
Publié le 1 novembre 2024
Écrit par Sarah-Maria LeBlanc, HTA, M.A.
Ils nous offrent ombre, beauté et paix. Ils nous permettent de nous réchauffer et de nous loger. Ils sont notre refuge, notre ancrage. Les arbres sont parfois ce qui nous permet de rester debout au milieu des tempêtes de notre vie. Tout comme leurs cousines les plantes, ils sont médicinaux et peuvent nous soutenir aussi dans notre chemin de santé. Quand les plantes retournent à la terre, les arbres restent debout, ramenant leur énergie dans leurs racines pour passer l’hiver. Découvrons-en quelques-uns comme alliés médicinaux, eux qui nous permettront de rester connectés à la Terre lors de la saison froide.
Le bouleau blanc (Betula papyrifera)
Cet arbre magnifique, considéré comme sacré, s’est avéré très utile pour les premiers habitants du territoire : son écorce permet de construire habitations, canots, contenants, ustensiles et constitue le meilleur allume-feu qui existe. On peut également utiliser sa sève, ses bourgeons, ses feuilles et même son écorce pour prendre soin de notre corps. Chez les Waban-Aki, on utilise son écorce entre autres pour les affections de la peau comme l’acné et l’eczéma. Les peuples nordiques de l’Europe en font la même utilisation.
Un peu partout où l’on trouve du bouleau, ses feuilles sont bues en décoction pour la fatigue et l’arthrite. En effet, riches en flavonoïdes, elles sont reconnues comme toniques, antioxydantes, diurétiques et anti-inflammatoires entre autres. Elles sont très étudiées pour différentes raisons depuis une décennie. Quant à sa sève, on peut la récolter au printemps et l’utiliser comme cure dépurative et lymphatique printanière. On goûte bien le salicylate de méthyle qu’elle contient et qui s’avère efficace pour soulager les douleurs et l’inflammation.
Le chêne (Quercus spp)
Arbre vénéré chez les Celtes entre autres, protecteur des druides, le chêne fait partie des arbres qui peuplaient d’immenses forêts dans le sud du Québec il y a seulement trois siècles et qui se font maintenant beaucoup plus rares, bien malheureusement. En plus d’être antiseptiques, ses feuilles et son écorce sont très astringentes, ce qui en fait un arbre de choix pour les blessures externes ou internes, comme les ulcères. On utilisera son écorce très tannique en décoction pour les diarrhées, les varices, les hémorroïdes, mais également pour les saignements menstruels hémorragiques.
On peut utiliser cette décoction pour les hémorragies de gencives et les aphtes, mais aussi les engelures et les pellicules. Une autre possibilité est de se faire une cure d’une semaine d’une décoction à base d’écorce de chêne pour régénérer les organismes acidifiés et enflammés (voir recette). Cette décoction adoucissante et antiseptique régénère les muqueuses qu’elle touche, même celles de poumons, après absorption par le sang.
Décoction régénératrice (dans Arbres et arbustes thérapeutiques):
1 l d’eau
30 g d’écorce de chêne
20 g de racine de guimauve
10 g de feuilles de thym
Faire macérer toute une nuit dans l’eau le mélange de chêne et de guimauve.
Amener à ébullition, ajouter le thym, et laisser mijoter le mélange à feu doux pendant dix minutes.
Le sapin baumier (Abies balsamea)
Le sapin, le même qu’on honore pour Noël, est un arbre doté de plusieurs vertus médicinales, qu’on peut utiliser à tout moment de l’année. On connaît bien, grâce aux Premières Nations, sa gomme si médicinale qu’on peut extraire très facilement en perçant l’écorce. Antiseptique, vulnéraire et très solide, elle servait autrefois de pansement autodésinfectant pour les plaies et affections des gencives et même de colle pour fabriquer des contenants et des canots. Aujourd’hui, on utilise la gomme de sapin dans du miel ou des capsules comme tonique du système respiratoire et pour soulager la gorge. Elle a aussi une affinité particulière avec les poumons. Des études démontrent son efficacité dans le cas des infections à staphylocoque, même celles résistantes à la méticilline, un antibiotique.
En plus de sa résine, on peut utiliser ses aiguilles en infusion. On suggère à cet effet de cueillir ses jeunes pousses vers la fin du printemps parce qu’elles seront plus aromatiques et gorgées de vitamine C. On peut les utiliser pour parfumer nos plats, les sécher ou les faire macérer dans du miel. C’est divin! On peut également profiter de cet arbre de nos forêts boréales en huile essentielle, particulièrement pour soutenir notre énergie et notre système nerveux. Il est reconnu pour diminuer l’anxiété et stimuler légèrement les surrénales, comme son cousin l’épinette noire. De plus, il diminue l’inflammation musculaire grâce aux esters qu’il contient. Bref, notre cher sapin baumier a beaucoup à nous offrir et encore plus à nous révéler! Comment le différencier de l’épinette pour ceux et celles qui doutent encore? Il a l’écorce lisse avec des bulles de sève, et ses aiguilles sont plates.
Le sureau blanc (Sambucus canadensis)
On disait autrefois que le sureau était l’arbre des fées. Si c’est le cas, je les comprends; c’est un arbre tellement agréable et médicinal. Son bois, mou à l’intérieur, peut être creusé facilement pour fabriquer flûtes et pipes. Ses fleurs magnifiques, odorantes et délicieuses sont l’une de mes premières récoltes printanières, juste avant le sapin. On peut les boire en tisane, les déguster frites en beignets ou les utiliser pour parfumer des desserts. Ses fruits sucrés, riches en vitamines A, B et C, sont également remplis d’anthocyanines et d’autres antioxydants. En décoction, en confiture, en sirop, ses fruits sont utilisés depuis toujours par toute la famille contre rhumes et grippes. Immunostimulant et protecteur, le sureau s’avère un grand allié pour se défendre contre tout envahissement, ses propriétés antivirales et antibactériennes n’étant plus à démontrer.
Il est en effet étudié pour l’influenza, le VIH, l’herpès simplex 1 et les coronavirus, entre autres. Je l’ai personnellement utilisé avec succès lors de l’épidémie de H1N1, qui m’avait fragilisée pendant plusieurs semaines. Depuis ce temps, j’honore cet arbre et j’utilise ses fleurs et fruits avec gratitude tout l’hiver durant. On peut confectionner un sirop, en le faisant en décoction (seul ou accompagné d’autres plantes comme le thym et la guimauve) qu’on mélange avec du miel et une teinture de sureau ou d’échinacée, pour la conservation. Des compagnies québécoises cultivent maintenant le sureau et en font un sirop délicieux et efficace.
Le thuya (Thuja occidentalis)
Le thuya nous enchante hiver comme été avec ses feuilles vertes si singulières et son tronc dansant. Bien qu’on ait adopté le nom « cèdre » en raison de sa ressemblance avec son ami du Liban, on essaie aujourd’hui de favoriser l’usage de son nom botanique, le thuya. Très riche en huiles essentielles, cet arbre à la fois puissant et doux est un allié précieux à utiliser. Il est antiseptique, antifongique, insectifuge, vermifuge, antiviral et riche en vitamine C. On sait que c’est grâce à lui que l’équipage de Jacques Cartier fut sauvé du scorbut. Cependant, il faut savoir qu’il est riche en molécules potentiellement toxiques comme les thuyones, qui peuvent causer des troubles neurologiques graves lorsque prises en quantité. Une dose de 0,3 g de thuyones suffirait pour tuer un chien.
C’est pourquoi nous devons faire très attention à l’huile essentielle de thuya. Ceci étant dit, on utilise sans crainte ses feuilles et son écorce dans des décoctions pour usage externe. On peut aussi en faire des macérations dans l’huile, qu’on pourra transformer en onguents. Tout cela sera efficace contre les mycoses, les candidoses, l’eczéma, les hémorroïdes et même les rhumatismes. On peut en faire des oreillers antisinusites ou des pochettes antimites. On peut aussi le brûler comme encens ou l’utiliser dans des saunas. On sait d’ailleurs qu’on utilise son bois pour revêtir les murs de salles de bain ou de saunas parce que, en plus d’être antifongique et antiseptique, il résiste à l’humidité. Traditionnellement, on buvait de la tisane de thuya à petites doses pour soutenir le système nerveux et « nettoyer le méchant ». Ce n’est pas dangereux de boire un peu de tisane, sauf si on est enceinte ou allaitante. On évitera tout de même d’en prendre pendant une longue période. On peut aussi simplement aller s’asseoir auprès de lui et lui confier nos tourments. Il sait consoler et prendre ce qui n’est plus nécessaire à nos vies.
Ce n’est qu’un aperçu d’à quel point les arbres peuvent soutenir nos vies. Au-delà de leurs propriétés médicinales, simplement se tenir auprès d’eux nous fait du bien, nous aide à nous retrouver, à retrouver l’étincelle de vie parfois ténue qui attend d’être rallumée. Inspirons-nous d’eux, de leur capacité de s’enraciner profondément tout en continuant de chercher la lumière et de s’y nourrir. Plus nous comprenons leur importance, plus nous pouvons protéger leur existence et toute la biodiversité qu’ils facilitent par leur simple présence.