Flore sauvage nutritive du printemps

Publié le 20 mai 2017
Écrit par Anny SCHNEIDER, Auteure et herboriste-thérapeute accréditée

Flore sauvage nutritive du printemps
Coffret Deuil (1)

« Plus tu as besoin de la nature, mieux tu dois la connaître. » Adage populaire

 

Dépendamment des sources et des données, datant entre 500 000 et 1 000 000 d’années d’âge, nos ancêtres Homo sapiens et même de Cro-Magnon et de Néandertal, observent, comprennent et utilisent depuis toujours toutes les ressources disponibles dans la nature sauvage. La chasse et la pêche, bien sûr, furent nos principales sources de nourriture, mais depuis toujours, les arbres et plantes ont servi de compléments, sources de nutriments et de remèdes incontournables.

Tous les peuples de la terre furent à leur origine des nomades, issus de l’Afrique centrale et ayant migré vers le Nord, repoussés autant par les canicules que les glaciations.

C’était la loi du « observer, comprendre, expérimenter, bouger ou mourir ».

Comme toujours, l’éducation et la transmission des connaissances par les sages, souvent des aînés, étaient les meilleures garanties de survie.

Si les hommes étaient surtout des chasseurs-pêcheurs qui partaient en bande, parfois durant des semaines entières, à la poursuite des troupeaux, les femmes restaient sédentaires, dans les grottes ou les huttes pour s’occuper des aînés, des enfants et des nouveau-nés. C’est ainsi qu’elles ont développé la science de l’observation des plantes, de leur identification et de leur transformation la plus adéquate au gré des saisons. Ce sont elles, aussi, les mères de l’agriculture. À preuve, les cultes de la déesse-mère, Gaïa, Mithra, Céres, Flora ou Demeter, qui ont perduré durant des milliers d’années.

La plupart des plantes, comme les êtres humains, ont des origines communes, sans doute africaines, et sont des nomades qui ont suivi les pas des migrants. Ceux-ci les emportaient sciemment ou par accident, mêlées à d’autres semences plus nutritives comme les céréales (p. ex. : les poacées comme l’épeautre, le kamut, l’avoine ou l’orge, en Europe ; le maïs, en Amérique ; le riz, en Asie).

Aujourd’hui, au Canada, par exemple, 80% des espèces de plantes sauvages sont des importées, entre autres à cause de l’urbanisation et de l’agriculture intensive. Les plantes réellement indigènes ne poussent que dans les forêts et marais, en sérieuse régression, faut-il le rappeler.

Mais comme nous, enfants des blancs prédateurs des êtres humains indigènes et de leurs milieux originels, nous sommes là pour durer et nous perpétuer.

À l’instar des plantes importées, nous avons inoculé ce continent avec des idées et espèces parfois fort utiles à la perpétuation de la vie. Mais pas de doute, ce sont les Premières Nations qui connaissent le mieux les plantes indigènes et leurs milieux originels.

Il est temps, plus que jamais, de respecter leurs droits, leur foi et, idéalement, de leur restituer une juste part de leurs territoires, sans pour autant nous flageller ad vitam æternam pour les imprécations commises par nos ancêtres prédateurs voraces et leurs autorités dévoyées.

Voici néanmoins une énumération des parties des arbres et plantes printanières les plus utiles à tous, nutritives et thérapeutiques, et les premiers végétaux à se pointer après le long temps des grandes neiges.

 

PLANTES PRINTANIÈRES COMESTIBLES LES PLUS ACCESSIBLES

Asclépiade (Asclepias syriaca) : cette belle plante produit une fleur au parfum suave et au nectar particulier qui nourrit les monarques. Sa tige, similaire à l’asperge, se mange tôt au printemps, ses boutons floraux et ses jeunes fruits, à la vapeur également. Son suc laiteux soigne les verrues, et ses aigrettes mûres servent de coton hydrophile et d’isolant. Son nom vient de « Asclépios », dieu grec de la médecine. Toute la plante est diurétique, dépurative et laxative.

Bardane (Arctium lappa) : cette plante, qu’on appelle aussi « gracchia » ou « toques » est remarquable. Ses feuilles, en externe, soignent même les infections graves comme l’impétigo. En interne, sa racine est délicieuse au goût, même en potage, régularise le taux de sucre et soigne les maladies de peau. Ses boutons floraux mauves et collants sont amers au goût, mais soignent les infections urinaires.

Carotte sauvage (Daucus carota) : l’ombelle de carotte sauvage peut être bue en tisane, contre les douleurs menstruelles, ou ajoutée à une salade. Ses graines mûres aident à combattre les gaz et ont longtemps servi de contraceptifs aux Amérindiennes. Sa racine, à surtout ne pas confondre avec sa cousine toxique, la cicutaire, est l’ancêtre de la carotte.

Chiendent (Agropyron repens) : on l’appelle la « peste des jardiniers », et pourtant, les chiens l’adorent, pour se purger les intestins et le sang avec ses feuilles coupantes, mais agréablement sucrées, saturées de chlorophylle et de vitamine E et C. Les racines, en décoction, sont de puissants dissolvants des pierres aux reins et à la vésicule.

Fraisier sauvage (Fragaria vesca) : les racines du fraisier sont reconnues comme ayant de puissants effets antidiarrhéiques et servaient aux natifs à se nettoyer les dents et soigner les gencives infectées. Les jeunes feuilles cicatrisent la peau et peuvent se manger en soupe. Les fruits sont riches en antioxydants et, en cure soutenue, soignent l’arthrite et la goutte, comme l’attestait même Linné, le père de la botanique.

Framboisier commun (Rubus idaeus) : les bourgeons d’hiver et les feuilles de framboisier sont des toniques utérins utilisés en périnatalité. Les fruits sont riches en antioxydants, particulièrement les graines, qu’il faut bien mastiquer, pour en bénéficier.

Marguerite (Chrysanthemum leucanthemum) : ce sont ses toutes jeunes feuilles ondulées et sucrées qu’on repère et qu’on consomme telles quelles ou ajoutées à la salade, dès la fonte des neiges. Flavonoïdes, provitamines A, minéraux, mucilages et saponines lipotropiques, la gentille marguerite contient tout cela.

Menthes (Mentha piperita, spicata, viridis) : la menthe est l’une des plantes les plus appréciées dans le monde entier pour ses propriétés digestives, toniques et rafraîchissantes. On la retrouve dans plusieurs plats et salades, sinon bue en décoction.

En extrait, elle est très présente dans les dentifrices, gommes à mâcher et liqueurs digestives.

Mouron des oiseaux (Stellaria media) : cette délicate plantule au goût de terre contient presque toutes les vitamines tant hydrosolubles que liposolubles, des mucilages et des prohormones immunostimulantes, émollientes et laxatives. On peut la manger en salade ou ajoutée à la soupe, sinon marinée dans le vinaigre. Sa minuscule fleur en étoile blanche nous indique de bonnes pistes intérieures à suivre.

Mûres (Rubus fruticosus) : ses bourgeons, au printemps, et ses feuilles, en tisane ou en infusion, se prennent en gargarisme et soignent les inflammations de la bouche et de la gorge. Elles sont riches en chlorophylle et en minéraux. Les fruits mûrs contiennent du fer et des antioxydants. Pareillement pour sa cousine indigène des forêts matures, la Laportea canadensis.

Oxalide (Oxalis acetosella ou montana [en forêt]) : Cette surette est très riche en vitamine C et en acide oxalique. On peut la manger en trempette ou en salade, sans néanmoins exagérer. En externe, elle soigne les plaies infectées, et aide à clarifier le teint brouillé. La variété des prés, à fleurs jaunes, est la plus répandue, et ses feuilles, plus tendres.

Patience (Rumex crispus ou orbiculata) : ses jeunes feuilles peuvent se manger en salade ou en soupe. Plus souvent, on utilise la racine pour ses effets laxatifs et dépuratifs. Elle est très riche en fer, à preuve, elle est garnie de nombreuses graines rouillées qui attendent le printemps pour se ressemer.

Plantain (Plantago major ou lanceolata) : les feuilles du plantain, écrasées, soulagent immédiatement les piqûres d’insectes. En décoction et en soupe, il adoucit les muqueuses des bronches et des intestins. On l’emploie aussi en onguent, contre les plaies et les hémorroïdes. Ses graines sont nutritives et laxatives.

Pissenlit (Taraxacum officinale) : les premières feuilles de pissenlit du printemps constituent une excellente source de vitamine A et de minéraux (calcium, magnésium, fer), et la racine, de potassium. Les fleurs, en salade, en tisane et même transformées en vin, soignent le foie. La racine d’automne nettoie les reins et aide le pancréas.

Onagre (Oenothera victorinii) : grande plante pourvue de gousses, ou siliques, qui contiennent de nombreuses graines, riches en acides gras essentiels, meilleurs régulateurs hormonaux et immunitaires (phytostérols). Ses jeunes feuilles, surtout des plants de première année, et ses jolies fleurettes jaunes se mangent aussi, calment les nerfs et combattent les rides.

Ortie dioïque (Urtica dioica) : plante de friche riche, puissante dépurative du sang, diurétique et reminéralisante. Elle pique au contact, à cause de l’acide formique de ses poils urticants. Ses graines sont nutritives et favorisent la repousse des cheveux, ses fibres étaient tissées en étoffe résistante. Ses jeunes feuilles se mangent en potage ou sautées à la casserole.

Violette (Viola spp.) : toutes les feuilles et fleurs de violette (30 variétés) sont comestibles, crues, en salade. Elles soignent également la gorge et la toux. Les feuilles nettoient le sang et la lymphe et soulagent le cœur. La racine prise en grande quantité est vomitive.

 

Préceptes autochtones de la cueillette respectueuse

En conclusion, voici un rappel de ces beaux principes de cueillette éthique rappelés par La Métisse (voir les références ci-haut)

 

En respect du don de leur vie, les plantes vous demandent :

  • de donner et de demander avant de les prendre (offrande, chant, prière) ;
  • d’expliquer votre intention ;
  • d’écouter la réponse ;
  • de ne prendre que le nécessaire ;
  • de les remercier ;
  • d’aider la plante à se propager ;
  • de la transformer avec respect.

 

RÉFÉRENCES

Plantes médicinales – inventaire des savoirs et connaissances traditionnelles des Pekuakamiulnuatsh sur les plantes médicinales, sous la direction de Géraldine Laurendeau, Forêt modèle du Lac-Saint-Jean, Saint-Félicien, 2015, 106 pages.

GIRARD, Fabien. Secrets de plantes, Chicoutimi, Éditions JCL, 2008, 200 pages.

FARRAR, John Laird. Les arbres du Canada, Saint-Laurent, Fides, 1995, 502 pages.

FALARDEAU, Kun-Nipiu Isabelle. Usages autochtones des plantes médicinales du Québec, Éditions La Métisse, 2015, 136 pages.

LAMOUREUX, Gisèle. Toute son œuvre grandiose, particulièrement Flore printanière, Saint-Henri-de-Lévis, Fleurbec éditeur, 2002, 575 pages.

MARIE-VICTORIN, Frère. La flore laurentienne, Les Presses de l’Université de Montréal, 1995, 1 083 pages.

SCHNEIDER, Anny. Je me soigne avec les plantes sauvages, 2011, 302 pages; et Arbres et arbustes thérapeutiques, Montréal, Éditions de L’Homme, 2002, 368 pages; www.annyschneider.com.