Huiles essentielles du Québec : une richesse locale à découvrir

Publié le 10 mars 2016
Écrit par Stéphanie Plamondon, Ac., M. Sc.

Huiles essentielles du Québec : une richesse locale à découvrir
Vogel Echinaforce

Lorsque l’on pense à l’aromathérapie, ce sont la plupart du temps des images de champs de lavande de Provence ou celles des grands eucalyptus d’Australie qui nous viennent à l’esprit.

Mais le Québec aussi regorge d’huiles essentielles, notamment de conifères, qui possèdent des propriétés thérapeutiques et énergétiques très intéressantes, auxquelles nous sommes certainement plus sensibles en raison de notre évolution historique auprès de ces arbres majestueux. Portrait de quelques huiles essentielles québécoises.

Une des grandes particularités des huiles essentielles du Québec est qu’elles renferment habituellement d’importantes quantités de monoterpènes. Ces molécules aromatiques ont comme première propriété de fortifier l’organisme, les rendant précieuses dans l’adaptation aux durs hivers québécois. Il fut d’ailleurs un temps où notre survie dépendait étroitement de notre relation aux conifères, tant pour leur résine que pour leur bois et les propriétés antiscorbutiques de leurs aiguilles.

À part tonifier et renforcer l’organisme, les monoterpènes possèdent d’autres propriétés intéressantes. Les huiles essentielles qui en sont riches sont :

D’excellents antiseptiques atmosphériques

Dans le diffuseur, les huiles essentielles de conifères purifient et assainissent l’air, en plus de laisser planer dans l’atmosphère une odeur suave et réconfortante de sapinages. Les monoterpènes contenus dans ces huiles possèdent des propriétés antivirales reconnues, permettant de combattre les rhumes et les grippes. En diffusion, elles sont tout aussi efficaces pour fortifier l’organisme en convalescence que pour se défaire des odeurs de tabac. Fait intéressant à noter, les nébulisateurs, contrairement aux diffuseurs à sec, permettent également de diffuser les hydrolats de ces mêmes conifères.

 

À effet cortisonique

Certaines huiles essentielles de conifères, telles que Picea mariana (épinette noire) et Pinus sylvestris (pin sylvestre) par exemple, possèdent des propriétés à effet cortisonique, c’est-à-dire qu’elles imitent les effets du cortisol produit par les glandes surrénales. Cette précieuse propriété a comme effet de tonifier en douceur l’organisme, en plus d’agir comme anti-inflammatoire systémique. Ces huiles seront ainsi efficaces dans les cas de fatigue, d’abattement et de légère dépression, mais également dans toute pathologie créant de l’inflammation, telle l’arthrite. Afin de bénéficier de ces propriétés à effet cortisonique remarquables, quelques gouttes d’épinette noire ou de pin sylvestre seront appliquées sur la région surrénalienne, deux à trois fois par jour.

 

Des décongestionnants pulmonaires

Les huiles d’Eucalyptus globulus et radiata sont bien connues pour leurs effets expectorants. Cependant, elles ont la fâcheuse tendance à assécher les bronches, ce qui, dans certains cas, peut occasionner des inconforts bronchiques et des crises d’asthme. Les huiles essentielles de conifères assèchent moins les sécrétions bronchiques. On obtient alors peut-être une impression moins nette d’expectoration, mais en revanche, les alvéoles se remplissent d’oxygène et donnent une grande sensation d’air frais. Cet effet sera obtenu en diffusant les huiles essentielles ou simplement en les humant à même la bouteille.

 

Lymphotoniques

En raison de leur grande concentration en monoterpènes, et particulièrement en alpha-pinène, les huiles essentielles de conifères exercent une nette activité sur la circulation de la lymphe. L’alpha-pinène s’avère en effet hydrophobe et les huiles essentielles qui en contiennent sont ainsi très efficaces dans le traitement de la cellulite, des jambes lourdes et des pieds enflés. Quelques gouttes dans un bain de pieds ou dans une lotion neutre contribuent à la bonne circulation de la lymphe.

 

Analgésiques

Certaines huiles essentielles de conifères possèdent un autre type de molécule monoterpénique, appelé « paracymène ». Ce dernier joue un rôle important dans le contrôle et l’apaisement des douleurs, notamment celles reliées aux affections inflammatoires, telles que l’arthrite.

L’épinette noire, le genévrier commun et le myrique baumier produisent des huiles essentielles qui contiennent cette précieuse molécule analgésique. Pour bénéficier de leurs effets, quelques gouttes seront ajoutées à une huile de millepertuis et massées sur la région douloureuse.

 

UTILISATIONS ET PRÉCAUTIONS

Quelques précautions s’imposent avant d’utiliser les huiles essentielles de conifères. D’abord, certaines personnes sont sensibles à leur grande concentration de monoterpènes et développeront des rougeurs et des petits boutons à la suite d’une application non diluée. Dans de tels cas, la dilution de l’huile viendra à bout de ces désagréments et permettra de profiter de toutes leurs belles propriétés.

De plus, certaines de ces huiles, telles que le thuya et l’épinette blanche par exemple, possèdent des cétones. Celles-ci sont à manipuler avec prudence ; les bébés, les femmes enceintes et allaitantes les éviteront. Leur diffusion aussi sera écartée. La meilleure façon d’utiliser ces huiles est sur la peau, en très petite quantité, pour des périodes restreintes.

 

UN APERÇU DE QUELQUES HUILES ESSENTIELLES DU QUÉBEC


Sapin baumier (Abies balsamea)

Le sapin est au Québec ce qu’est la lavande à la France. Arbre majestueux, il confère une huile essentielle sucrée et réconfortante. Simplement en humer quelques vapeurs à même la bouteille nous rappelle nos Noëls d’enfance et nos longues marches en forêt québécoise.

Cette précieuse huile essentielle augmente le taux d’oxygène dans le sang, tonifie l’organisme fatigué et purifie l’air ambiant. Elle est efficace dans les cas de refroidissement, de bronchite et de sinusite. Appliquée sur la peau, elle soulage les douleurs et contractures de l’arthrite et de l’arthrose.

Les meilleures façons d’utiliser l’huile de sapin est dans le diffuseur, légèrement diluée dans une huile à masser.

 

Genévrier commun (Juniperus communis)

Arbuste poussant au ras du sol et aimant un plein ensoleillement, le genévrier commun fut longtemps utilisé par les Amérindiens sous forme de tisane, pour ses propriétés anti-infectieuses liées au système urinaire. Son huile essentielle possède elle aussi des effets sur les liquides du corps, cette fois sur la lymphe, dont elle stimule la circulation. Elle apaise en douceur le système nerveux et exerce une fonction analgésique sur les douleurs de l’arthrite et des rhumatismes.

Les meilleures façons d’utiliser l’huile de genévrier est dans le diffuseur, légèrement diluée dans une huile à masser.

 

Thé du Labrador (Ledum groenlandicum)

Le lédon, ou thé du Labrador, est une plante indigène qui croît dans la forêt boréale. Les Amérindiennes l’ont longtemps utilisé pour faciliter l’accouchement ; chez les Cris, il fait partie de la pharmacopée traditionnelle visant à combattre le diabète.

Comme les conifères, l’huile essentielle du lédon est riche en monoterpènes. Elle possède des propriétés hépato-protectrices remarquables, si bien qu’elle fait l’objet de recherches de plus en plus nombreuses sur ses possibles effets antitumoraux hépatiques. Elle est très utile dans les cas d’insuffisance et d’intoxication du foie. De plus, elle favorise un sommeil profond et réparateur en plus d’équilibrer le fonctionnement de la thyroïde et d’alléger les symptômes de l’allergie saisonnière. C’est une huile essentielle remarquable, bien de chez nous.

En raison de sa puissance, on évitera de l’utiliser chez les enfants de moins de six ans, les femmes enceintes et les personnes souffrant d’épilepsie.

Une façon efficace d’utiliser l’huile de lédon est d’en masser quelques gouttes sur la région du foie. Fait intéressant à noter, son hydrolat est exceptionnel dans la détoxication du foie ; aussi peut-on en faire une cure au printemps, à raison de 1⁄2 c. à soupe dans une tasse d’eau, trois fois par jour, pendant trois semaines.

 

Épinette blanche (Picea glauca)

Voici une huile essentielle qui imite les propriétés de l’eucalyptus radié, confirmant que nous avons toutes les huiles essentielles nécessaires sous la main pour nous soigner ! L’épinette blanche possède effectivement d’excellentes propriétés expectorantes et antiseptiques bénéfiques aux voies respiratoires, couplées à des effets mucolytiques certains en raison de son contenu en camphre (cétone). Il s’agit d’un conifère précieux, auquel les Amérindiens recouraient pour traiter une multitude d’affections, dont la grippe, la toux, les accouchements difficiles et les problèmes rénaux.

L’épinette blanche entre dans la composition de suppositoires visant à débarrasser les poumons d’une accumulation de mucosités durant les périodes de grippe et de bronchite. Elle est également très intéressante dans le soulagement de crampes musculaires. En raison de ses cétones, elle sera évitée chez la femme enceinte et les bébés.

 

Épinette noire (Picea mariana)

Ah… L’épinette noire. Ce grand arbre majestueux à partir duquel est fabriquée la bière d’épinette confère une huile essentielle douce et subtile. Elle tonifie en douceur l’organisme, purifie l’air et possède des propriétés anti-inflammatoires. On y recourt pour soigner les fatigues, épuisements et abattements.

Comme les autres conifères, l’épinette noire possède des propriétés décongestionnantes et antiseptiques de l’arbre bronchique. Elle devient utile dans le traitement des grippes et des bronchites. De par sa richesse en monoterpènes, elle exerce une action rééquilibrante sur la thyroïde, la rendant précieuse dans les cas d’hyperthyroïdie, alors que ses esters favorisent une harmonisation du système nerveux central. Enfin, en raison de ses grandes propriétés oxygénantes, tonifiantes et anti-inflammatoires, elle est l’une des huiles essentielles les plus précieuses dans le traitement de la fibromyalgie et du syndrome de fatigue chronique, particulièrement chez les femmes. Puisqu’elle est dépourvue de cétones, l’épinette noire s’emploie pratiquement à toutes les sauces : dans le bain, dans le diffuseur, sur la région surrénalienne, en massage diluée dans une huile végétale de son choix, dans la confection de sirops et de pastilles… C’est une huile essentielle québécoise indispensable dans notre pharmacie naturelle.

 

Pin sylvestre (Pinus sylvestris)

Le pin sylvestre est à l’homme ce qu’est l’épinette noire à la femme. En effet, le pin sylvestre possède une affinité avec la biochimie hormonale propre à l’homme en raison des effets de son huile essentielle sur l’axe hypophyso-testiculaire. Celle-ci devient ainsi utile dans les cas de fatigue, d’épuisement et de panne sexuelle chez l’homme.

Le pin sylvestre exerce également une action sur l’axe hypophyso-pancréatique, lui conférant des propriétés antidiabétiques relevées par les recherches scientifiques. Enfin, son activité sur l’axe hypophyso-cortico-surrénalien, cette fois, rend le pin sylvestre précieux dans le traitement de l’asthme et de l’arthrite. Comme l’épinette noire, le pin sylvestre est dépourvu de cétones et s’emploie dans le bain, dans le diffuseur, sur la région surrénalienne et en massage diluée dans une huile végétale de son choix.

 

Thuya occidental (Thuya occidentalis)

Enfin, terminons ce bref aperçu de quelques huiles essentielles du Québec par le thuya occidental, dont la réputation n’est plus à faire. En effet, le thuya est exceptionnellement riche en cétones, le rendant particulièrement puissant et redoutable. Malgré le fait qu’il possède des propriétés mucolytiques exceptionnelles, il est préférable de réserver son usage pour le traitement de problèmes externes, tels que des affections cutanées.

Son application, diluée dans un peu d’huile végétale, en petite quantité (1-2 gouttes) sur des vergetures, des verrues, des feux sauvages et des cicatrices, accélérera leur résorption. Sa puissance fait qu’elle sera évitée par la femme enceinte et les enfants.

 

QUELQUES FORMULES D’HUILES ESSENTIELLES DU QUÉBEC

Afin de bénéficier des propriétés des huiles essentielles du Québec, voici quelques formules à intégrer à son quotidien.

 

Formule aérienne antigrippe, assainissante de l’air

  • 5 gouttes d’HE de sapin baumier (Abies balsamea)
  • 5 gouttes d’HE de pin sylvestre (Pinus sylvestris)
  • 5 gouttes d’HE de genévrier commun (Juniperus communis)

Placer les gouttes d’huiles essentielles dans un diffuseur électrique. Diffuser pendant 30 minutes, en prenant soin de bien humer les effluves aromatiques qui se dégagent de cette formule antivirale et tonifiante du système immunitaire. Il est possible d’effectuer ce traitement trois fois par jour.

 

Formule jambes lourdes

  • 2 gouttes d’HE de genévrier commun (Juniperus communis)
  • 2 gouttes d’HE de sapin baumier (Abies balsamea)
  • 1 goutte d’HE de thuya occidental (Thuya occidentalis)

Combiner les huiles essentielles et les intégrer à une cuillère à soupe d’huile d’amande douce ou à une lotion corporelle neutre. Masser les pieds, les jambes et les cuisses. Bien faire pénétrer le mélange pour un effet lymphotonique rafraîchissant. Cette formule peut être appliquée deux fois par jour.

 

Formule analgésique

  • 5 gouttes d’HE d’épinette blanche (Picea glauca)
  • 5 gouttes d’HE d’épinette noire (Picea mariana)

Mélanger les huiles essentielles à 1 c. à soupe de macérât lipidique de millepertuis. Masser la région douloureuse plusieurs fois par jour pour un apaisement de l’inflammation et des douleurs dues à l’arthrite.

Ce trop bref aperçu des huiles essentielles provenant des belles forêts québécoises permet d’apprécier toutes les possibilités offertes par nos plantes et conifères aromatiques. Tant d’autres huiles essentielles sont à découvrir et à explorer. Nous n’avons pas parlé de la pruche, du myrique baumier, des pins gris, rouge et blanc…

 

La prochaine fois que vous serez à la recherche d’une huile essentielle, pourquoi ne pas explorer celles du Québec avant d’en choisir une provenant d’un autre continent ?

Joyeuses découvertes !