La détresse des hommes

Publié le 1 janvier 2021
Écrit par Chantal Ann Dumas, ND.A.

La détresse des hommes
AOR Fresh Biotics (FR)

Je vous parle habituellement de femmes, mais je fais ici une exception, car je crois que c’est nécessaire dans le contexte. On assiste en effet ces temps-ci à une triste deuxième vague, mais contrairement à ce qu’on nous a prédit, elle n’est pas causée par la COVID-19. Il s’agit plutôt des conséquences de cette pandémie, qui s’expriment par un sentiment généralisé de malaise, de perte et de désespoir, conduisant malheureusement certains au SUICIDE.

Cet acte incompréhensible pour plusieurs et dévastateur pour l’entourage demeure encore tabou, tout comme la détresse masculine. Après, on se dit : « J’aurais dû prendre des nouvelles, insister pour ce café, accepter son invitation, lui prêter l’argent, etc. » Bref, j’aurais dû être plus présente. Mais voilà qu’on est souvent prises nous-mêmes dans notre propre roulette de hamster. Et pour accueillir l’autre dans sa douleur, il nous faut être à l’aise avec notre propre vulnérabilité. Si ce n’est pas toujours évident pour nous, ce l’est encore moins pour les hommes.

C’est d’ailleurs cette difficulté à accepter et la pudeur à dévoiler leur vulnérabilité qui rend les hommes plus à risque de s’enlever la vie. Nous, les femmes, on pleure, on parle de notre douleur, on demande de l’aide. Pas parce qu’on est meilleures, mais simplement parce que la biologie nous avantage en nous ayant dotées d’un mécanisme libérateur de sérotonine antidépressive lorsqu’on parle ! La société nous avantage aussi en ne nous imposant pas de costume de superhéros dès notre naissance !

Alors oui, prenons le temps de demander comment ça va et, surtout, d’écouter la réponse. Pas juste les mots, mais le langage non verbal et énergétique aussi. Créons l’ouverture, la disponibilité, dans le non-jugement. Mais pour que les hommes s’ouvrent, il faut aussi accepter que nous ayons une responsabilité collective concernant notre manière d’enculturer les garçons. Les petits garçons auxquels on répète de ne pas pleurer et d’être forts ne communiqueront pas facilement leur détresse.

Et qu’en est-il de l’authenticité ? Si les hommes et les femmes sont toujours entourés d’images qui créent l’illusion que tout va bien pour les autres, ça rend encore plus souffrante la réalité de celui qui souffre et ajoute au sentiment d’être inadéquat. L’image de pimp glorifiée dans les vidéos, l’endettement excessif pour les voitures qui flashent, les mensonges pour présenter l’image d’un couple où tout va bien, les photos de voyage et d’enfants parfaits dans les médias sociaux, autant de pression externe pour se conformer à des standards irréalistes. Et que dire de cette croyance encore bien ancrée que les femmes cherchent des pourvoyeurs ? Si on était un peu plus authentiques et humbles au lieu de jouer aux gros egos, ça aiderait aussi. Que ceux qui ont « réussi » parlent de leurs échecs ! Qu’on enseigne aux hommes tout ce qu’ils ont à offrir au-delà de leur argent ! Qu’on comprenne que la fin d’un couple n’est pas la fin d’une famille ! Que celles qui veulent se venger en prenant les enfants en otage réfléchissent ! Pensons aussi au sentiment d’impuissance qu’éprouvent plusieurs hommes à la suite des nombreuses dénonciations #metoo. Tous ne sont pas des abuseurs, mais tous reçoivent le bashing.

En tant que femmes, réfléchissons à notre façon d’élever nos enfants, de traiter nos hommes et aussi nos ex. On veut des hommes qui s’impliquent, mais on a aussi des responsabilités face à cet engagement. Comment traitons-nous le cœur de nos hommes, lorsque ça ne tourne pas comme on le souhaitait ? On veut un monde plus juste, plus égalitaire, on réclame que les hommes accueillent et valorisent nos forces, et c’est parfait ! Mais il faut aussi accueillir leur vulnérabilité et leur détresse, et les aider à l’accueillir eux-mêmes pour sortir du cycle dommageable de la masculinité toxique.

On ne construira un monde plus équilibré et meilleur qu’avec des êtres – hommes et femmes – plus équilibrés et meilleurs.