La tendance veggie, c’est bon pour mes hormones ?

Publié le 17 avril 2018
Écrit par Chantal Ann Dumas, ND.A.

La tendance veggie, c’est bon pour mes hormones ?
Vogel #1 FR

En matière d’alimentation, force est d’admettre que la tendance veggie a définitivement la cote! Végétarisme, végétalisme, véganisme, flexitarisme, alimentation à base de plantes, autant de déclinaisons qui expriment l’exclusion – plus ou moins totale – des différents produits animaux de notre assiette et de notre mode de vie

 

Comment expliquer cette vague veggie ?

On adopte ces régimes pour des raisons de santé, par souci du bienêtre des animaux, pour préserver l’environnement, pour des raisons éthiques ou par conviction religieuse. La popularité de documentaires, tels que What the Health, exposant l’impact des produits animaux sur notre santé et de ceux dénonçant les conditions d’élevage commercial, les témoignages d’athlètes végétariens et végétaliens, la popularité du yoga et d’autres pratiques orientales associées au bouddhisme sont autant de facteurs pouvant expliquer notre rejet de la tradition culinaire carnée.

 

Le veggie envahit nos assiettes !

Peu importe les motifs invoqués pour justifier la soustraction de la viande et des autres produits animaux de notre alimentation, cette tendance se manifeste un peu partout sur la planète et on n’y échappe pas ! Les Canadiens sont en effet de plus en plus conscients de l’impact de la consommation de viande sur leur santé et au fait des choix qui s’offrent à eux.

Dans le cadre d’un sondage effectué en 2016, le quart des Canadiens interrogés affirmaient s’efforcer de diminuer leur consommation de  viande rouge, alors que 8% des répondants s’identifiaient carrément en tant que végétariens ou pratiquement végétarien. Cette tendance au végétarisme varie toutefois en fonction du groupe d’âge ; elle est particulièrement marquée au sein des jeunes et des«milléniaux»1  : environ 12% des jeunesse disent végétariens ou pratiquement végétariens, comparativement à seulement 5% des personnes âgées de 50ans ou plusii.

Ces changements dans nos habitudes et nos préférences alimentaires ne passent pas inaperçus du côté des restaurateurs et des chaînes d’alimentation. Selon les statistiques de l’agrégateur géant du prêt-à manger Just Eat, qui détient une base de plus de 20millions de clientsiii, la demande d’options de repas végétariens aurait connu une augmentation de 987% en 2017iv! Même McDonald a intégré une option de burger végétarien à son menu (en France), et Costco investit dans les agriculteurs biologiques, afin de satisfaire la demande croissante de ses membresV.

 

Est-ce vraiment bon pour notre santé ?

Le végétarisme et les régimes associés privilégient les fruits et les légumes, les légumineuses, ainsi que les noix et les graines. Ces aliments présentent l’avantage d’être riches en fibres, en substances phytochimiques antioxydantes et en bons gras, tout en étant réduits en gras saturés et en sucres. Grâce à ces caractéristiques, l’alimentation végétarienne présente de nombreux bienfaits pour notre santé : elle favorise le transit intestinal, aide à réduire le surpoids, l’incidence du diabète, de différents types de cancer, ainsi que les risques d’infections liées à la consommation de viandes.

Dans le cadre de la plus grande étude associant la consommation de viande à 9 maladies courantes, les chercheurs du National Cancer Institute ont évalué les habitudes alimentaires de 536 000 hommes et femmes âgés de 50 à 71 ans durant une période de 16ans. Leurs résultats publiés récemment dans le British Medical Journal révèlent que les individus dont la consommation de viande rouge était la plus importante voyaient leur risque de mourir du cancer, de maladies cardiovasculaires, d’AVC, de diabète, d’infections ou de maladies rénales, hépatiques et pulmonaires accru de 26 %. Toujours selon cette étude, le risque augmente de façon proportionnelle à la quantité de viande consommée, et il peut même doubler dans le cas des maladies hépatiques .

Une autre étude de type cohorte et réalisée par la clinique Mayo en 2016 arrivait à des conclusions similaires, et les chercheurs impliqués encourageaient les médecins à promouvoir l’alimentation à base de plantes à leurs patientsvi.

 

Qu’en est-il de la santé hormonale ?

Les principales hormones stéroïdiennes régissant le cycle hormonal féminin sont les estrogènes et la progestérone. On associe les estrogènes aux caractéristiques féminines et on leur attribue plusieurs bien faits en matière de santé. Par contre, on parle peu de l’importance des différents ratios entre les diverses hormones, dont le ratio estrogènes-progestérone.

À partir de la trentaine, la quantité d’hormones stéroïdiennes diminue progressivement, et le taux de progestérone chute beaucoup plus drastiquement que celui des estrogènes, causant un déséquilibre en faveur des estrogènes. Cette dominance estrogénique est associée à de nombreux troubles féminins, tels que la résistance à la perte de poids, le syndrome prémenstruel, les kystes ovariens, les fibromes et les cancers hormono-dépendantsviii.

La consommation de produits animaux, surtout de ceux issus de l’élevage industriel, contribue à la dominance estrogénique et elle est particulièrement préjudiciable pour notre santé hormonale. Le bétail d’élevage commercial – qui fournit 95%de la viande et des produits dérivés d’animaux qu’on retrouve sur les tablettes des supermarchés – est nourri de maïs et de soya (riches en acides gras de type oméga-6 pro-inflammatoires), il est injecté d’hormones, on le gave d’antibiotiques, et de surcroît, il est souvent infecté de superbugs. La consommation de viande et de sous-produits issus de ces animaux ralentit notre digestion, perturbe notre microbiome, occasionne la constipation, et accroît notre indice de masse corporelle et notre taux d’estrogènesix. En contrepartie, l’alimentation de type végétarienne favorise l’équilibre hormonal, entre autres grâce à son apport accru en fibres, soit environ 28 g par jour pour les végétariens versus 12 g pour les omnivores. Les études démontrent que les végétariens excrètent trois fois plus d’estrogènes dans leurs selles et qu’ils présentent un ralentissement de l’activité de l’enzyme bêta-glucuronidase. Cette enzyme présente dans l’intestin contribue à la dominance estrogénique, car elle est impliquée dans la libération et le recyclage des estrogènes précédemment métabolisés par le foie en utilisant la voie entérohépatique. Ces facteurs – l’augmentation de l’excrétion des estrogènes et la modulation de la bêta-glucuronidase – se traduisent par un taux sérique d’estrogènes de 15 à 20 % inférieur chez les végétariensx.

 

La tendance veggie, une panacée ?

L’adoption de la tendance veggie comporte de nombreux bienfaits pour la santé et pourrait constituer un atout important dans l’atteinte de l’équilibre hormonal. Elle comporte toutefois certains défis, incluant l’apport suffisant de protéines, de vitamine B12, de fer et de zinc. Il faut aussi se méfier de certains produits végétariens ayant subi de nombreuses transformations industrielles visant à imiter la texture et le goût de la viande, du fromage et du lait de vache.

Ces produits sont généralement pauvres en substances nutritives et riches en glucides et en sodium. Ils peuvent contenir des additifs et des colorants chimiques, des gélifiants, des épaississants, des exhausteurs de goût, et certains sont enrichis en huile de palme partiellement hydrogénée ou en gras trans.

 

Conclusion

Les preuves en faveur d’une alimentation à prédominance ou exclusivement végétarienne, notamment en matière de santé hormonale sont maintenant irréfutables, même si l’adoption de ce type de régime comporte certains pièges. Il est important de bien vous documenter, de lire les étiquettes et idéalement, de vous faire accompagner par un(e) naturopathe compétent(e) durant votre période de transition. Les efforts investis dans votre nouvelle alimentation vont rapidement se répercuter sur votre santé hormonale et ils seront de plus bénéfiques sur plusieurs autres aspects positifs associés au végétarisme.

 

Références

1. La génération des milléniaux – ou génération Y – est un terme utilisé en Occident pour regrouper l’ensemble des personnes nées entre les années 1980 et l’an 2000 approximativement et partageant certaines caractéristiques sociodémographiques.

i. Vegan and Vegetarian Diet Trends in Canada – Statistics and Facts.

https://www.statista.com/topics/3262/vegan-vegetarian-diets-in-canada/

ii. Vegan and Vegetarian Diet Trends in Canada – Statistics and Facts.

https://www.statista.com/topics/3262/vegan-vegetarian-diets-in-canada/

iii. https://www.lesoleil.com/affaires/just-eat-arrive-en-conquerant-d66b7fad532a1a74e1032b3508416e8e

iv. 11 VEGAN STATISTICS FROM 2017, THE BEST YEAR FOR VEGANISM SO FAR. https://www.livekindly.co/veganstatistics/

v. https://www.forbes.com/sites/greatspeculations/2016/04/15/how-costco-is-focusing-on-its-organic-foodsupply/#42b8f2034f9e

vi. Meat consumption linked to nine major diseases in largest study done so far. https://www.riseofthevegan.com/blog/largest-study-to-show-link-between-meat-and-disease.

vii. http://jaoa.org/article.aspx?articleid=2517494

viii. GOTTFRIED, Sara. MD. The Hormone Reset Diet: Heal Your Metabolism to Lose Up to 15 Pounds in 21 Days, Harper Collins Publisher, 2017.

ix. GOTTFRIED, Sara. MD. The Hormone Reset Diet: Heal Your Metabolism to Lose Up to 15 Pounds in 21 Days, Harper Collins Publisher, 2017.p. 45-46.

x. GOLDIN, BR. « Estrogen excretion patterns and plasma levels in vegetarian and omnivorous women », The New England Journal of Medicine, 16 décembre 1982, vol. 307, no 25, p. 1542-1547. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/7144835