La médecine d’aujourd’hui, la santé de demain : vers un changement de paradigme

Publié le 19 septembre 2021
Écrit par Dre Lyne Desautels, M. D.

La médecine d’aujourd’hui, la santé de demain : vers un changement de paradigme
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Dans le contexte actuel, où le monde entier est bombardé par une pandémie, on doit se questionner pour cerner le réel problème. Est-ce notre vulnérabilité en tant qu’êtres humains, ou celle de notre système de santé qui nous a menés dans cet état de confinement et d’isolement ? La perte de notre liberté pour se protéger en tant qu’individus, mais aussi en tant que société, est une réalité ayant rattrapé le monde entier. Une réflexion s’impose.

Cette pandémie a permis de prendre conscience que notre vulnérabilité, individuelle ou sociale, vient du fait que l’on ne met pas vraiment l’accent sur la santé et la prévention, mais plutôt sur le traitement de la maladie. Collectivement, on doit se protéger d’un virus qui aurait pu être moins menaçant pour une population plus en santé. Une hypothèse qui appuie le vieux dicton « Mieux vaut prévenir que guérir ».

Cela dit, on doit regarder l’avenir avec une vision différente : la prévention et la santé à long terme, celle qui est reliée au vieillissement. Une évolution ou une révolution d’idées, où la médecine jouera aussi un rôle de prévention et de responsabilisation dans le maintien de la santé. Ce changement nécessaire bouleversera certainement la façon de faire des médecins, mais aussi du système. En mon sens, on doit évoluer vers un système de santé, et non un système de maladie. Il serait judicieux d’apprendre à collaborer davantage avec d’autres professionnels de la santé afin de mieux accompagner nos patients dans un processus de santé. C’est ce qu’on nomme la « médecine intégrative », qui consiste à mettre ensemble des approches thérapeutiques complémentaires afin de préserver ou de retrouver la santé, et ainsi de redonner un souffle de vie à notre système de soins. 

Pour passer de la médecine de traitement des symptômes à la médecine de compréhension des causes des maladies chroniques, se repositionner sur la biologie cellulaire et l’évolution de la science est crucial. De nouvelles connaissances et une nouvelle compréhension des mécanismes biochimiques de nos cellules nous permettent d’intervenir de façon différente en amont des problèmes, et non en aval, c’est-à-dire une fois que le mal est fait. Évaluer nos patients par une approche personnalisée devient plus que pertinent, pour les guider vers la santé et éviter la maladie à long terme. Évidemment, ceci demande de les écouter et de les entendre afin de cibler ce qui ne va pas, de prendre compte de leur histoire et de certains antécédents, de ce qu’ils ont tenté, de ce qui a fonctionné ou pas, etc. 

 

En bref, cela exige d’observer leur ligne de vie avec certains éléments qui nous guident vers un diagnostic, mais surtout vers des pistes de solution. On doit considérer plusieurs aspects dans notre évaluation et jouer en quelque sorte les détectives. Le but : trouver ce qui est à l’origine des déséquilibres et des symptômes. En traitant la cause, on contribue à l’amélioration des symptômes, mais aussi à la qualité de vie de nos patients. C’est ce qu’on nomme la « médecine fonctionnelle » : une médecine personnalisée et ajustée sur mesure aux besoins de nos patients, ou, si vous préférez, une médecine de santé globale ! Certains diront que c’est du mind, body and spirit. D’autres pourront dire que concrètement, on agit sur le maintien de la santé et on traite la maladie quand on est rendus là. Le but, c’est d’éviter de s’y rendre, par une approche préventive.

Tout évolue, et cette nouvelle façon de voir les choses nous amène à mieux comprendre les mécanismes cellulaires impliqués dans le vieillissement et les déséquilibres métaboliques. Pourquoi attendre d’être malade avant d’agir, quand on sait que nos habitudes de vie sont de la plus grande importance dans le maintien de cet équilibre, de notre santé ? Ce que l’on mange, la gestion du stress, la qualité de notre sommeil et nos croyances sont des exemples de facteurs déterminants sur notre santé. On sait aussi que nos besoins changent avec l’âge. Par conséquent, notre alimentation et notre façon de s’exercer doivent évoluer aussi… Tout est une question d’équilibre.

Comme êtres humains, notre espérance de vie ayant rallongé, nous nous devons de demeurer en santé plus longtemps. Comment faire ?

Il y a certains mécanismes qui sous-tendent les déséquilibres métaboliques, qui, s’ils sont trop grands, entraînent des mécanismes physiopathologiques et des maladies. Si nous pouvions éviter tout ça en déterminant les facteurs de risque individuels qui nous mettent en danger dans le développement des maladies, on pourrait demeurer en meilleure santé ! 

Les mécanismes à l’origine de presque toutes les maladies chroniques sont les mêmes. On les appelle les 3 « i » pour inflammation, immunité et/ou infection. On parle souvent de l’inflammation comme le grand coupable. Mais qu’est-ce qui provoque cette inflammation ? Ce qu’on mange peut-être, le stress chronique, les perturbateurs environnementaux ou même notre propre constitution génétique. Bref, de multiples facteurs sur lesquels on peut jouer pour atténuer cette inflammation. Notre système immunitaire, s’il est en mauvaise santé, peut être responsable de cette inflammation. On sait maintenant que 75 à 80 % de notre immunité se trouve dans notre tube digestif. Alors, on comprendra que la nutrition est super importante dans le maintien de cet équilibre inflammation-immunité et que nos microbes, notre microbiote, est de la plus haute importance dans tout ceci. 

 

Un ami à moi, médecin à la retraite mais grand philosophe, m’a dit : « Qui aurait cru que notre intestin serait la plus grande glande du corps humain ? » Avec l’évolution de la science, on sait maintenant que c’est vrai. Beaucoup de mécanismes d’équilibre métabolique partent de notre tube digestif et des bactéries qui l’habitent. Ayant assisté récemment à une conférence internationale sur la santé cérébrale, on sait que notre intestin communique avec notre cerveau et que notre santé neurologique et cognitive en dépend. 

On parle souvent de l’intestin perméable (leaky gut), mais aussi du cerveau perméable (leaky brain). Or, quand on vieillit, nos cellules aussi vieillissent et ce processus de vieillissement entraîne souvent des modifications génétiques. Il arrive parfois que certains gènes se réveillent et causent des problèmes comme le cancer. Nos cellules deviennent folles et se divisent trop rapidement sans être éliminées. Il y a plusieurs mécanismes impliqués dans ce vieillissement cellulaire, dont la sénescence, le raccourcissement des télomères et l’apoptose. 

 

Pour vieillir en santé, il faut que ces mécanismes soient contrôlés afin de préserver l’équilibre entre la division de nos cellules et la mort des cellules vieillissantes. Certaines substances sont impliquées dans ce rôle et permettent de nous protéger des méfaits du vieillissement. Par exemple, on sait désormais que certaines hormones, dont les estrogènes, agissent sur le raccourcissement des télomères et aussi sur la régulation de l’apoptose. 

 

En conclusion, il y a un changement de paradigme qui s’impose, avec une transition dans le rôle de la médecine qui se doit de se remettre en phase avec la prévention. La population vieillissante, l’augmentation de l’espérance de vie et la notion de santé à long terme sont des éléments qui nous obligent à repenser notre façon de faire. Il nous faudra considérer toutes les approches nécessaires au maintien de la santé de la population, et ce, le plus longtemps possible. L’un des bons côtés de la pandémie est que nous sommes de plus en plus nombreux à prendre conscience des possibilités de changement et d’amélioration de notre système de santé, dans le noble but de maintenir la population en santé mentale, physique et globale le plus longtemps possible.

Tout est une question d’équilibre, même celui entre la vie et la mort. Comme Lavoisier l’a bien dit, « rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme » !

 

 

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Biographie – Dre Lyne Desautels

Médecin généraliste depuis plus de 25 ans, Dre Desautels a étudié en microbiologie et détient une maîtrise en sciences. Elle a fondé le centre de médecine intégrative CMIE en 2012 et continue de promouvoir l’évolution de la science et des connaissances médicales à travers sa pratique, ses conférences et la médecine de prévention et de précision.