La santé métabolique

Publié le 15 juin 2023
Écrit par Èvelyne Bourdua-Roy, M.D.

La santé métabolique
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La santé métabolique est un sujet qui me passionne depuis que je suis devenue médecin de famille, en particulier depuis que j’ai compris que notre système de santé est surtout un système de maladie. En fait, je devrais préciser que la médecine moderne est excellente pour tout ce qui est aigu, comme un accident de la route, une crise de cœur ou une pneumonie, mais qu’elle est très peu axée sur la prévention et peu performante en matière de maladies chroniques liées au style de vie, comme le syndrome métabolique, le diabète de type 2, l’obésité et la stéatose hépatique.

 

Qu’est-ce que la santé métabolique, exactement ?

Cela se réfère à l’état de fonctionnement normal du métabolisme, c’est-à-dire à l’ensemble des processus biochimiques qui se produisent dans le corps pour maintenir la vie. Cela comprend la façon dont le corps transforme les aliments en énergie, utilise et stocke les nutriments, régule l’énergie disponible, orchestre les hormones qui participent à tous ces processus, y compris les hormones de la faim et de la satiété et, surtout, l’insuline, et réagit physiquement et mentalement face à l’environnement et aux stresseurs.

La santé métabolique est donc étroitement liée aux habitudes de vie, en particulier à l’alimentation et à la non-alimentation (le jeûne), à l’activité physique, au sommeil et à la gestion du stress et des émotions (y compris la gestion du circuit de la récompense). Ainsi, pour prévenir la survenue de maladies métaboliques ou les renverser lorsqu’elles sont présentes, il convient d’avoir de bonnes habitudes de vie. Cela fait consensus auprès de tous les professionnels de la santé.

Ce qui fait moins consensus, c’est la nature des bonnes habitudes de vie à adopter, en particulier en matière de nutrition. Dans cet article-ci, je vais me concentrer sur cet aspect seulement et je réserverai les autres piliers de la santé métabolique pour des articles subséquents.

Comment devrait-on manger pour avoir une santé optimale ? Suivre le Guide alimentaire canadien ? Manger méditerranéen ? Manger le plus végétalien possible, comme le font les habitants de certaines blue zones dans le monde ou, à l’autre extrême, le plus carnivore possible, comme le faisaient nos ancêtres paléolithiques ? Y a-t-il même une seule façon de s’alimenter qui convienne à tous ?

 

Les signes et symptômes fréquents d’une mauvaise santé métabolique

  • ­   Tour de taille élevé (> 88 cm et >102 cm chez les femmes et les hommes, respectivement) ; prise de poids et grande difficulté à le perdre
  • ­   Hypertension artérielle
  • ­   Glycémie anormale et/ou insulinémie à jeun élevée
  • ­   Taux de cholestérol HDL trop bas
  • ­   Taux de triglycérides élevés
  • ­   Fatigue postprandiale (cogner des clous après les repas)
  • ­   Multiples acrochordons (tétines brunes sur la peau)
  • ­   Faim fréquente et difficulté à atteindre la satiété ; besoin de manger toutes les 2-3 heures
  • ­   Symptômes d’hypoglycémie quelques heures après un repas, intolérance au jeûne
  • ­   Foie gras non alcoolique

 

En santé métabolique, on s’intéresse à ce qui se passe biochimiquement et hormonalement dans le corps lorsque l’on mange et lorsqu’on jeûne, entre autres. Dans un premier temps, c’est avec cette perspective que l’on analyse l’alimentation. Il y a beaucoup de choses qui sont importantes à considérer (aliments inflammatoires, intolérances, anti-nutriments, etc.), mais je vais me limiter aujourd’hui aux macronutriments et à leur impact sur l’un des plus gros marqueurs de la santé métabolique : l’insuline.

Les principaux macronutriments de l’alimentation sont les lipides (le gras), les glucides (ou hydrates de carbone) et les protéines (d’origine animale ou végétale).

Ainsi, si l’on ingère 800 calories de purs gras, de pures protéines ou de pur sucre, il ne se passe pas la même chose dans le corps. De manière très simplifiée, les protéines se transforment en acides aminés et vont servir à la construction et à la réparation tissulaire (faire pousser les cheveux, remplacer des cellules cardiaques trop vieilles, etc.) ; les glucides vont se transformer en glucose et en fructose, qui sont des sources d’énergie, et les lipides vont se transformer en acides gras, une autre source d’énergie. Je n’aborderai pas l’insoupçonné destin du fructose dans cet article-ci, pour éviter de complexifier les choses.

Lorsque l’on mange des glucides (pain, pâtes, patates, riz, céréales de tous genres et leurs farines, fruits, légumes, miel, sirop d’érable, etc.), le processus de digestion les coupe en molécules de fructose et de glucose. Le glucose va dans la circulation sanguine, et cela envoie un signal à notre pancréas, qui réagit en sécrétant de l’insuline, une hormone aux multiples rôles.

L’un de ses rôles est de permettre au glucose d’entrer dans les cellules de tous les tissus et organes du corps, pour qu’il puisse y être transformé en énergie. C’est comme une clé dans une serrure : l’insuline se fixe à un récepteur sur les cellules, ce qui déverrouille une porte d’entrée qui permet aux molécules de glucose de pénétrer à l’intérieur. Sans cette clé qu’est l’insuline, le glucose reste dans la circulation sanguine, et une très grande majorité des cellules n’y ont pas accès.

 

Cependant, l’insuline, à l’instar de bien des hormones dans le corps humain, est faite pour être pulsatile (on devrait en sécréter de petites quantités, de manière non continue). Dans notre alimentation nord-américaine moderne, en particulier depuis l’avènement de l’alimentation faible en gras des années 80, nos apports en glucides ont nettement augmenté.

Par ailleurs et dans la même foulée, nous avons pris l’habitude de manger plusieurs repas par jour : déjeuner, collation, dîner, collation, souper, et collation ou grignotage de fin de soirée. On nous disait que cela activait le métabolisme. C’est assez vrai, ça active le métabolisme, mais pas n’importe lequel : celui du stockage des graisses !

Ainsi, en raison de nos repas plus riches en glucides et de leur plus grande fréquence dans la journée, nous sécrétons de plus grandes quantités d’insuline qu’avant et nous en sécrétons plus souvent (3 à 6 fois par jour).

Or, il faut savoir que l’insuline est la principale hormone du stockage des graisses. C’est surtout elle (et son ratio avec le glucagon, pour être précis) qui dicte si nous brûlons des graisses ou si nous les emmagasinons. Lorsque son taux sanguin est élevé, nous sommes en mode stockage. Le gain de poids est favorisé.

De plus, lorsque le corps est bombardé par un stimulus, il tend à se désensibiliser. Ainsi, lorsqu’il y a trop d’insuline trop fréquemment dans la circulation, parce qu’il y a constamment du glucose qui est ingéré, les cellules sont bombardées et développent une résistance. Elles désactivent certains de leurs récepteurs à insuline. C’est un cercle vicieux qui s’installe : plus on mange de glucides, plus on sécrète de l’insuline. Plus on en sécrète, plus nos cellules deviennent résistantes et moins cette hormone peut effectuer son travail. En d’autres mots, un état d’hyperinsulinémie s’installe et engendre un état de résistance à l’insuline.

 

Au début, le corps réussit à maintenir la glycémie dans la fourchette normale. Avec le temps, sur plusieurs années, voire quelques décennies, il n’y parvient plus et le taux de sucre dans le sang se met à augmenter. Il augmente vers la zone supérieure de la normale, puis pénètre dans la zone du prédiabète. Au Québec, cette zone se situe entre 5,7 et 6,4 mmol/L (glycémie à jeun) ou 6,0 à 6,4 % (HBA1c ou moyenne de la glycémie des 3 derniers mois), selon les organismes[ii].

Si rien n’est fait pour renverser ce processus, les glycémies risquent de franchir le prochain seuil, celui du diabète de type 2, qui est diagnostiqué à partir d’une HBA1c de 6,5 % et plus, d’une glycémie à jeun de plus de 7,0 ou d’une glycémie aléatoire de plus de 11,0 mmol/L.

Ce qu’il faut comprendre ici, c’est que lorsque les glycémies atteignent ce niveau, cela fait longtemps que l’hyperinsulinémie et la résistance à l’insuline sont installées. C’est en réalité un continuum, qui va de très sensible à l’insuline à très résistant à l’insuline. Le diabète de type 2 est une phase tardive et une des manifestations possibles d’une résistance à l’insuline chronique et sévère[iii].

Devrions-nous tous avoir une alimentation faible en glucides ? Pas nécessairement, mais la réponse n’est pas simple et dépend de multiples facteurs. Je crois que l’on devrait tous manger le moins transformé et raffiné possible, plus naturel, plus local, plus de saison. Et globalement, oui, moins de sucre ! Danièle Starenkyj[iv] avait raison.

Une chose est devenue claire pour moi avec la pratique : plus on est avancé sur le spectre de la résistance à l’insuline et plus il faudrait entreprendre des actions pour renverser cet état. Parmi les solutions possibles, l’alimentation et le jeûne sont, selon bien des experts en santé métabolique ici et ailleurs dans le monde, les plus puissants. Mes données cliniques sur plus de 2 000 patients vont aussi dans ce sens.

Je déplore que notre système de santé ne s’intéresse pas à la prévention et au renversement des maladies chroniques liées au style de vie, cependant la santé n’est jamais venue de la médecine, mais bien, à la base, de nos propres habitudes de vie. C’est donc dire que nous avons un grand contrôle et pouvons nous-mêmes choisir de cheminer vers la santé, en nous intéressant au fonctionnement normal du métabolisme, c’est-à-dire à l’ensemble des processus biochimiques qui se produisent dans le corps lorsque nous mangeons et jeûnons, entre autres. Dans mes prochains articles, il sera question de la façon dont ces processus sont modulés par le sommeil, l’activité physique et la gestion du stress.

 

RÉFÉRENCES : 

[i] O’Hearn M, Lauren BN, Wong JB, Kim DD, Mozaffarian D. Trends and Disparities in Cardiometabolic Health Among U.S. Adults, 1999-2018. J Am Coll Cardiol. 2022 Jul 12;80(2):138-151. doi: 10.1016/j.jacc.2022.04.046. PMID: 35798448.

[ii] Diabète Québec Dépistage et diagnostic du diabète de type 2 | Diabète Québec (diabete.qc.ca)

[iii] Benjamin Bikman, Why we get sick, preface par Dr Jason Fung, BenBella Book, juillet 2020

[iv] Danièle Starenkyj, Le mal du sucre, Publications Orion, 1981