La tendinite calcifiante de l’épaule

Publié le 8 juillet 2022
Écrit par Nicolas Blanchette, D.O, Sc. kinésiologie

La tendinite calcifiante de l’épaule
Expo Manger Santé 2 dates

Développez une tendinite de l’épaule, c’est quelque chose de relativement fréquent. En effet, les recherches estiment retrouver cette pathologie, aussi appelée tendinopathie, chez 30 à 35 % des adultes de 50 ans et plus et chez environ 60 à 65 % des aînés de plus de 80 ans.

Cet état des tissus de notre épaule est influencé par notre âge, nos habitudes de vie ainsi que par l’utilisation que l’on fait de notre épaule. Avant toute chose, il est important de savoir que la tendinopathie de l’épaule n’est pas forcément douloureuse en tout temps. On peut tout à fait en avoir une sans le savoir !
Et, surtout, elle n’est pas une condamnation à souffrir pour le reste de ses jours.

En effet, on retrouve fréquemment des tendinites de l’épaule chez des gens asymptomatiques (sans douleur ou limitations de mouvement). De plus, les recherches soutiennent que les gens ayant des tendinopathies symptomatiques peuvent s’affranchir de leurs inconforts et retrouver toutes les fonctions de leur épaule sans forcément que l’on constate de changement de l’état physiologique des tissus de cette dernière aux examens médicaux. Certes, la douleur, c’est complexe ! Bien plus complexe que le simple état physiologique des parties de notre corps vu à la résonnance magnétique ou à l’échographie !

 

Calcifications

Une proportion des gens avec une tendinopathie de l’épaule développent des calcifications à l’intérieur de leur tendon. Les calcifications sont composées de petits amas de calcium que l’organisme accumule très graduellement dans la partie moyenne ou terminale d’un tendon de la coiffe des rotateurs (c’est le groupe musculaire profond qui nous permet de bouger notre bras dans l’espace).

Les calcifications sont parfois aussi retrouvées dans la bourse riche en terminaisons nerveuses de l’épaule. Ces agglomérations de calcium ne sont pas exclusives à l’épaule et on peut aussi les retrouver ailleurs dans l’organisme.

On évaluait auparavant la prévalence des tendinopathies calcifiantes chez la population générale entre 3 et 10 %. Toutefois, les avancées importantes des dernières années dans les outils de mesures médicaux ont permis de montrer que les calcifications sont présentes bien plus souvent que cela : il y en aurait chez environ 20 % des personnes âgées entre 18 et 65 ans.

Fort heureusement, ces dépôts de calcium ne sont symptomatiques que chez moins de la moitié des cas. Tandis que les hommes sont plus touchés par d’autres problématiques de l’épaule telles que les déchirures de la coiffe des rotateurs, les femmes sont deux fois plus souvent affectées lorsqu’il s’agit de tendinopathie calcifiante symptomatique. Finalement, chez 10 à 25 % des gens, les calcifications toucheront les deux épaules simultanément.

 

Signes et symptômes

La douleur profonde dans l’épaule, particulièrement en bougeant le bras dans l’espace ou en forçant, est l’un des signes principaux. Au départ, l’inconfort peut être très intense et nous tenir éveillés la nuit. La douleur semble souvent d’apparition spontanée. Il peut y avoir présence d’enflure ou de chaleur au niveau de l’épaule. Une radiographie, échographie ou résonnance magnétique permettra de visualiser les calcifications et de poser le diagnostic.

 

Développement de la pathologie

Il pourrait sembler instinctif de penser qu’il s’agit davantage d’un problème touchant les gens très actifs physiquement comme les travailleurs de la construction, par exemple : ceux qui utilisent abondamment leurs épaules. Toutefois, même si une utilisation abusive de l’épaule peut prédisposer à certaines blessures et tendinopathies, les études ont montré que les tendinopathies calcifiantes touchaient davantage les gens avec un travail plus sédentaire avec des activités de l’épaule moins variées.

Ainsi, les statistiques nous montrent que l’on retrouve plus fréquemment cette pathologie chez les travailleurs de bureau, caissiers, couturiers et employés sur des chaînes de montage, entre autres.

Pourquoi en est-il ainsi ? La cause semble être, de toute évidence, multifactorielle. D’une part, les études histologiques ont permis de montrer que les tendons de la coiffe des rotateurs reçoivent un meilleur apport sanguin lorsque l’épaule est placée en position d’abduction (bras levé dans les airs) que lorsque le bras repose contre le corps.

En effet, en position bras ballant, les tendons de la coiffe sont moins bien vascularisés et subissent davantage de contraintes de compression. Or, les tendons sont plus aptes à gérer les forces de tension liées aux efforts physiques que les forces compressives.

Ainsi, les tendons des gens dont les épaules connaissent assez peu de variation de mouvements pourraient donc avoir tendance à se calcifier par réduction de l’apport sanguin et par besoin accru de résister à ces contraintes de compression.

Nos articulations sont faites pour être mises en mouvement, et nos épaules n’y font pas exception ! Notre ceinture scapulaire semble avoir évolué pour répondre aux demandes des travaux manuels de nos ancêtres. Par ailleurs, pour les tendinopathies de l’épaule en général, on observe une incidence de plus en plus accrue chez la population dite sédentaire. « Use it or lose it », comme disent les anglophones !

Par ailleurs, on sait que des facteurs systémiques (non directement liés à l’utilisation de l’épaule) peuvent aussi influencer l’état des tendons de la coiffe des rotateurs. Le diabète, l’obésité, les problématiques de la glande thyroïde, des déséquilibres hormonaux et des habitudes de vie pro-inflammatoires peuvent prédisposer aux tendinopathies symptomatiques.

 

Calcifications symptomatiques ou pas ?

Observer une calcification à l’examen médical n’est pas une garantie de vivre de la douleur à l’épaule. Plusieurs personnes présentent des calcifications qui sont asymptomatiques. Les recherches nous montrent que la douleur a tendance à apparaître lorsque la calcification est devenue volumineuse et dense et que le système immunitaire ressent la nécessité de la dégrader (les calcifications sont également plus souvent symptomatiques chez les individus en surpoids).

Pour dégrader et réabsorber la calcification problématique, notre organisme va se mettre à créer un réseau vasculaire et nerveux dédié à l’élimination graduelle du calcium en excès. Un radiologue peut observer ces structures lors d’une échographie. C’est ce processus d’angiogenèse qui produit une réaction inflammatoire et qui est accompagné de douleurs désagréables et de limitations de mouvement. Cependant, cette réaction n’a pas lieu en vain.

 

Gestion de la pathologie

Bien que la phase douloureuse d’une tendinite calcifiante puisse être très incommodante, il est important de savoir que la pathologie présente un historique d’évolution naturelle favorable. Les recherches nous montrent qu’environ 70 % des gens présentant une tendinopathie calcifiante symptomatique verront la situation se régler spontanément sur une période de 6 à 9 mois.

Cette durée semble correspondre au temps nécessaire pour l’organisme afin de dégrader et de réabsorber la calcification symptomatique. Durant cette période, les symptômes diminueront graduellement, et l’épaule retrouvera normalement peu à peu ses fonctions.

La première étape de la prise en charge consistera donc à chercher à atténuer la douleur pendant le temps nécessaire à la résolution du problème. Pour cela, plusieurs options s’offrent à vous : médication, réduction temporaire des activités à l’épaule, thérapie manuelle, tractions, exercices légers de l’épaule, etc. Idéalement, combiner les modalités offre un meilleur effet.

En cas de douleur et de symptômes sévères, une injection de corticostéroïde peut être utilisée pour réduire l’inconfort et permettre de bouger le bras plus librement. Finalement, la période des six à neuf mois que dure la résolution du problème peut constituer un moment idéal pour se concentrer sur une modification des habitudes de vie.

La sédentarité participant directement au processus de développement de cette pathologie, il sera recommandé d’essayer d’inclure un minimum de 20 minutes d’activité cardio-vasculaire modérée (p. ex. : marche rapide) tous les jours, ainsi qu’une petite séance d’exercice de renforcement des principaux groupes musculaires de l’épaule environ 2 fois par semaine.

Certaines autres habitudes de vie nocives peuvent jeter de l’huile sur le feu de la douleur musculosquelettique par l’intermédiaire de l’inflammation systémique chronique. Idéalement, il faudra chercher à optimiser, entre autres : le sommeil, l’alimentation et la gestion du stress. Et, autant que possible, réduire la consommation de tabac, d’alcool et de drogues.

 

Chirurgie ?

Pour les 30 % de gens dont l’épaule ne s’est pas significativement améliorée après une période de 9 mois, il existe une procédure chirurgicale simple qui vaut souvent la peine d’être tentée. Il s’agit du lavement calcique, aussi appelé aspiration ou barbotage. Sous anesthésie locale et avec ultrason guidé, un professionnel médical qualifié tentera d’aspirer la calcification avec un instrument. Cette procédure a un taux de réussite de plus ou moins 50 %. Dans l’éventualité où cette intervention ne soit pas appropriée pour vous, l’étape suivante est d’essayer de retirer le dépôt calcique par arthroscopie. Mentionnons que moins de 10 % des gens ont besoin de se rendre à cette étape.

 

RÉFÉRENCES : 

LE GOFF et coll, Assessment of calcific tendonitis of rotator cuff by ultrasonography: comparison between symptomatic and asymptomatic shoulders, Joint Bone Spine, 2010

SANSONE et coll, Calcific tendinopathy of the shoulder: clinical perspectives into the mechanisms, pathogenesis and treatment, Orthop Res Rev. 2018