Jetez peu, mais jetez mieux… pour contrer le gaspillage alimentaire

Publié le 15 septembre 2018
Écrit par Louis Lapointe et Yves Prescott

Jetez peu, mais jetez mieux… pour contrer le gaspillage alimentaire
Omega Alpha FR (immunité)

Saviez-vous que partout à travers le monde, le gaspillage alimentaire représente des pertes économiques de l’ordre de plusieurs milliards de dollars ?

 

Un autre effet pervers de cette réalité se manifeste par la propagation de plusieurs tonnes de CO2 dans l’atmosphère*. En Amérique du Nord, la moitié de la nourriture produite ne serait pas consommée et ce phénomène s’explique en partie par le fait que de nombreux individus achètent bien au-delà de leurs besoins réels. Mais que peut-on faire pour renverser cette tendance ?

 

Historiquement, les générations ayant vécu des périodes de disette, ont su inspirer des recettes capables d’offrir une seconde vie à certains aliments trop précieux pour ne pas être mangés. On pense entre autres au minestrone, au cassoulet, au riz frit, etc. Le pain, peut-être plus que tout autre ingrédient, se distingue par sa versatilité, puisqu’on le retrouve aussi bien dans le pain doré, la bruschetta, la bagatelle ainsi que dans certaines soupes polonaises, telles que le zürek.

 

On constate, d’autre part, que certaines parties d’aliments qui nous sont familiers ne sont généralement pas consommées, pour cause de méconnaissance de leur plein potentiel. Voici donc quelques pistes de solutions réalistes, ainsi que des exemples concrets et pratiques qui vous permettront de minimiser votre empreinte sur le plan écologique.

 

Certaines recettes russes recommandent l’ajout de feuilles de betterave pour enrichir le bouquet du célèbre bortsch. Si aujourd’hui, c’est plutôt la racine qui est couramment employée en cuisine, à une époque lointaine, on cultivait pourtant la betterave pour ses feuilles. De la même façon, on néglige habituellement de consommer les feuilles de céleri, qui sont pourtant riches en calcium, en magnésium et en vitamine C. Versatiles, elles peuvent servir à la confection de pesto, de smoothies ou de base de soupe.

 

Dans le sud des États-Unis, on consomme la chair blanche du melon d’eau (pastèque), soit la partie qui se trouve entre la pulpe et la pelure et qui constitue l’ingrédient principal d’une délicieuse confiture. On pense à une autre recette vernaculaire en provenance de cette région, soit une gelée pour tartiner les rôties du matin qui est faite d’épis de maïs bouillis, dont on a préalablement retiré les grains.

 

En Amérique latine, les zestes de lime servent à aromatiser l’eau gardée au frigo durant la période estivale, à la façon des restaurants de quartier au Mexique. L’écorce et le coeur de l’ananas peuvent enrichir le goût de boissons telles que la chicha morada, dont raffolent les Péruviens.

 

Le yogourt de type grec peut aisément être fait à la maison à partir de tout yogourt nature que l’on a sous la main. En le plaçant dans un coton à fromage, la pâte obtenue après égouttage se sépare du petit lait. Ce liquide, habituellement jeté, peut par la suite servir à la préparation de crêpes, de muffins, de pains, de scones, etc.

 

Pour leur part, les graines de papaye possèdent des vertus curatives, et leur consommation modérée contribuerait au bon équilibre intestinal. Notons de plus que depuis longtemps, on consomme des infusions de queues de cerise, dans le but de renforcer les fonctions rénales et celles des voies urinaires. Il convient, à cet effet, de noter que les jardins de l’Hôtel-Dieu de Québec possédaient jadis des cerisiers

et que ces infusions étaient utilisées auprès des patients. Lorsque les ressources étaient plus restreintes, on était davantage conscient de faire pleine utilisation des dons de la nature.

 

À notre époque d’abondance, les étalages des marchés d’alimentation privilégient des présentations uniformes, en éliminant tout ce qui déroge aux standards d’esthétique. Toutefois, certains points de chute offrent désormais des fruits et des légumes difformes à bon prix.

 

De nos jours, certains propriétaires d’arbres fruitiers semblent se désintéresser de ce qui pourtant demeure une source alimentaire appréciable. C’est dans de tels scénarios qu’interviennent des initiatives de cueilleurs bénévoles qui se rendent sur les terrains privés où poussent ces arbres, et le résultat de leur cueillette est transformé, après avoir reçu l’approbation de spécialistes en sécurité alimentaire. Il existe notamment plusieurs groupes de ce type qui sont actifs dans diverses régions de la province, que ce soit à Montréal, à Québec, à Rimouski ou en Gaspésie.

 

Après la Deuxième Guerre mondiale, des immigrants en provenance d’Europe étaient scandalisés de constater le manque de connaissance en matière de collecte des champignons, qui pourrissaient littéralement dans nos sous bois. L’engouement confirmé pour une plus grande variété de champignons comestibles amène ainsi des individus à se joindre aux associations de mycologues qui sont maintenant de plus en plus actives partout au Québec. Ce partage de compétence et de connaissances reste évidemment fondamental.

 

Il est d’ailleurs souhaitable de se familiariser avec le répertoire des espèces menacées ou vulnérables au Québec, en consultant le site Web du Ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques. Ces politiques visent à préserver les espèces telles que l’ail sauvage, dont la cueillette abusive l’avait sérieusement mise en péril, il y a quelques décennies.

 

L’ail sauvage était bien connu des Premières Nations, comme l’étaient les têtes de violon, les asclépiades (milk weed, en anglais), le pissenlit et l’églantier. Bien que l’églantier était largement consommé avant l’arrivée des colons européens, cet arbre aux bienfaits multiples reste encore relativement peu connu. Ce « rosier sauvage » pousse le long des rives du Saint-Laurent et sert notamment à la fabrication de

gelées, de vinaigres et de desserts.

 

Sans être comestibles, les coquilles d’oeuf, par exemple, peuvent réintégrer la chaîne alimentaire en servant d’engrais bio dans les potagers communautaires. Il s’agit d’ailleurs d’une pratique qui s’inscrit très bien dans la philosophie de l’agriculture urbaine.

 

En conclusion, c’est en privilégiant une pleine utilisation des ressources disponibles que l’on devient davantage conscient de l’ensemble des valeurs nutritives, curatives et autres des aliments de notre garde-manger. Il importe enfin de partager ces connaissances et d’encourager les membres de notre entourage à s’impliquer face aux défis qui touchent l’ensemble de la collectivité et l’environnement