Grincements de dents : mieux comprendre le bruxisme

Publié le 16 février 2023
Écrit par Nicolas Blanchette, D.O, B. sc. kinésiologie

Grincements de dents : mieux comprendre le bruxisme
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Le bruxisme est l’action involontaire et inconsciente de serrer la mâchoire de manière répétée, qui peut conduire à des dommages aux dents et à d’autres répercussions. Il toucherait plus de 30 % de la population adulte. Le bruxisme peut se produire de jour (bruxisme diurne), de nuit (bruxisme nocturne) ou aux deux moments à la fois.

Le bruxisme peut être de nature primaire, existant par lui-même et sans lien avec une pathologie, ou de nature secondaire, où il se présente comme le symptôme d’un trouble neurologique ou d’autre nature (épilepsie, apnée du sommeil, trouble du sommeil, etc.). Il peut aussi résulter d’un effet secondaire de l’usage prolongé de médicaments (c’est le cas de certains antidépresseurs).

 

Quelles sont les conséquences du bruxisme ?

Un contact puissant entre les surfaces des dents maxillaires (supérieures) et mandibulaires (inférieures) se fait lors du bruxisme. Ces contacts, répétés sur de longues périodes, peuvent entraîner de l’attrition dentaire (usure de la surface de mastication des dents), ainsi que de la douleur au visage ou près des articulations temporo-mandibulaires (près du conduit auditif de l’oreille) (Raphael et coll., 2017).

D’autres symptômes possibles incluent de l’hypersensibilité dentaire, une réduction de la capacité d’ouverture de la bouche et des céphalées (maux de tête). Mentionnons toutefois que ces complications ne sont heureusement pas toujours présentes chez les gens qui font du bruxisme.

 

Qu’est-ce qui cause le bruxisme ?

En 2022, les causes du bruxisme restent toujours indéterminées. Certains auteurs le classent comme un facteur de risque d’autres pathologies, plutôt que comme une pathologie en lui-même. Symptôme ou cause, les scientifiques croient qu’il s’agit d’un trouble multifactorielle, dont les déterminants sont différents selon le bruxisme diurne ou nocturne.

Il est important de savoir que faire du bruxisme ne signifie pas forcément qu’il y a quelque chose qui cloche avec la mâchoire. Certaines recherches auraient même lié le bruxisme à un mécanisme de protection (réflexe) du corps ! Le bruxisme pourrait représenter une action automatique se produisant pour prévenir l’affaissement des hautes voies respiratoires pendant le sommeil ou encore pour lubrifier le tube digestif supérieur, par exemple (Thi et coll., 2002 ; Miyawaki et coll., 2003).

Les recherches modernes semblent démontrer que le bruxisme est régulé par le système nerveux central : ce serait le cerveau qui enverrait la commande de serrer les dents, et non la réponse à une malocclusion dentaire (Beddis et coll., 2018 ; Klasser et coll., 2015). Cette nouvelle explication remettrait en perspective certains traitements classiquement utilisés en médecine dentaire pour tenter d’améliorer le bruxisme par une modification de l’occlusion (le contact des dents les unes avec les autres).

Certains auteurs de recherches dans le domaine dentaire mettent d’ailleurs en garde contre certaines procédures qui seraient irréversibles sur les dents, car on manque de données sur leur efficacité (Lobbezoo et coll., 2008).

 

Que peut-on faire ?

La science recommande actuellement d’aborder le bruxisme sous trois grands angles :

  • Pour prévenir les conséquences du serrement de la mâchoire, une plaque occlusale est d’abord recommandée.
  • Ensuite, pour agir sur la cause multifactorielle du problème, une modification de certains comportements peut être souhaitable. Elles peuvent comprendre plusieurs éléments, selon chaque individu : prise de conscience des moments de serrement de dents (bruxisme diurne), intervention sur la relaxation et la gestion du stress, intervention alimentaire (particulièrement en réduisant la consommation de caféine et de tabac) et intervention sur l’hygiène de vie, en considérant les habitudes de sommeil.
  • Finalement, certains médicaments existent, afin de mieux contrôler le bruxisme sévère. Toutefois, leur prise devrait être réservée pour de courtes périodes uniquement si les autres approches ne se révèlent pas efficaces.

 

Plaque occlusale

La plaque occlusale est portée durant la nuit sur les dents supérieures ou inférieures. Ses impacts sur la réduction de la fréquence du bruxisme sont encore débattus. Toutefois, il a été prouvé qu’elle aide à protéger les dents des conséquences des serrements en atténuant les forces sur les surfaces dentaires (Macedo et coll., 2007). Les auteurs d’une revue de la littérature sur le sujet recommandent une orthèse en résine d’acrylique rigide plutôt qu’en résine molle (Sona et coll., 2022).

 

Intérêt de la thérapie manuelle

La thérapie manuelle (utiliser les mains pour créer un effet thérapeutique) est pratiquée dans de nombreuses disciplines, comme l’ostéopathie et la physiothérapie. C’est une intervention multifactorielle qui peut apporter des effets à la fois physiques (diminution de la douleur, amélioration de l’aisance de mouvement) et psychologiques (réduction de l’anxiété, relaxation).

Jumelée à d’autres interventions, elle pourrait représenter un outil intéressant pour réduire les impacts du bruxisme. Hélas, les effets positifs rapportés sont souvent basés sur des rapports cliniques anecdotiques, et encore trop peu d’articles scientifiques sont publiés sur le sujet. Toutefois, on peut voir apparaître davantage de publications s’y intéressant dans les dernières années.

Par exemple, dans cette recherche sur 78 volontaires diagnostiqués avec bruxisme nocturne, les participants ont rapporté ressentir moins de douleur et avoir amélioré leur qualité de vie lorsqu’ils utilisaient une plaque occlusale nocturne OU lorsqu’ils recevaient de courtes séances de massage des muscles de la mâchoire (De Paula Gomes, 2015). Encore plus intéressant, les effets positifs étaient amplifiés lorsque les deux options (massage et orthèse) étaient utilisées.

Les recherches montrent aussi que les interventions sur la gestion du stress semblent plus importantes pour réduire le bruxisme diurne que nocturne (Manfredini et coll., 2009). Dans le bruxisme nocturne, le stress ne serait pas forcément impliqué dans l’équation, même si plusieurs personnes faisant du bruxisme nocturne rapportent aussi ressentir des niveaux d’anxiété quotidienne élevés (Guaita et coll., 2016).

 

Intérêt de l’exercice physique

Bien que davantage de recherches soient nécessaires, certaines semblent pointer vers des effets positifs sur le bruxisme à l’aide d’interventions impliquant l’activité physique (Amorim et coll., 2018). Le type d’exercice utilisé semble avoir son importance. Par exemple, les étirements des muscles de la mâchoire ne se sont pas révélés comme une intervention efficace dans cette étude sur le sujet (Gouw et coll., 2018).

Le bruxisme étant une pathologie dont la cause est multifactorielle, les interventions quant à l’exercice physique semblent plus efficaces lorsqu’elles sont combinées à d’autres options. En effet, cette recherche (Makino et coll., 2013) a trouvé davantage d’effets positifs en combinant des exercices pour la mâchoire à des interventions psychologiques pour réduire l’anxiété qu’en utilisant une seule de ces options.

L’exercice physique réalisé durant la journée permet de réguler l’activité du système nerveux autonome sympathique, souvent associée à l’anxiété. La réduction de l’anxiété pourrait amener à son tour à être moins porté à serrer les dents au cours de la journée. L’Organisation mondiale de la santé recommande de faire au minimum 20 minutes d’activité physique modérée par jour (marche rapide, randonnée, vélo, etc.).

 

En conclusion

Beaucoup d’éléments restent encore à découvrir sur le bruxisme. Si vous faites du bruxisme nocturne primaire, une plaque occlusale peut en minimiser les impacts. Si vous faites du bruxisme diurne, les interventions comportementales sur la gestion du stress peuvent avoir un impact positif. La science ne semble pas appuyer les interventions dentaires irréversibles pour freiner le bruxisme.

La thérapie manuelle douce, telle que pratiquée en ostéopathie ou dans d’autres disciplines, et la réalisation d’exercices généraux ou précis pourraient vous aider à réduire la sensibilité orofaciale associée aux serrements de dents. N’hésitez pas à consulter, si vous pensez que les conséquences du bruxisme nuisent à votre qualité de vie.

 

RÉFÉRENCES : 

Sona et coll, NCBI Bookshelf StatsPearl, Bruxism Management (2022)
Mesko et coll, Therapies for bruxism: a systematic review and network meta-analysis, Syst Rev. 2017