La douleur : ennemie ou amie ?

Publié le 27 novembre 2022
Écrit par André Jolicoeur

La douleur : ennemie ou amie ?
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Ouch ! C’est un sujet très sensible… Mais de quoi parle-t-on au juste ? Aujourd’hui, nous dirons que la douleur est tout ce qui nous fait souffrir, au sens large. Tout d’abord, la douleur physique. Que ce soit une grave blessure, une petite éraflure, une maladie, avoir faim, ou même juste travailler quand on aurait envie de se reposer. Il y a ensuite la palette des douleurs émotionnelles : peur, anxiété, peine, colère, irritation. N’oublions pas la douleur mentale : confusion, indécision, honte, impatience, insatisfaction, incertitude, etc. Instinctivement, la douleur est quelque chose que l’on veut éviter, n’est-ce pas ? Et c’est bien ainsi, parce que nos réflexes de survie aident à nous protéger.

 

Faut-il éviter la douleur ?

Voilà le hic : nos réflexes de survie, héritage de notre nature animale, nous causent parfois de gros problèmes !

Le cerf qui court à toutes jambes pour s’enfuir d’un coyote risque fort d’être happé par un véhicule s’il traverse une route sur sa lancée. Et l’humain qui roule à toute vitesse pour éviter la honte d’être en retard au travail risque fort de… vous savez le reste. Il est bien évident que la douleur est là pour nous éviter des problèmes, mais quand on obéit aveuglément (sans jugement) à nos réflexes, on peut se causer des problèmes bien plus graves.

En complément, bien que l’on ait une tendance instinctive à rechercher le plaisir, cet instinct doit aussi être modéré par notre jugement, sinon on arrive bien vite à… des accidents. Faut-il donc écouter nos instincts, éviter la douleur et rechercher le plaisir ? En général, oui, mais pas aveuglément.

 

Ce qu’en disent les sages

Selon plusieurs sources, la douleur n’est pas notre ennemi ! La tradition du yoga enseigne que la douleur a au moins un mérite, celui de nous inciter à bouger et à changer les situations qui ne nous conviennent pas. La médecine orientale traditionnelle nous dit que la douleur est le langage du corps qui demande à l’esprit de prendre soin de lui. Les taoïstes enseignent que la vie est faite de forces opposées, complémentaires et interdépendantes. Appliqué à la douleur, ce principe peut signifier que la douleur et son complément, le plaisir, semblent opposés, mais qu’en fait, ils se complètent et ne pourraient exister l’un sans l’autre.

 

Mark Manson (L’art subtil de s’en foutre) abonde dans le même sens. Il démontre qu’il est inutile et même dangereux de vouloir à tout prix fuir la douleur. En effet, c’est cette fuite qui pousse certaines personnes au suicide. On ne peut donc pas dire que la fuite de la douleur soit toujours un bon instinct de survie. Dans la même foulée, il explique que la recherche du plaisir en soi est une erreur, car le plaisir nous échappe aussi vite qu’on le poursuit.

Par exemple, le plaisir de manger s’amoindrit au fil d’un repas et devient souffrance dès que l’on mange trop. C’est donc la souffrance de la faim qui nourrit le plaisir de manger ! Quelques heures d’étude nous font ressentir l’impatience de bouger. Quel plaisir alors de se délier les jambes en prenant une bonne marche ! Quelques heures de marche nous font ressentir une fatigue. Quel plaisir alors de se reposer… et ainsi de suite. Quand on y pense, on réalise à quel point le plaisir et la souffrance sont mutuellement dépendants, et cela dans tous les aspects de notre vie.

 

Les bouddhistes disent que l’âme humaine choisit le parcours de sa vie avant de s’incarner. C’est un point de vue facile à adopter quand on songe aux événements agréables de notre vie. Mais quand on pense aux situations douloureuses que nous avons vécues… là, ça semble carrément illogique. Lise Bourbeau (Les cinq blessures de l’âme qui empêchent d’être soi-même) va pourtant encore plus loin : non seulement nous choisissons notre parcours avant de naître, mais en plus, nous créons et recréons au cours de notre vie des situations douloureuses. Notre âme, ou notre subconscient profond, si vous préférez, recherche volontairement des situations où l’on ressent des douleurs particulières.

Pourquoi ? Parce l’âme, brin de nature divine, sait qu’elle va un jour découvrir une façon brillante et inspirée de vivre ces expériences, et affirmer encore plus sa lumière. Tant que l’on se bute à un obstacle, l’âme en redemande. Lorsque l’on trouve comment s’aimer profondément au travers d’une épreuve, l’âme franchit l’étape et passe à autre chose. Vu de notre mental, l’obstacle semble alors se dissoudre.

 

Au-delà de la douleur et du plaisir : choisir le bonheur

S’il est inutile de fuir la douleur et de rechercher le plaisir… alors où est le bonheur ?

Contrairement à nos sensations changeantes, le bonheur, lui, peut toujours grandir. Le bonheur s’apprend.

Sénèque disait : « Le bonheur ce n’est pas d’attendre le beau temps. C’est d’apprendre à danser sous la pluie. » Une lampe de poche accomplit son œuvre dans la noirceur, n’est-ce pas ? Le bonheur, la paix de l’âme, n’est pas une sensation éphémère, il se vit dans la dimension de l’infini.

 

L’entraînement physique nécessite beaucoup d’efforts, mais il procure aussi le plaisir de bouger et d’être en forme à longueur de journée. Laisser de côté nos préoccupations et prendre le temps de méditer n’est vraiment pas facile (urgence, culpabilité, anxiété), mais la méditation nous remplit de stabilité, de bien-être et éclaircit notre jugement. Le chi-kung et le tai-chi nous amènent à bouger avec lenteur et douceur (gare à l’impatience !), mais ils nous rechargent d’énergie, de bonne santé et de bonne humeur. Le yoga nous propose des positions souvent inconfortables, mais il nous comble du plaisir d’habiter notre corps. Reconnaître ouvertement des abus que nous subissons de la part d’autrui demande énormément de courage (on ressent la peur et la honte), mais cela ouvre enfin des portes vers une recherche d’aide et la joie d’une vie plus saine.

La douleur et le plaisir s’alternent sans fin, c’est l’éternel ballet de la vie. Le bonheur, c’est de danser ce ballet en pleine conscience, en choisissant ce qui nous fait du bien, ce qui rend les choses plus simples, ce qui nous libère et nous met en paix avec nous-mêmes, ce qui nous amène plus haut et plus loin, vers un plus grand amour de nous-mêmes et des autres.

 

Le bonheur n’est pas de fuir la douleur ni de la rechercher. C’est de choisir avec lucidité d’accepter les petites et les grandes souffrances qui font grandir notre amour de nous, des autres, de la vie. Choisir ses batailles, quoi !

Accueillir la douleur, ce n’est pas endurer quelque chose qui nous nuit. C’est d’abord reconnaître la douleur (comment est-ce que je me sens ?), essayer de la nommer, reconnaître la situation où on la vit, et exercer notre jugement pour chercher comment être lumineux dans un contexte parfois sombre.

 

Une situation douloureuse n’est pas constructive ? On peut faire preuve de courage en faisant ce qu’il faut pour en sortir. On ne va pas bien ? On peut exceller à prendre soin de soi. On ne sait pas comment sortir d’une mauvaise situation ? On peut faire preuve d’humilité et aller chercher de l’aide. On se sent vide d’énergie ? On peut faire un beau geste d’amour envers soi-même et prendre le temps de se ressourcer. On n’arrive pas à performer selon nos attentes ? On peut montrer l’exemple en abaissant nos exigences. Quelqu’un nous blesse ? On peut s’arrêter et voir comment on se sent, formuler clairement ce qui nous dérange et prendre une distance en exprimant notre refus de subir l’agression.

 

Au travers les remous des expériences humaines, il y a le fil conducteur de la conscience, de l’amour et de la bienveillance. En commençant par s’aimer soi-même, et ne pas trop s’en vouloir pour les douleurs que l’on vit.

Quand le chemin de la vie est trop paisible, nous avons la sagesse de chercher de nouveaux défis.