La présence à soi et à l’autre: retrouver la liberté d’aimer

Publié le 20 décembre 2017
Écrit par Francine Dubuc, T.S., PCC, n.d.

La présence à soi et à l’autre: retrouver la liberté d’aimer
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Qu’est-ce que la présence ?  Selon l’approche de psychothérapie corporelle intégrée (PCI)1, « la présence  est la capacité d’attention soutenue à son expérience physique, émotive et énergétique2» .

Plus concrètement, il s’agit de la capacité de ressentir nos sensations corporelles et émotionnelles tout en étant un observateur faisant preuve d’équanimité3 quant à nos pensées et à ce que nous ressentons. La présence nous permet de développer la capacité de projeter un regard bienveillant envers nous-mêmes et notre expérience du moment présent. Sans les ressentis dans notre corps, nous sommes comme des marionnettes dirigées par le mental ou notre ego, lequel est le résultat de nos conditionnements, de nos croyances et de notre environnement. L’ego n’est pas notre essence ou notre être. Il est la somme de nos conditionnements et des stratégies que nous avons développées afin de répondre aux trois besoins de notre personnalité : être en sécurité, être aimé et être crédible. Notre personnalité est parfaite pour accomplir notre mission de vie, dans la mesure où nous n’y sommes plus identifiés. Nous nous reconnectons alors à notre être, et notre personnalité reprend la place qui lui revient, soit d’être au service de l’être.

 

COMMENT SAVOIR SI JE SUIS EN PRÉSENCE ?

Quand nous sommes dans le mental, nous ne sommes pas présents. Nous passons la majorité de notre temps dans notre tête, à penser au passé ou à l’avenir. Nous nous rassurons quand nous trouvons une raison logique à toute expérience. Nous ne vivons pas le moment présent.

Nous ne sommes en général présents qu’à certains moments, où nous entrons en contact avec nos intuitions, notre « gut feeling », nos ressentis et pressentis. Nos ressentis sont en fait la porte d’entrée à la présence. Habiter notre corps, c’est se donner le droit de ressentir nos sensations corporelles, nos émotions et nos intuitions. Pour retourner à la présence, nous choisissons de reprendre contact avec notre environnement intérieur, par exemple, nous sentons de l’énergie qui circule dans nos jambes, nous sentons la tension dans nos épaules, nous ressentons de la joie ou de la tristesse. De plus, nous devenons plus présents avec l’environnement extérieur qui nous entoure : le ciel est bleu, nous sentons l’arôme des sapins, nous entendons le chant des oiseaux, nous nous sentons connectés à soi et aux autres. Nous nous reconnectons à l’ici et maintenant. Ce chemin de retour à la présence est ce que précise Michael Brown dans son livre Le processus de la Présence4.

Entre autres, le processus de la présence nous permet de nous reconnecter à nos émotions refoulées et reliées à nos blessures. En nous permettant de les laisser remonter à notre conscience, nous pouvons les intégrer au lieu de dépenser notre énergie vitale à les étouffer, à les fuir ou à les ignorer. Ces émotions refoulées au plus profond de notre être sont la source de tensions dans notre corps5. Nous en libérer en les intégrant, sans renforcer l’histoire qui y est rattachée, nous permet de jouir d’une plus grande vitalité et joie de vivre. Nous vivons alors pleinement le moment présent. Nous retrouvons cette énergie créatrice en nous, et les moments de synchronicité se multiplient.

La présence en méditation de pleine conscience nous permet de vivre l’expérience que nous ne sommes pas qui nous pensons être. Le vieux dicton de Descartes « Je pense, donc je suis » est un paradigme dépassé. Nous pourrions davantage dire « Je ressens, donc j’existe », puisque si nous ne créons pas l’espace et le temps dans notre vie pour ressentir, nous sommes comme des machines à faire et à rationaliser. À nous de choisir en toute conscience d’être, ou de faire et de continuer de nous donner l’illusion d’être important. L’ego a besoin de se sentir important, alors que l’être est rayonnant.

 

LES MOTS, LE LANGAGE DU MENTAL

Même si nous écrivions tout un livre à expliquer la présence (et il y en a), ce n’est que dans l’expérimentation que nous ressentons ce que c’est de vivre ici maintenant. La présence nous permet de nous extraire de nos limitations, de nos peurs, afin de prendre pleinement notre expansion. C’est un chemin de conscience, et chacun selon son chemin de vie choisira de l’expérimenter à sa façon.

Les chemins du retour à soi, heureusement, sont nombreux. Certains chemins peuvent paraître des choix conscients comme méditer, choisir de se réaliser, choisir d’aller vers ses rêves, suivre son cœur, et d’autres peuvent nous sembler nous avoir été imposés, par exemple la perte d’un emploi, un épuisement ou une dépression, une maladie ou le décès d’un être cher. Tous ces événements de la vie peuvent être vécus comme des moments d’éveil ou comme des punitions. C’est notre conscience qui choisira le sens qu’elle veut leur donner.

 

LA PRÉSENCE À SOI ET À L’AUTRE

Cette présence à soi nous ramène à notre essence. Avec la pratique de la présence, nous développons la capacité de nous accueillir là et comme nous sommes. Nous sommes authentiques et nous démontrons de la compassion et de la bienveillance envers nous-mêmes. Nous sommes engagés à nous aimer, c’est-à-dire à respecter nos frontières, nos ressentis, et à être à l’écoute de soi. Cette présence à soi ouvre la possibilité de créer une relation authentique à soi et aussi à l’autre. Cette authenticité nous permet de nous sentir vulnérables, de nous aimer dans notre nature profonde et aussi d’aimer librement.

Nous ne cherchons plus à combler un manque ou à nous réaliser à travers l’autre. Nous pouvons créer une relation consciente où nous sentons une connexion profonde. Nos corps, âmes et esprits sont en communion et s’ouvrent à l’extase du moment présent de cette rencontre.

 

RETROUVER LA LIBERTÉ D’AIMER

Devenir conscients nous permet d’émerger de nos structures, masques, barrières… de notre propre prison. Nous arrêtons alors de dépenser notre énergie à faire ce que notre ego pense devoir faire pour être aimé et pour plaire. Nous n’avons plus besoin d’utiliser notre énergie vitale à maintenir les masques qui ont servi à nous protéger de revivre nos blessures. Nous sommes reconnectés à notre être dans l’amour et avons intégré notre humanitude, autant dans notre lumière que dans nos ombres. Nous avons retrouvé la liberté d’aimer comme l’enfant qui aime la vie, qui rayonne l’amour et la joie d’être présent.

Ce chemin de vie vers le retour à soi permet la pleine expression de notre être. Nous avons retrouvé notre unicité. Nous ressentons que tout est possible. Nous avons toute l’énergie afin de créer la vie que notre cœur rêve, car vivre dans notre cœur, c’est cesser de nous laisser contrôler par nos peurs et notre mental. C’est être connectés profondément à notre essence. Nous rencontrons l’autre dans un espace de liberté d’être soi et nous offrons aussi cet espace à l’autre. C’est un amour libre et il n’y pas d’amour sans cette liberté. Il y a aussi certes des attachements, des amours avec conditions, mais rarement ces amours nous permettront de nous épanouir et de nous donner des ailes.

 

À votre vitalité !

RÉFÉRENCES

  1. « La Psychothérapie Corporelle Intégrée (PCI) est une synthèse de plusieurs approches psychologiques (Gestalt, reichienne, psychologie du Soi, relations objectales) et de plusieurs techniques permettant d’intégrer l’expérience corporelle au cœur du processus de développement
    et d’intégration du Soi. » Tiré du site institutpci.com
  2. http://www.institutpci.com/approche-psychotherapeutique/#présence frontières
  3. Définition de l’équanimité : « L’équanimité est un état d’esprit parfait, un équilibre inébranlable de l’esprit, enraciné dans la vue profonde ou vision pénétrante (vipassana). »
  4. BROWN, MICHAEL. Le processus de la Présence, Les éditions Ariane, 2012, 376 p.
  5. DUFOUR, DANIEL. Les tremblements intérieurs, Les Éditions de l’Homme, 2003, 144 p.