Êtes-vous un.e « empathe »?

Publié le 1 février 2025
Écrit par Chantal Ann Dumas, ND.A.

Êtes-vous un.e « empathe »?
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L’empathie, dans son sens original, est la capacité de comprendre les sentiments des autres. C’est un trait de caractère important pour les interactions humaines et qui peut être enseigné ou développé. Cependant, lorsqu’on dit d’une personne qu’elle est « empathe », cela va bien au-delà de l’empathie au sens habituel du terme. Les empathes absorbent littéralement les sentiments des autres et les éprouvent comme s’ils étaient les leurs. Cet attribut comporte évidemment son lot d’avantages, mais aussi de défis. Partons à la découverte des empathes.

 

Empathes 101

Bien que le terme « empathe » semble être un mot à la mode sur les médias sociaux, le terme et le concept sont apparus en 1956 dans un roman de science-fiction de l’auteur écossais J. T. McIntosh intitulé The Empath. À ce jour, il n’y a pas de consensus scientifique sur l’existence d’empathes. Toutefois, certaines recherches suggèrent que l’hypersensibilité sensorielle – une caractéristique qui pourrait être liée à des traits d’empathie – se retrouve chez environ 20 % de la population.

 

Qu’est-ce que le traitement sensoriel?

Nous captons continuellement des informations par l’entremise de nos cinq sens et de notre corps grâce à la proprioception (perception de notre position dans l’espace) et le sens de la gravité. Ces informations ou stimuli sensoriels transmis à notre système nerveux sont acheminés au cerveau, qui les interprète. Lorsque le traitement se fait bien, il ne requiert aucun effort de notre part. Cependant, le cerveau des personnes qui éprouvent des troubles du traitement sensoriel décode mal l’information et conséquemment, elles peuvent parfois réagir de manière inadaptée aux stimuli ou avoir de la difficulté à s’autoréguler.

 

L’hypersensibilité sensorielle

Les personnes souffrant d’hypersensibilité sensorielle ont un système nerveux qui perçoit les moindres choses et les perçoit généralement trop intensément. Elles peuvent se sentir submergées par une foule d’informations sensorielles. Lorsque cela survient, les hypersensibles peuvent réagir de trois façons : le combat, la fuite ou l’apathie. Les troubles du traitement sensoriel peuvent aussi causer des problèmes de coordination motrice et s’accompagner d’autres troubles, tels que le trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité (TDAH) ou des troubles d’apprentissage.

 

Les « neurones miroirs »

Une autre théorie avancée pour expliquer le ressenti des empathes est celle des « neurones miroirs ». Le système des neurones miroirs dans le cerveau est à la base de la compréhension des intentions d’autrui et des mécanismes d’apprentissage par imitation. Ces neurones miroirs nous permettent aussi de nous mettre à la place de l’autre, ce qu’on appelle plus communément l’empathie. Les neurones miroirs génèrent un état cérébral qui correspond à celui de la personne observée, fournissant ainsi une part directe de leur expérience. Les empathes pourraient être dotés de neurones miroirs hypersensibles qui font en sorte qu’ils ressentent plus profondément les sentiments des autres.

 

Quelques mots sur le diagnostic

L’hypersensibilité et les troubles du traitement sensoriel ne sont pas reconnus en tant que maladie, alors on ne les retrouve pas dans le DSM-5, la bible des troubles mentaux. Il s’agit plutôt d’un ensemble de caractéristiques qu’on associe à un profil. Il est donc peu probable que votre médecin ou votre psychologue vous en parle. Des professionnels de la santé mentale cherchent à les faire reconnaître comme un état qui porterait le nom de « dysfonction du traitement de l’information sensorielle et d’autorégulation ».

 

Comment savoir si je suis un empathe?

L’hypersensibilité sensorielle trouve généralement ses origines dans l’enfance. Les empathes sont dotés de traits caractéristiques tels qu’une plus grande sensibilité aux éléments de leur environnement comme le bruit, la lumière et les odeurs. Ils possèdent souvent une meilleure capacité à reconnaître et à évaluer le langage corporel et la signification des expressions faciales des gens, et ils savent plus facilement si quelqu’un est sincère ou non. Les empathes ont parfois tendance à se soucier profondément du bien-être des gens, sans tenir compte de leurs propres capacités et besoins, ce qui peut conduire à l’épuisement. Ces personnes vivent généralement leur quotidien en s’exposant au minimum à des facteurs de risques externes qui peuvent déstabiliser leur routine.

 

Dans ma pratique, je recommande le Questionnaire d’autoévaluation d’empathe créé par Judith Orloff, MD. Bien qu’il ne puisse pas être interprété comme un outil de diagnostic, je trouve qu’il aide mes clients à mieux se connaître et à trouver des pistes de solution.

Questionnaire d’autoévaluation d’empathe créé par la Dre Judith Orloff

  • Ai-je été étiqueté comme « trop sensible », timide ou introverti?
  • Est-ce que je me sens souvent dépassé ou anxieux?
  • Est-ce que les disputes ou les cris me rendent malade?
  • Est-ce que j’ai souvent l’impression de ne pas être à ma place?
  • Suis-je épuisé par la foule et ai-je besoin de temps seul pour me revigorer?
  • Suis-je trop stimulé par le bruit, les odeurs ou les bavardages incessants?
  • Est-ce que j’ai des sensibilités chimiques ou est-ce que je ne peux pas tolérer les vêtements qui m’égratignent?
  • Est-ce que je préfère prendre ma propre voiture pour pouvoir partir tôt si nécessaire?
  • Est-ce que je mange trop pour faire face au stress?
  • Ai-je peur d’être étouffé par les relations intimes?
  • Est-ce que je sursaute facilement?
  • Est-ce que je réagis fortement à la caféine ou aux médicaments?
  • Ai-je un seuil de douleur bas?
  • Est-ce que j’ai tendance à m’isoler socialement?
  • Est-ce que j’absorbe le stress, les émotions ou les symptômes des autres?
  • Suis-je submergé par le multitâche et préfère faire une chose à la fois?
  • Est-ce que je me ressource dans la nature?
  • Ai-je besoin de beaucoup de temps pour récupérer après avoir été avec des gens difficiles ou des vampires énergétiques?
  • Est-ce que je me sens mieux dans les petites villes ou à la campagne que dans les grandes villes?
  • Est-ce que je préfère les interactions en tête-à-tête ou en petits groupes plutôt que les grands rassemblements?

 

Pistes de solutions

Être empathe ne se « guérit » pas, mais on peut apprendre à bien vivre avec l’hypersensibilités sensorielle. Étant donné que les empathes sont très sensibles à leur environnement et à l’état émotionnel des gens autour d’eux, ils ressentent souvent une surcharge sensorielle et ont le sentiment d’être dépassés. Afin de s’ancrer ou de restaurer leur énergie, il est primordial pour les empathes de passer du temps seul à faire quelque chose d’apaisant, idéalement au contact de la nature. Ils doivent aussi être sélectifs quant aux personnes avec lesquelles ils passent du temps, en limitant le nombre de contacts avec celles qui projettent des émotions épuisantes. Il faut faire particulièrement attention aux narcissiques, car il existe une affinité naturelle toxique entre eux et les empathes.

Il est important pour les empathes de prendre soin d’eux physiquement, socialement, mentalement, émotionnellement et spirituellement. Selon mon expérience clinique, les Fleurs de Bach produisent aussi des résultats intéressants, particulièrement le noyer pour l’hypersensibilité. Il peut être utile de consulter pour apprendre à établir des limites saines avec l’entourage. Je vous recommande de vérifier si le professionnel est à l’aise avec la notion d’empathe.

 

Conclusion

Malgré les défis rencontrés par les empathes, le but n’est pas de changer. L’empathie est une compétence importante pour les interactions sociales, et les empathes peuvent apprendre à tirer parti de leurs particularités afin d’améliorer leurs relations avec les autres et créer un monde meilleur. Selon le Dali Lama, l’empathie est la qualité humaine la plus précieuse. En ces temps chaotiques et stressants, je crois que l’empathie est la qualité grâce à laquelle nous passerons à travers. Elle nous permettra de nous respecter les uns les autres, même si nous ne sommes pas toujours d’accord.