Faire plus avec peu pour notre alimentation

Publié le 16 septembre 2016
Écrit par Sylvie Leblanc, n.d.

Faire plus avec peu pour notre alimentation
GUT-FX fr

Avec le retour de l’automne, nous retrouvons pour plusieurs d’entre nous ce que j’appelle affectueusement le « syndrome de l’écureuil », soit faire des provisions pour l’hiver.

 

Et nous avons raison de vouloir faire des provisions pour « passer l’hiver » comme disaient nos aïeux ! Notre climat ne nous permet pas d’avoir accès à de beaux fruits et légumes frais et biologiques locaux (mis à part les cultures en serre).

La période d’abondance que représentent la fin de l’été et l’automne fait en sorte que nous pouvons avoir, en plus de la traçabilité des aliments, une fraîcheur et un meilleur prix.

Devant le gaspillage et le coût du panier d’épicerie, saviez-vous que selon certaines statistiques, chaque foyer au Canada jette annuellement plus de 700 $ d’aliments ? Ceci fait aussi partie des coûts dits croissants de l’alimentation ; il faut donc être stratégique et éviter le gaspillage !

Certes, en plein hiver, avec notre climat, de trop nombreux ingrédients nous proviennent du vaste monde. Avec le transport, l’échange des valeurs monétaires, les changements climatiques (sécheresse, etc.), il se peut que certains aliments soient plus dispendieux, moins frais, moins savoureux, enduits de fongicides, cueillis verts et non à maturité, et demandent souvent d’être apprêtés différemment. Que voulez-vous, les citrons québécois sont encore rares !

Or, avec le coût de la vie qui ne cesse d’augmenter, les trop nombreuses mesures d’austérité par les différents paliers et programmes gouvernementaux, il y a de plus en plus de familles, de personnes à revenus très modestes, qui voient les ressources financières devant normalement être dédiées à une saine alimentation être redirigées vers d’autres frais mensuels.

 

LES VALEURS LES PLUS SÛRES ET RENTABLES SUR LES PLANS FINANCIER ET NUTRITIONNEL AINSI QU’EN MATIÈRE DE SANTÉ SONT :

  • Les légumes racines (bio) : betteraves, carottes, panais, pommes de terre, patates douces
  • Les crucifères : non seulement lesc houx, mais aussi les courges d’hiver, qui se conservent longtemps, sont peu dispendieux et remplis d’antioxydants, qui ont des vertus santé et du goût
  • Les alliums : oignons, poireaux, échalotes françaises, ail, etc.,
    du Québec ou bio. Quelle recette ne commence pas avec l’arôme des oignons, de l’échalote ou de l’ail ?
  • Les légumes de serre du Québec : laitues, mâches, épinards, concombres, tomates, poivrons, etc. ;
  • Les pousses maison de légumineuses, de céréales, de graines, de légumes ;
  • Les légumineuses : cuites ; en boîte ; sèches (non cuites) ; sous forme de tofu, de crème végétale, de beurre de soya ou d’arachides ;
  • Les graines de citrouilles, de chanvre (québécois), de tournesol,
    de sésame, de lin, etc. Les graines sont souvent plus locales et moins dispendieuses que les noix ; n’oubliez pas les beurres et la version moulue comme les graines de lin moulues (sous forme de mucilage), qui peuvent remplacer les œufs entre autres dans les pâtisseries, des noix, du beurre de noix, etc.
  • Les légumes et fruits (en serre), ceux congelés de culture conventionnelle ou biologique !

Savez-vous lire les étiquettes des fruits et légumes ? Que signifient les codes qui y figurent ? Si un code est composé de cinq chiffres et débute par 9, il s’agit d’un aliment biologique. S’il contient cinq chiffres et débute par 8, cela veut dire que cet aliment est génétiquement modifié. Et si vous avez une série de 3 ou 4 chiffres, c’est un aliment qui a reçu une culture intensive : engrais, pesticides, fongicides pour certains, etc. À vous de voir quels seront vos choix.

 

LE PARTAGE ET L’ÉCONOMIE

Nous entendons de plus en plus parler de l’économie de partage. Serait-ce que nous retrouvons le « tissu social », l’esprit de collectivité par besoin?

Il n’en demeure pas moins que de joindre nos forces et nos ressources semble la plus plausible des réponses pour faire plus avec peu. De plus en plus de cuisines collectives se forment. C’est aussi une bonne façon de contrer l’isolement et de redonner le goût de mieux manger pour moins économiquement.

 

RETOUR VERS LE FUTUR… EN POTS !

Un autre choix pour économiser, c’est la conservation des aliments ; nous avons quelques leçons à tirer de nos parents et grands-parents.

Lorsque vous avez eu le privilège de faire un potager à partir de vos semis et que la récolte est bonne, que vous y avez mis votre cœur et votre temps, déguster vos succès en plein hiver, c’est toute une satisfaction !

Si vous congelez en pots vos succès culinaires, veillez à remplir les pots seulement aux deux tiers, afin de ne pas voir les pots se fendre lors du processus de congélation. Veillez aussi à ce que le contenu soit à la température de la pièce avant de les mettre au congélateur.

Nous devrions tous avoir la chance d’avoir un petit ou un moyen congélateur, c’est un des meilleurs moyens de conserver énormément de fruits et légumes récoltés durant l’été et l’automne.

 

Planifier les menus de la semaine est l’un des meilleurs moyens d’alléger nos soirées et nos portefeuilles !
Planifier nos menus permet de gagner du temps, car cela nous évite de devoir courir faire des courses chaque soir ou presque parce qu’il nous manque des ingrédients pour cuisiner. De grands sages ont déjà émis la pensée que pour être heureux, il vaut mieux apprécier et utiliser ce que nous avons que de désirer ce que nous n’avons pas. C’est donc dire qu’il faut retrouver le réflexe de créer et utiliser ce qu’il y a dans le garde-manger. Les restants dans le frigo sont une des clés essentielles pour couper les coûts au lieu d’acheter pour ensuite jeter les surplus non utilisés.

Afin d’organiser les menus de votre semaine, le minimum à savoir, ce sont les repas qui seront à préparer et combien de personnes en mangeront.

  • La première étape consiste à préciser les soirs où vous avez des choses prévues afin d’avoir une vue d’ensemble de votre semaine. Exemple : vous avez des cours du soir le lundi (vous aurez donc très peu de temps pour cuisiner), vous êtes invitée chez des amis jeudi (alors, nul besoin de prévoir de repas) et la famille reçoit quatre amis à la maison samedi soir (vous devez donc prévoir un menu spécial pour suffisamment de personnes).
  • Vous n’êtes pas chez vous le midi, alors vous devez prévoir apporter un repas au travail ; pour ce faire, il suffit de préparer des quantités plus importantes la veille au soir, afin de ne pas avoir besoin de cuisiner un repas de plus.
  • Vous avez fort probablement reçu dans votre boîte aux lettres les prospectus des supermarchés et marchés d‘alimentation naturelle qui sont près de chez vous. Ces circulaires sont souvent disponibles aussi en version numérique, sur Internet, et cela ne vous prendra que quelques minutes pour aller les feuilleter en ligne.
  • Après avoir pris connaissance des ventes en cours, vous pouvez établir votre menu tout en sachant, par exemple, quels légumes, fruits, légumineuses, tofu, sont en réduction, etc. Les réductions peuvent même vous inspirer et vous donner des idées de repas que vous n’avez jamais essayés.
  • La saison et le climat aussi peuvent vous inspirer de nouvelles créations ! Nous ne consommons pas nécessairement les mêmes aliments en hiver qu’en été…
  • Tenez compte de votre horaire. Il est maintenant temps de commencer à planifier vos repas de la semaine. Mais ne commencez pas par penser aux aliments, envisagez d’abord la semaine. Quels sont vos plans ?

Vous occupez-vous du covoiturage le mercredi soir ? Serez-vous particulièrement occupé au travail mardi, ce qui fera en sorte que vous n’aurez pas suffisamment d’énergie pour préparer un gros repas à votre retour ? Etc.

  • Prenez aussi en compte votre routine. Les vendredis sont-ils réservés à la pizza ? Aimez-vous passer plus de temps à préparer de gros repas en famille le dimanche ? Gardez ces éléments à l’esprit et surtout, soyez indulgent envers vous-même… Cela prend quelques semaines afin de vraiment établir des réflexes de planification, mais après, tout ira comme sur des roulettes ! On note donc l’horaire et les activités de chacun avant de dresser la liste des repas. En fait, c’est ce que je fais depuis de nombreuses années pour mes participants à chaque rencontre, en plus de créer des recettes, les éditer et les préparer ! Si je peux le faire, vous le pouvez aussi ! Et j’ai, selon mes groupes, de belles grosses familles !
  • Faites l’inventaire du frigo et des armoires. En faisant un peu de ménage dans le réfrigérateur, on fait une meilleure gestion de ce qu’il reste de la semaine précédente. Cela nous permettra également de ranger plus efficacement les denrées fraîches au retour de l’épicerie.
  • Organisons nos repas dans une séquence logique qui tient compte de notre horaire et de la fraîcheur des aliments : le jour de l’épicerie et le lendemain, on priorise les ingrédients qui ont une durée de conservation limitée (poissons frais, fèves germées, cresson, coriandre fraîche, etc.). On réserve les plats qui exigent plus de temps de préparation au week-end et ceux qui se cuisinent rapidement aux retours tardifs. Encore mieux, allez dans votre coffre aux trésors de beaux plats congelés, qu’il s’agisse de soupes-repas, de mijotés, de sauces, que vous sortez le matin afin de faire décongeler au frigo pour faire réchauffer le soir.
  • D’ailleurs, si vous avez la chance d’avoir un congélateur, il serait sage, afin d’assurer une bonne gestion, et surtout au bénéfice de vos beaux surplus, de sortir vos trésors congelés et de réserver les achats à l’épicerie aux aliments frais et usuels. Vous pourrez ainsi sauver du temps, des coûts et faire un meilleur roulement de vos réserves. Des idées rapido :
  • Les soupes et potages, de véritables et délicieux « touskis ». De tous les temps et les coins du monde, les soupes-repas sont le mode de cuisson et d’alimentation par excellence avec les ingrédients disponibles. Soupes-repas aux légumes avec des légumineuses, des edamames, des restes de poulet, etc. Il suffit d’utiliser les légumes frais que vous avez sous la main dans le frigo. N’hésitez pas à ajouter de beaux légumes bio ou du Québec congelés.
  • Avec vos restes de céréales cuites, ajoutez de petits légumes hachés, des légumineuses en boîte rincées et votre vinaigrette maison préférée.
  • Faites sauter les légumes qui commencent à prendre de l’âge et ajoutez des œufs battus et un peu de pesto ainsi qu’un beau reste de riz ou de céréales, quelques pousses et de la vinaigrette : vous obtiendrez un délicieux repas !
  • Un chili végétarien est vraiment très rapide à exécuter, grâce aux différentes versions des produits végétariens « sans viande » : une boîte de légumineuses (ex. : fèves cuites), un coulis de tomates, des assaisonnements, et hop! C’est rapide et réconfortant! Cela ne vous aura pris que 15-20 minutes, et vous pourrez le déguster avec des croustilles de maïs ou de riz. Délicieux ! Faites-en un peu plus et congelez-en des portions.
  • Les poissons sont aussi des aliments rapides de cuisson, avec une sauce béchamel au lait de soya (ou crème de soya Belsoy) et du saumon en boîte, des épinards (frais ou décongelés biologiques). Sur des pâtes, c’est très satisfaisant !

 

PENSÉES, TRADITIONS ET NOUVELLES APPROCHES

Les anciens disaient qu’en automne, il fallait « faire rire la rate », en mangeant des légumes racines (panais, radis noirs, navets, etc.), ce qui permettait de mieux supporter le froid et d’être de meilleure humeur. La rate, selon la théorie des humeurs, servait surtout à réguler les humeurs. Si on mangeait assez de racines, on évitait les dépressions liées à l’hiver.

Profitez-en pour vous amuser en cuisinant ! Pourquoi ne pas planifier nos menus d’abord avec les légumes au lieu des viandes ? Et n’oubliez pas les protéines comme les légumineuses, qui sont si économiques et nutritives.

Faire plus avec peu, c’est possible. Que votre motivation soit inspirée de la philosophie de vie « simplicité volontaire » ou que votre situation soit empreinte d’humilité involontaire, il faut faire comme plusieurs gestionnaires : utiliser nos ressources et réduire les pertes.

À vous de faire le plein comme les écureuils avant les temps froids, et soyons stratégiques et créatifs.