idée générale des actions les plus payantes en termes de diminution des impacts, mais il est aisé de constater que tous les petits gestes comptent si on veut inverser la tendance…

 

En résumé, l’être humain semble avoir développé un biais cognitif important lorsque vient le temps d’autoévaluer son engagement environnemental. L’étude décrite dans cet article prouve que la majorité des gens pensent qu’ils en font effectivement plus que la moyenne de leurs compatriotes ou proches à ce niveau, ce qui est inquiétant. Si vous pensiez en faire plus que la moyenne pour réduire votre empreinte écologique, il se peut que vous ayez changé d’avis après avoir lu le présent article… Mais ce n’est pas grave, il s’agit seulement de retrousser vos manches et d’agir dans les sphères de vie où vous pouvez et désirez agir ! Le questionnaire présenté ci-haut devrait pouvoir vous donner des pistes de réflexion… Gageons que vos engagements pro-environnement ne seront que plus stimulants et valorisants après cette courte prise de conscience et remise en question !

 

 

POUR ALLER PLUS LOIN

Êtes-vous plus écolo que la moyenne ?

Maintenant que l’on sait qu’un biais cognitif important existe en lien avec l’impression que nous avons de notre engagement environnemental, il serait intéressant de vous mettre au défi pour savoir si vous êtes réellement plus écolo que la moyenne. J’ai donc pensé créer un petit questionnaire, aucunement scientifique, mais utile pour susciter une réflexion et vous donner une appréciation subjective de vos actions.

Avant de débuter, je tiens à préciser que le questionnaire qui suit n’a pas pour but de vous juger. C’est un simple exercice visant à approfondir votre réflexion ou à découvrir des moyens pour diminuer votre empreinte écologique ! Libre à vous d’essayer ou pas…

 

Question 1.

Comment vous déplacez-vous ?

A- En camionnette ou en VUS

B- En voiture compacte ou sous-compacte

C- En voiture électrique

D- En transport en commun

 

Question 2.

À quelle fréquence consommez-vous de la viande et des produits laitiers ?

A- J’en mange tous les jours

B- J’en mange quelques fois par semaine

C- Je suis végétarien

D- Je suis végétalien / végane

 

Question 3.

Voyagez-vous souvent en avion ?

A- Oui, plusieurs fois par année et pas seulement en avion, mais aussi sur un navire de croisière

B- Oui, je voyage en avion tous les ans

C- Il m’arrive de voyager, mais pas tous les ans

D- Je n’ai pas pris l’avion depuis au moins 5 ans

 

Question 4.

Quelles sont vos habitudes de gestion du matériel en fin de vie ?

A- Je mets tout à la poubelle sans trier

B- Je recycle ce que je peux

C- Je recycle et je composte tout ce que je peux

D- En plus de recycler et de composter, je fais des efforts pour consommer moins (réduction à la source)

 

Question 5.

Quelles sont vos habitudes d’achat en lien avec le plastique et le suremballage ?

A- Je ne crois pas que la consommation de plastique soit un enjeu

B- J’amène mes sacs réutilisables à l’épicerie

C- En plus de mes sacs réutilisables pour les provisions, j’en ai aussi pour les fruits et légumes que j’achète en vrac

D- Le zéro déchet me passionne et je remplis la majorité de mes aliments dans mes propres contenants lorsque je vais à l’épicerie ou dans les boutiques spécialisées

 

 

Résultats

Comptabilisez le nombre de A, B, C et D que vous avez obtenus. Vu la simplicité de ce questionnaire, vous aurez déjà deviné ce que les résultats veulent dire :

  • Si vous avez une majorité de A vous êtes beaucoup moins écolo que la moyenne.
  • Si vous avez une majorité de B vous êtes un peu moins écolo que la moyenne.
  • Si vous avez une majorité de C vous êtes un peu plus écolo que la moyenne.
  • Si vous avez une majorité de D vous êtes beaucoup plus écolo que la moyenne

 

Références à la demande du lecteur