Fabuleuses familles de plantes immunocompétentes

Publié le 14 juin 2021
Écrit par Anny Schneider, auteure, conférencière et herboriste-thérapeute accréditée

Fabuleuses familles de plantes immunocompétentes
A.Vogel / Échinaforce

En raison de leur nature, les plantes sont des êtres formidablement adaptables, bienveillants et généreux. Pour embellir, vivifier et prolonger nos vies, à nous de les employer, de les honorer et de les démultiplier abondamment. – Anny Schneider

La plupart des plantes nutritives et médicinales sont des plantes à fleurs, ou angiospermes, qui constituent 95 % de toute la flore et qui sont âgées de 140 millions d’années. Elles se déclinent en 300 000 espèces à travers le monde, sans compter les nouveaux hybrides en explosion fulgurante grâce au travail de jardiniers amateurs ou à la sélection naturelle.

Voici un aperçu des meilleures familles de plantes aromatiques et nutritives, toutes bénéfiques pour améliorer ou conserver la santé à cette période cruciale.

Comme souvent, puisque cet univers végétal est si riche, mon plus grand défi sera de me restreindre, et si je nomme plusieurs vedettes de chaque famille, je me limiterai à un ou plusieurs miniportraits de chaque espèce.

 

1) Alliacées

Cette grande famille de plantes à l’odeur un peu sulfurée a des vertus essentiellement cholagogues, dissolvantes et diurétiques.

On y retrouve l’ail cultivé (Allium sativum), l’ail des bois (Allium coccinum) et, en Europe, l’ail des ours (Allium ursinum) ; ces deux derniers, en forêt, se font de plus en plus rares. 

Font aussi partie des alliacées les échalotes et les oignons dont les rouges, plus riches en quercétine, aux propriétés antioxydantes, sans oublier les poireaux, ces puissants diurétiques et laxatifs doux.

Ciboulette (Allium schoenoprasum) : alliacée aromatique très facile à cultiver même sur le balcon ; très proche de l’ail, son goût est néanmoins différent. Elle aime pousser en touffe compacte en bordure de vos plates-bandes, et c’est une des rares plantes qui aiment qu’on les coupe franchement au ciseau. Elle est excellente dans les salades, les trempettes, les vinaigrettes, les soupes et les omelettes. Même ses jolies fleurettes mauve pâle ont leur place dans tous les plats comme garniture. Elle est dépurative du sang, révulsive et parasiticide.

 

2) Apiacées (anciennes ombellifères)

Les carottes sauvages et cultivées, l’aneth, l’angélique, le céleri et le persil comptent parmi nos compagnons quotidiens et se font reconnaître par leurs fleurs divisées en ombelles blanches ou jaunes. Ce sont toutes des draineurs majeurs, la plupart étant digestives, diurétiques et toniques, selon la partie utilisée.

Livèche (Levisticum officinale) : vivace cultivée intensivement partout en Europe, la livèche est très vigoureuse et généreuse, son feuillage s’étend rapidement, et elle aime être taillée souvent. D’un point de vue médicinal, sa racine a des effets diurétiques puissants et aussi une action cholagogue qui aide à évacuer la boue biliaire trop épaisse. Elle aide aussi à la digestion des protéines animales et s’avère une bonne carminative. Grâce à sa forte concentration en huiles essentielles, elle agit comme analgésique de l’estomac, voire de la peau, et ses feuilles broyées ou ramollies à la vapeur sont utilisées en cataplasme. Deux précautions majeures : l’éviter en début de grossesse, et surtout ne pas prendre en cure. Aussi, ne pas s’exposer au soleil après son application externe à cause de sa haute teneur en psoralènes, comme bien des apiacées, notamment le persil.

 

3) Astéracées

Anciennement appelées composées, elles se font reconnaître par leur capitule étoilé et leurs rayons souvent disposés en couronne autour du cône fait de ligules resserrées.

Achillée (Achillea millefolium) : fleur très puissante contre les chaleurs et les fièvres en tisane froide. Elle cicatrise aussi les plaies et même les tissus internes. Il en existe plusieurs variétés et cultivars jaunes ou roses. 

Calendule (Calendula officinalis) : aussi appelée souci, cette jolie fleur jaune ou orange a de multiples vertus : elle soigne les problèmes de foie et de peau et renforce la vue. Ses pétales s’ajoutent à la salade, et on en fait de nombreux produits cosmétiques et dermatologiques émollients et cicatrisants.

Camomille (Chamomilla recutita) : sûrement la plus précieuse fleur médicinale des jardins, la variété dite allemande étant la plus consommée et polyvalente. Sa tisane ou teinture mère combat la fièvre, la constipation, toutes sortes d’infections, et calme la diarrhée et les nerfs irrités. En usage externe, son extrait éclaircit les cheveux, cicatrise les plaies et combat les rides.

Échinacée (Echinacea purpurea et ssp.) : cette superbe vivace des plaines américaines a des effets immunoprotecteurs indéniables contre les virus grippaux et d’autres maladies inflammatoires. Si on emploie surtout les racines, toutes les parties des plantes cueillies au bon moment ont des effets analgésiques fébrifuges et surtout immunostimulants avérés.

 

4) Brassicacées 

Anciennement nommées crucifères à cause de leurs fleurettes en forme de croix, elles contiennent des sulforaphanes amers, dépuratifs et antioxydants ; des vitamines B, C et K ; et beaucoup de minéraux et d’oligo-éléments. Les brassicacées comprennent ces précieux aliments : les brocolis, le cresson, les choux à profusion, les radis noirs et rouges, les moutardes et le raifort, qui sont tous ou presque de bons cholagogues, expectorants et dépuratifs sanguins.

Brocolis (Brassica ssp.) : en jeune pousse germée, cru ou en légume mature avant sa floraison, le brocoli est un des légumes méditerranéens les plus riches en antioxydants de toutes sortes. 

Cresson (Nasturtium officinale) : il contient plusieurs sulforaphanes, des vitamines A et C, de l’iode et du magnésium en quantité honorable.

Choux (Brassica ssp.) : cette vaste et vertueuse famille compte des centaines de variantes, d’aspect, de culture et de goûts divers : chou chinois, chou-fleur, chou frisé, chou pommé, chou cabus, chou de Savoie, chou nappa, chou rouge ou choux de Bruxelles… Plusieurs hygiénistes, herboristes et médecins (Binet, Leclerc, Mésségué) ont constaté les vertus cicatrisantes du jus de chou contre les ulcères, ainsi que vermifuges. Voici d’autres de leurs qualités : anticancérigène, apéritif, antidiarrhéique, antiscorbutique, antiseptique, cicatrisant, laxatif, pectoral et stomachique. 

Que dire de la choucroute, spécialité de mon pays d’origine, qui a sauvé des équipages entiers de marins du scorbut et tant de Slaves et de Germains, pour qui le chou constituait le seul légume, enrichi d’enzymes grâce à la lactofermentation, également si précieux durant les trop nombreuses famines et guerres européennes !

Comme toutes les crudités, il est bon de manger les choux et autres feuillages verts crus en début de repas. Certaines personnes, celles de tempéraments bilieux surtout, digèrent mal les crucifères, donc il est recommandé de les faire cuire quelques minutes à l’étouffée avec très peu d’eau et d’y ajouter des lamiacées, dont il est question plus loin.

Chou frisé ou kale (Brassica oleracea) : revenu à la mode par les végétaliens à cause de sa formidable valeur nutritive, le chou frisé, kale rouge, noir ou kale dinosaure est un légume d’hiver très consommé et même récolté sous la neige en Europe depuis des millénaires, importé par les Britanniques en Amérique au début de la colonie.

Le chou frisé est riche en caroténoïdes (lutéine et zéaxanthine), en vitamine C, en vitamine K, en acide folique, en B6, en calcium, en fer, en manganèse, en cuivre, en phosphore, en soufre, en acides gras essentiels et en fibres. Il représente aussi une bonne source de protéines, sans oublier son haut taux de chlorophylle et de glucosinolates, de puissants antioxydants. 

 

5) Fabacées 

Ceci est la nouvelle appellation des légumineuses, qui constituent une des meilleures sources de fibres, de minéraux et de protéines, très économiques de surcroît, consommées partout dans le monde.

Elles offrent une riche source de nutriments conjugués : glucides complexes ; fibres solubles ; protéines assimilables ; toutes les vitamines, dont B et K ; presque tous les minéraux et oligo-éléments, surtout du phosphore, du fer et du zinc ; et, comme pour les arachides et le soya, ce sont des sources non négligeables de bons gras.

Elles ont pour la plupart les propriétés suivantes : nutritives sans être calorifiques, hypocholestérolémiantes, anticancérigènes, digestives, hypotensives, énergisantes, antidiabétiques, calmantes, laxatives, minéralisantes et prébiotiques, entre autres !

 

Vaste choix en ce qui a trait aux saveurs et aux textures des légumineuses

En haut de la liste, celles qu’on peut manger crues ou germées pour le maximum de vitamines : haricots mungo, rouges, de Lima ou rognons ; luzerne ; trèfle ; fenugrec ; lentilles ; pois chiches ; et soya, qui sont les plus connues et faciles à acquérir ou à faire germer avec les outils appropriés.

La luzerne, le trèfle rouge et le soya, germés ou fermentés, sont des champions immunostimulants et des régulateurs hormonaux.

6) Lamiacées

Anciennes labiées, presque toutes d’origine méditerranéenne, ce sont les plus aromatiques des plantes, employées comme condiments et cultivées ici, pour la plupart. Certaines ont de puissantes propriétés digestives et carminatives, comme les menthes, l’origan ou la sarriette, et d’autres, plutôt calmantes, comme le basilic, la marjolaine ou la mélisse.

Marjolaine (Origanum majorana) : elle s’accorde bien avec les légumineuses, les poissons et les bouillis de racines, on peut l’ajouter parcimonieusement en fin de cuisson. En tisane ou en teinture mère, c’est une plante calmante, autant des nerfs que des spasmes intestinaux. 

Menthes (Mentha spicata, viridis ou x piperita) : en tisane chaude ou froide, en liqueur ou à la goutte en huile essentielle, c’est un des meilleurs analgésiques topiques en externe, et, en interne, la plus antiseptique, déodorante et digestive qui soit ! 

Origan (Origanum compactum) : il soulage les ballonnements, les crampes intestinales et aussi la toux spasmodique. C’est un antibiotique important grâce à ses vertus bactéricides, car il contient des acides organiques (même rosmariniques), mais surtout grâce à son huile essentielle riche en carvacrol et en thymol, qui se consomme à la goutte, en traitement antiviral, ou comme casse-grippe. Il est fortement recommandé de la prendre diluée dans de l’huile d’olive, pas plus de deux gouttes à la fois et sur une courte période, comme toutes les essences et les plantes caustiques. 

Sarriette (Satureja hortensis [annuelle] ou Satureja montana [vivace]) : la sarriette est avant tout carminative et stomachique, car elle soulage les gastrites, l’aérophagie et les ballonnements intestinaux ; elle accompagne bien les légumineuses. Un de ses surnoms est l’« l’herbe du satyre », car si elle est prise en dose régulière, par exemple avec de la menthe et du gingembre pour un goût moins mordant et des effets synergiques, on peut en espérer des effets probants sur la libido des hommes comme des femmes parce qu’elle est avant tout une tonique surrénalienne.

Sauge (Salvia) : antispasmodique en cas de crampes intestinales ou menstruelles. En décoction ou en tisane froide, elle soulage les fièvres et les bouffées de chaleur de la ménopause. Elle est astringente et désinfectante pour la bouche et la gorge (aphtes, gingivites, angine). Frotter ses feuilles broyées sur les piqûres d’abeille ou de guêpe soulage rapidement.

Thym (Thymus vulgaris) : bactéricide, expectorante et tonique, cette petite lamiacée aux courtes feuilles en aiguilles a un goût puissant. En cas de grippe ou de toux tenace, le plus simple est d’en boire en tisane, à raison d’un brin ou trois grammes par tasse, disons trois ou quatre tasses par jour, avant les repas. En raison de sa haute teneur en thymol surtout, il faut tenir compte de plusieurs contre-indications : début de grossesse, hépatite, hypertension et hyperthyroïdie.

 

En conclusion

Bien sûr, pour disposer du maximum de composantes nutritives et médicinales, le mieux est de cultiver soi-même toutes ces plantes, ce qui est tout à fait possible, avec de bonnes graines, de bons plants, une terre et des méthodes adéquates, et beaucoup d’huile de coude ! 

Sinon, comme le préconise même le gouvernement, encouragez vos fermiers et vos herboristes locaux et certifiés biologiques.

Et surtout, faites de votre mieux pour nourrir et renforcer vos braves cellules défensives et fonctionnelles, qui ne demandent qu’à être encouragées et bien nourries !

Bonne santé bien méritée à tous et à toutes!

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