La sciatique : mieux comprendre pour mieux guérir

Publié le 20 octobre 2017
Écrit par Nicolas Blanchette, B. Sc. kinésiologie, D.O.

La sciatique : mieux comprendre pour mieux guérir
Vogel Echinaforce

La sciatalgie, ou « sciatique », comme on l’appelle communément, représente la plus fréquente des douleurs radiculaires (c’est-à-dire les douleurs causées par une irritation nerveuse).

 

Elle touche le membre inférieur, se présentant le plus souvent sous la forme de douleur cuisante et lancinante qui chemine le long de la face arrière ou externe de la cuisse, de la jambe et parfois du pied. Elle s’accompagne très souvent de douleur au bas du dos et parfois d’engourdissement et de faiblesse. Commune, la sciatalgie est aussi, malheureusement, l’une des pathologies les plus incomprises. Je vous propose ici un petit article permettant de la démystifier.

 

QU’EST-CE QUE LA SCIATALGIE ?

Tout d’abord, la sciatalgie est ce que l’on appelle un « syndrome », soit un ensemble de symptômes qui peuvent se révéler très incommodants. Cependant, tout comme une hernie discale, ce n’est pas une maladie avec laquelle on est condamné à vivre le reste de notre vie (heureusement). La guérison naturelle du corps aura raison de la majorité des crises de sciatique en quelques semaines. Cependant, il n’est pas rare que les gens qui expérimentent une sciatalgie vivent des récurrences à quelques reprises durant les années qui vont suivre. Pour prévenir ces épisodes douloureux, il faut se renseigner davantage sur le fonctionnement de notre colonne vertébrale et sur la manière d’optimiser son fonctionnement.

 

QUELLES PEUVENT EN ÊTRE LES CAUSES ?

Le nerf sciatique est le nerf le plus épais et le plus long du corps humain. Il est constitué des racines nerveuses qui émergent sous les quatrième et cinquième vertèbres lombaires ainsi que des racines nerveuses issues des foramina du sacrum. Comme tous les nerfs, le sciatique a pour fonction d’acheminer les messages nerveux (influx). Cela nous permet de capter les sensations sur notre peau (innervation sensitive) et d’activer nos muscles pour nous déplacer (innervation motrice). Lorsque le nerf sciatique ou une de ses divisions sont touchés par de l’inflammation ou comprimés, nous ressentons les symptômes de la sciatalgie. Le nerf peut être irrité par une hernie discale, le syndrome du piriforme ou une sténose du canal lombaire. De plus, certains muscles, lorsqu’ils sont souffrants, peuvent développer des points gâchettes responsables de symptômes semblables à une sciatalgie, sans irritation des nerfs, toutefois (ce que l’on appelle une « pseudo-sciatique »). Cette multitude de causes rend importante la nécessité de faire un examen complet pour déterminer la cause des symptômes et ainsi établir un plan de traitement, puis de prévention des récidives.

 

SCIATALGIE PAR IRRITATION DISCALE

Les disques intervertébraux de notre colonne sont comme de petits coussins qui permettent de dissiper les forces de la gravité et de faciliter le mouvement des vertèbres entre elles. À la suite de microtraumatismes répétés, comme soulever une charge sans plier les genoux en effectuant un mouvement de torsion du tronc, il arrive que la membrane externe d’un des disques s’affaiblisse. Le noyau visqueux au centre du disque pourra alors prendre de l’expansion dans la partie endommagée (bombement), voire s’échapper légèrement par une fissure dans le disque (hernie). Lorsqu’un bombement ou une hernie touche une racine nerveuse, des symptômes douloureux, des engourdissements ou des faiblesses au membre inférieur seront ressentis par le patient. Selon une étude de la clinique universitaire de neurochirurgie de Zurich, les racines nerveuses L5 (face arrière extérieure de la cuisse et de la jambe) et la racine S1 (face arrière de la cuisse et de la jambe) représentent près de 94 % de tous les cas de hernies discales.

Néanmoins, les hernies discales ne produisent pas toujours des symptômes de sciatalgie : selon le rhumatologue français Robert Maigne, de 20 à 30 % des gens présentent une hernie discale non symptomatique à un étage ou un autre de leur colonne lombaire.

 

SCIATALGIE PAR SYNDROME DU PIRIFORME

Chez 15 à 20% des individus, le nerf sciatique traverse le muscle fessier piriforme. Lors de spasmes ou d’une élongation de ce muscle, il arrive que le piriforme comprime le nerf sciatique et provoque son irritation. Dans un tel cas, la colonne vertébrale du patient n’est pas en cause.

 

SCIATALGIE PAR STÉNOSE DU CANAL LOMBAIRE

Le vieillissement normal ou des microtraumatismes vertébraux répétés peuvent entraîner un rétrécissement du canal lombaire et des trous de conjugaison entre les vertèbres. Parfois, lors du processus d’arthrose, il y a formation de petits becs osseux près des racines nerveuses (ostéophytes) qui donnent lieu à des poussées d’inflammation. Les nerfs pourront ainsi être plus facilement irrités ou comprimés. Préserver une bonne mobilité du bassin, adopter de saines habitudes de vie et favoriser un maintien postural « grand » permettent de ralentir dans une certaine mesure l’arthrose vertébrale.

 

PSEUDO-SCIATIQUE

Des points gâchettes dans le petit fessier ou dans le biceps fémoral peuvent produire des symptômes qui ressemblent parfois à s’y méprendre à ceux d’une véritable irritation du nerf sciatique. Si c’est le cas, des massages profonds faits par un thérapeute manuel certifié permettront de diminuer les symptômes de manière considérable.

 

SI L’ON SOUFFRE DE DOULEURS DE TYPE SCIATALGIES, QUE PEUT-ON FAIRE ?

D’abord, prenez rendez-vous avec votre médecin. Dans un premier temps, il vous prescrira sans doute des antalgiques pour calmer la douleur. Il pourra aussi, au besoin, assurer un suivi grâce à de plus amples examens, s’il le juge nécessaire.

Le repos, même s’il n’a pas la cote dans notre société de productivité, est toujours le traitement de choix pour le pic aigu d’une crise de sciatalgie. Le patient doit s’allonger dans la position où il se sent le plus à l’aise et éviter le stress.

Si la cause de la sciatalgie est une compression nerveuse, la première étape de la réadaptation consistera à employer des méthodes qui diminueront la compression intervertébrale. Il existe des tables d’inversion qui permettent de se suspendre par les pieds de manière sécuritaire et atténuent pendant un certain temps les symptômes en décomprimant le rachis. D’autres méthodes peuvent être employées, par exemple se suspendre par les mains à une barre de traction, se coucher sur le dos (les bras au-dessus de la tête) et chercher à éloigner le plus possible les doigts des orteils, la méthode McKenzie (couché sur le ventre, en appui sur les avant-bras) ou des tractions par un thérapeute manuel qualifié.

Simultanément, si l’état du patient le permet, il est possible de faire des étirements, toujours en douceur et dans la non-douleur, sur le trajet du nerf irrité. Dans la sciatalgie, on pensera surtout aux muscles fessiers et ischio-jambiers (l’arrière de la cuisse). Pour étirer doucement le grand fessier, placez-vous sur le dos. Ramenez un genou vers la poitrine et chercher à apporter tout doucement ce même genou vers votre épaule du côté opposé. Au ressenti d’une sensation d’étirement, maintenez la position et respirez lentement par le ventre pendant une dizaine de cycles respiratoires. Relâchez doucement l’étirement et répétez de l’autre côté.

Finalement, la dernière étape consiste à réaliser des exercices d’assouplissement pour le bassin et les hanches, et de renforcement pour la région abdominale et lombaire. La supervision d’un kinésiologue est un atout précieux dans tout programme de réhabilitation.

 

COMMENT AGIR EN AMONT ET PRÉVENIR LES ÉPISODES DE SCIATALGIE ?

Pour éviter une compression nerveuse ou une récidive, il est conseillé de renforcer graduellement la musculature qui soutient la colonne vertébrale et la région abdominale. Mentionnons que les exercices sélectionnés devraient toujours s’effectuer dans la non-douleur. Autrement, il est peut-être encore trop tôt pour pratiquer un renforcement, ou encore l’exécution de l’exercice n’est peut-être pas adéquate.

Pour commencer le renforcement, les exercices où une position statique est maintenue pour un temps donné (ce que l’on appelle un « exercice isométrique ») sont d’abord indiqués pour leur efficacité et leur faible risque. Nous penserons, par exemple, à la fameuse planche abdominale.

Pour acquérir une capacité fonctionnelle intéressante (autrement dit, pouvoir bouger de nouveau, mais sans se blesser), les exercices où l’on soulève des objets de terre peuvent aussi être très éducatifs. Lors de ces exercices, il faudra veiller à maintenir la colonne vertébrale bien grande et à conserver le creux naturel dans le bas du dos (ajuster la hauteur de départ de l’objet que l’on cherche à soulever est une bonne idée). Ce seront alors les hanches et les genoux qui devront être mobilisés pour soulever la charge tandis que le rachis pourra se concentrer sur son rôle naturel de colonne vertébrale.

Sur le plan biomécanique, avoir un bassin et des hanches qui bougent librement, ainsi qu’un tronc solide avec des muscles abdominaux forts, diminue considérablement les contraintes imposées sur les disques de notre région lombaire (jusqu’à 30 %, selon certaines études). Il faut aussi bien porter attention à la mobilité de la hanche, particulièrement lors de l’extension. En effet, ce mouvement est souvent limité chez les gens avec des historiques de problèmes lombaires ou chez les gens qui passent beaucoup de temps en position assise. Lorsque la hanche est incapable de bouger librement vers l’arrière, c’est la région lombaire qui compensera le déficit de mouvement, ce qui pourra provoquer l’inflammation des facettes articulaires dans la région lombaire à moyen et long terme.

 

RÉFÉRENCES

MAIGNE, Robert. Douleurs d’origine Vertébrale, Elsevier Masson, 2006.

SUTCLIFFE, Jenny. Un dos sans douleur, Les Éditions de l’Homme, 2012.