La ruche en danger

Publié le 16 janvier 2016
Écrit par Daniel-J. Crisafi, nd.a., m.h., ph. d.

La ruche en danger
Vogel Echinaforce

L’été dernier, j’ai eu le plaisir de visiter quelques apiculteurs québécois. Durant ces visites, plusieurs m’ont parlé des bienfaits des produits de la ruche tels que le pollen et la gelée royale. Qu’en pensez-vous ?

 

DANS UN PREMIER TEMPS, j’aimerais souligner que tout ce que vous lirez sur les bienfaits des produits de la ruche est en péril. En effet, un nombre important d’études souligne que nos abeilles sont en train de devenir une espèce en voie de disparition. Il y a en effet un déclin, un dépérissement et un effondrement des colonies au Québec. Le phénomène est aussi répandu en Europe. Est-ce important ? Eh bien oui, car à part les produits de la ruche tels que le miel, le pollen, la propolis et la gelée royale, « pas moins de 40 % des produits alimentaires contenus dans notre assiette proviennent indirectement ou directement du travail des abeilles par la pollinisation des fruits, des légumes et autres plantes ». Vous serez d’accord que ce n’est pas seulement important de conserver nos ruches, c’est vital ! Plusieurs facteurs entrent en considération dans ce « génocide » des abeilles. Parmi ceux-ci, notons les changements climatiques, une apiculture plus intensive, de nouveaux agents pathogènes et finalement, les insecticides. Nous ne pouvons pas contrôler les changements climatiques ou les nouveaux agents pathogènes par nos habitudes d’achat. Par contre, nous pouvons soutenir les apiculteurs locaux et nous pouvons encourager l’agriculture biologique. L’agriculture biologique est en fait bien plus important que d’éviter de s’empoisonner par les divers résidus de pesticides ou d’insecticides. Encourager l’agriculture biologique, c’est aussi encourager une agriculture qui minimise le fardeau sur les abeilles et qui nous assure les bienfaits des produits de la ruche.

Voilà donc mon aparté sur la sauvegarde de nos abeilles et de nos ruches. Maintenant, considérons les effets des produits de la ruche sur la santé.

 

LES PRODUITS DE LA RUCHE

Cette petite usine de fabrication que l’on nomme la « ruche » nous offre quatre sous-produits qui ont démontré des effets très bénéfiques sur la santé humaine. Je parle ici du miel, du pollen, de la gelée royale et de la propolis. Notons ici que l’efficacité de chacun de ces sous-produits dépend de la qualité de la ruche et de son environnement, ainsi que de la façon dont les sous-produits sont extraits, manutentionnés et entreposés.

 

MIEL

Lorsque nous pensons aux produits de la ruche, c’est le miel qui vient généralement à l’esprit en premier. Connu avant tout pour son effet sucrant, il fut certainement le premier agent sucrant utilisé par les humains. Le premier texte écrit sur le miel, un texte sumérien, date de plus de 4000 ans. Toutefois, ce n’est pas seulement à titre d’édulcorant que le miel a été utilisé. En effet, tous les grands médecins de l’Antiquité, d’Hippocrate à Galien, utilisaient le miel dans un grand nombre de leurs recettes médicinales.

Il existe deux grandes catégories de miel : le miel de fleurs et le miel de forêts. Les effets du miel, ses types de sucres et ses effets thérapeutiques sont influencés par sa provenance, soit des fleurs ou des forêts (miel miellat), aussi bien que par le type de fleur butinée et de la région de laquelle il provient. Le miel de sarrasin, à titre d’exemple, contient beaucoup plus d’antioxydants que les autres miels. Le miel de Manuka a quant à lui la plus grande efficacité antibactérienne de tous les miels. Ces variables peuvent même avoir des effets esthétiques. En effet, les miels avec plus de glucose que de fructose se cristallisent plus rapidement.

Connus depuis l’Antiquité, les effets préventifs et thérapeutiques du miel sont surprenants. Celui-ci inhibe la croissance de Candida albicans ainsi que de plusieurs bactéries pathogènes, dont le H. pylori, tout en stimulant de bonnes bactéries dans le tube digestif. Le miel de Manuka a démontré d’étonnants effets contre Helicobacter pylori, la bactérie associée à l’ulcère d’estomac. L’ajout de petites quantités de miel au régime des enfants améliore la production d’hémoglobine. Le miel a aussi démontré la capacité de réduire des prostaglandines anti-inflammatoires et donc les symptômes de gastroentérite chez les enfants. Il possède aussi des effets anti-cancer contre certains cancers expérimentaux. Le miel est utilisé depuis l’Antiquité pour améliorer la guérison des plaies cutanées. Ses effets antibiotiques se combinent alors à sa capacité d’améliorer la cicatrisation de la peau.

Les effets thérapeutiques du miel, il faut le répéter, dépendent de plusieurs facteurs, dont le type de miel, sa provenance géographique, le fait qu’il a été pasteurisé ou non et sa fraîcheur. Son utilisation thérapeutique peut donc varier considérablement, ce qui n’en fait pas nécessairement l’outil de choix dans le traitement de divers désordres.

Néanmoins, le miel naturel, non pasteurisé et local demeure un édulcorant de choix, lorsqu’utilisé en quantité raisonnable.

 

POLLEN

Ce sont d’allergies saisonnières dont nous parlons généralement lorsqu’il est question de pollen. Pourtant, le pollen d’abeilles est une réserve imposante de nutriments et de nutraceutiques. Il est fabriqué par les abeilles à partir de pollen de fleurs et de plusieurs substances produites par les abeilles, et sert de source de protéines pour les colonies d’abeilles. Sa teneur nutritionnelle exceptionnelle lui a valu d’être nommé le seul aliment parfaitement complet. La première utilisation du pollen semble avoir été faite par les médecins arabes et juifs du Moyen Âge.

Les hydrates de carbone sont les composants les plus importants du pollen, en représentant de 13 à 55 %. La teneur en protéines du pollen d’abeilles, tout comme sa concentration en hydrates de carbone, varie en fonction de la région, des plantes butinées et de la saison. Le pollen d’abeilles peut contenir jusqu’à 40 % de protéines, comprenant tous les acides aminés essentiels. Le pollen contient aussi divers minéraux, des oligo-éléments ainsi que des acides gras essentiels.

Mis à part ses effets nutritionnels directs, le pollen a démontré divers effets positifs par rapport à la santé. Malheureusement, faute de fonds de recherche, la majorité des études ont été entreprises en laboratoire ou sur des animaux. Ceci dit, les résultats de ces études ainsi que les diverses utilisations thérapeutiques traditionnelles confirment certains effets importants. Le pollen, pris selon un protocole particulier, peut réduire les réactions allergiques, particulièrement les réactions saisonnières aux pollens. Le pollen a démontré la capacité de réduire les taux de lipides sanguins ainsi que d’améliorer le métabolisme des glucides. Il améliore aussi la nutrition durant la grossesse et réduit les effets négatifs de la radiothérapie dans les cas de cancers gynécologiques.

Plusieurs études ont démontré les effets positifs du pollen sur les symptômes d’hyperplasie de la prostate. Par contre, à ce propos, le pollen de fleurs semble être plus efficace que le pollen d’abeilles. Finalement, des études ont démontré les excellents effets d’un extrait de pollen sur les symptômes de la ménopause sans que celui-ci n’exerce d’effets estrogéniques.

Il va de soi que certaines personnes allergiques au pollen pourraient réagir à l’ajout de celui-ci dans le régime. Mais, mis à part le risque de réactions allergiques, l’un des problèmes associés à l’utilisation du pollen en tant que supplément nutritionnel thérapeutique est que la composition nutritionnelle des pollens varie grandement en fonction de l’origine botanique et géographique ainsi qu’en fonction de la saison. Notons à titre d’exemple que l’acide ascorbique peut varier de 7 à 30 milligrammes par 100 grammes ; les lipides de 1 à 10 pour cent ; le magnésium de 20 à 300 milligrammes par 100 grammes et le potassium de 400 à 2000 milligrammes par gramme.

Donc, le pollen peut-être un très bon supplément de base à ajouter à son régime alimentaire, mais il est difficile de compter sur celui-ci à titre de supplément thérapeutique, car sa concentration nutritionnelle est trop variable. Seule exception, les produits de pollen de fleurs formulés précisément pour traiter les problèmes d’hyperplasie de la prostate et de ménopause.

Le dosage quotidien de pollen recommandé est d’environ 50 grammes par jour pour les adultes, et ce, jusqu’à 100 grammes par jour.

 

GELÉE ROYALE

C’est la gelée royale qui permet à une larve d’abeille de se transformer en reine et qui en assure une longévité de loin supérieure à celle des abeilles ouvrières. Très populaire comme supplément alimentaire, elle est disponible en ampoules, lyophilisée et dispensée en capsules ou en gélules, ou encore fraîche dans une base de miel. Cette gelée « royale », qui est sécrétée par les abeilles nourricières, contient essentiellement les mêmes nutriments que le pollen d’abeilles, car les abeilles obtiennent les nutriments à partir du pollen. Tout comme le pollen, la densité nutritionnelle de la gelée royale est variable en fonction de son environnement et de la saison.

L’ingrédient qui différencie la gelée royale des autres produits de la ruche, voire de tous les autres produits alimentaires, est l’acide gras 10-hydroxy-2-décénoïque. Des études suggèrent que cette substance est responsable de la longévité des reines et pourrait augmenter la longévité chez d’autres animaux, y compris les humains. Elle a aussi démontré d’importants effets positifs par rapport à l’arthrite rhumatoïde ainsi que la stimulation de la production de collagène.

Globalement, la gelée royale a démontré d’étonnants effets sur la santé. Ses effets anti-cancérigènes sont bien documentés aussi bien que ses effets immunostimulants, qui comprennent la réduction des allergies. La gelée royale, donc, semble normaliser la réaction immunitaire plutôt que simplement l’exacerber. Toujours du côté immunitaire, la gelée royale, tout comme les autres produits de la ruche, d’ailleurs, a démontré d’importants effets antibactériens. Elle s’est notamment montrée efficace contre les bactéries, les virus et les champignons. Sur le plan cardiovasculaire, la

gelée royale a démontré d’importants effets pour réguler la pression artérielle, pour réduire le cholestérol et les triglycérides et pour protéger l’intégrité des vaisseaux sanguins. Le chercheur français Rémi Chauvin a aussi soutenu que la gelée royale peut avoir d’importants effets hormonaux positifs chez la femme aussi bien que chez l’homme. Parmi les effets notés par Chauvin, on trouve l’augmentation de thyroxine, qui aurait un effet bénéfique sur la fonction de la thyroïde, ainsi que l’amélioration du niveau de cortisol, ce qui aurait un effet positif sur le stress. Si la gelée royale est achetée dans un commerce, il est idéal de s’assurer que le taux de 10-AHD (acide 10-hydroxy-2-décénoïque) soit garanti. Si elle est achetée chez un apiculteur, assurez-vous de la fraîcheur. Le dosage recommandé est d’environ 250 mg par jour à titre préventif et d’environ 1 500 mg à titre thérapeutique.

 

PROPOLIS

Le mot propolis nous vient du grec pro, qui veut dire «pour», «avec» ou« avant», et polis qui veut dire « ville ». Connue depuis l’Antiquité, la propolis est utilisée à l’entrée de la ruche afin d’écarter tout risque de contamination de l’extérieur ainsi que pour fermer les fentes qui pourraient se produire dans la ruche. La propolis, tout comme le pollen, n’est pas fabriquée par les abeilles, mais plutôt transformée par celles-ci. Les abeilles mélangent la résine des arbres avec de la cire et des sécrétions glandulaires afin de produire la propolis. Contrairement aux trois produits de la ruche mentionnés précédemment, la propolis a une utilité limitée. En effet, celle-ci a avant tout un effet antimicrobien et antioxydant. Plus de 700 publications scientifiques ont souligné cet effet antimicrobien de la propolis.

La propolis a démontré d’importants effets antimicrobiens, et tous les types de propolis ont démontré des effets anti-microbiologiques semblables. En effet, il ne semble pas y avoir, contrairement au miel, de types de propolis plus actives que d’autres à ce sujet. Finalement, contrairement au 10-AHD de la gelée royale, les effets antimicrobiens de la propolis semblent venir de la somme de tous ses composants. En résumé, la propolis a démontré d’importants effets contre les bactéries, les champignons, les moisissures, les parasites et les virus. Fait intéressant, aucune bactérie n’a pu développer de souches résistantes aux effets de la propolis. Voilà un fait rassurant.

Malgré tout ce qui a été dit, la propolis exerce néanmoins plusieurs autres effets, quoique ceux-ci sont moins consistants que ses effets antimicrobiens. Elle a démontré des effets antioxydants avec un niveau d’ORAC élevé (l’ORAC mesure la capacité d’absorption des radicaux oxygénés), en plus d’effets anti-inflammatoires. D’autres effets comprennent des effets hépatoprotecteurs, la protection contre les radiations et des effets anti-tumeur. La propolis est utilisée par voie interne, en gargarisme et de façon topique.

L’un des défis de la propolis réside dans le fait que la résine des plantes avec laquelle elle est fabriquée peut être contaminée par des polluants environnementaux, contaminant du fait même la propolis. En effet, la propolis peut être contaminée surtout par des métaux lourds et particulièrement par le plomb. Ce phénomène est tellement répandu et consistant que des chercheurs polonais ont même suggéré l’utilisation de propolis et de pollen comme agent pour surveiller les niveaux de métaux lourds dans l’environnement. De plus, de la propolis issue de certains arbres semble démontrer une toxicité plus grande que la propolis issue d’autres arbres. Ce danger, par contre, n’existe pas vraiment si la propolis provient de régions qui n’ont pas été contaminées par l’agriculture chimique ou par les déchets industriels résiduels. Finalement, les produits issus de l’apiculture locale ainsi que ceux provenant de compagnies qui assurent, par analyse chimique, des niveaux acceptables de métaux lourds, éliminent ce dilemme.

 

CONCLUSION

Faute d’espace, il n’a pas été question de l’utilisation du venin d’abeilles dans le traitement de diverses affections. Néanmoins, je pense qu’il est bien évident que les produits de la ruche peuvent être d’excellents alliés dans une démarche de santé naturelle.

Il est aussi évident qu’il faut penser à sauver nos abeilles. En plus d’assurer la reproduction d’une majorité de nos aliments de source végétale par la pollinisation, nos amies les abeilles nous offrent des outils prophylactiques et thérapeutiques bien documentés et efficaces. Sauver les abeilles pourrait être synonyme de sauver la vie humaine et animale. Pensons-y bien !

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