L’arnaque du gazon et comment se reconnecter avec la nature

Publié le 7 août 2021
Écrit par Gabriel Parent-Leblanc, B. Sc., M. Env.

L’arnaque du gazon et comment se reconnecter avec la nature
A.Vogel / Échinaforce

Je ne vais pas passer par quatre chemins : je déteste le gazon. Non pas l’espèce en tant que telle, mais plutôt tout ce qui se rattache à sa culture : gaspillage d’eau potable, utilisation d’engrais synthétiques, de pesticides, d’insecticides et plus encore. Sans oublier l’utilisation de tondeuses bruyantes et destructrices[1] fonctionnant à base de carburants fossiles…

 

Sérieusement, chaque fois que je me promène en zone habitée et que je vois des gens passer leur tondeuse sur leur beau gazon vert et parfait, je suis fasciné. Je me demande tout le temps « D’où vient cette mode ? À quoi le gazon peut-il bien leur servir ? »

 

Pour moi, c’est l’une des plus grandes arnaques de la société moderne. Hormis pour un terrain de jeu pour les enfants (le gazon résiste très bien au piétinement, mais d’autres plantes le font tout aussi bien, sinon mieux), avouons qu’une belle pelouse, ça fait très 20e siècle. Longtemps (et malheureusement encore) utilisé comme façon d’exprimer son statut social face à ses voisins, il est grand temps de réfléchir à nos habitudes et de dire au revoir à notre pelouse.

 

Après tout, ce n’est pas vrai que la pelouse est toujours plus verte chez le voisin. Dans cet article, je vais faire le procès du gazon et vous offrir de belles alternatives écologiques, agréables qui permettront de faire de votre cour un petit paradis pour la biodiversité.

 

J’invite au banc de l’accusé… M. Gazon.

M. Gazon, on me dit que vous occupez une superficie de 30 à 40 millions d’acres de terrain aux États-Unis et qu’en moyenne, ces superficies utilisent 10 fois plus de pesticides et de fertilisants par acre en comparaison de l’agriculture conventionnelle (Polycarpou, 2010)  ![2]

M. Gazon, qui plus est, on m’informe que la majorité des appareils utilisés pour votre entretien (tondeuses, souffle-feuille, etc.) émettent des gaz à effet de serre (dioxyde de carbone, grand responsable du réchauffement climatique) et des gaz nocifs pour la santé (oxydes d’azote, substance à la base du smog urbain et dangereux pour le système nerveux central des enfants). Aux États-Unis, ces émissions représentent 5 % de la pollution totale de l’air (Jonas, 2020).

Pour finir, M. Gazon, il semblerait que votre entretien demande l’utilisation de 4 à 5 litres d’eau (eau potable dans la majorité des cas) par mètre carré (Écohabitation, 2020).

« Oui, tout cela est vrai, mais je suis beau, propre et tout le monde m’aime ! », affirme M. Gazon.

Après délibération, M. Gazon, vous êtes reconnu coupable de grave pollution (complètement inutilement). Vous êtes condamné à être remplacé par des solutions écologiques et utiles !

 

Solutions pour remplacer le gazon

Trêve de plaisanteries, présentons les différentes solutions qui sont disponibles pour remplacer le gazon ou réduire ses besoins en eau et en pesticides. Car, vous l’aurez deviné, nul besoin de transformer toute sa cour arrière et de retirer entièrement votre gazon pour être écolo. Certaines solutions très simples pourront vous faire économiser temps et argent tout en vous assurant une tranquillité d’esprit.

 

Très simplement, vous avez deux choix : être réactionnaire ou révolutionnaire.

 

Commençons par le réactionnaire : vous désirez garder votre pelouse (ce qui est parfaitement correct), mais vous désirez diminuer ses effets négatifs décrits ci-haut. Bonne nouvelle pour vous : une pelouse bien aménagée n’a besoin d’aucun soin ni même d’arrosage !

 

Surprenant, n’est-ce pas ?

Une bonne stratégie pour éviter complètement l’utilisation d’engrais et de pesticides est d’intégrer le trèfle à votre pelouse. Cela réduira ainsi ses besoins en nutriments, car cette espèce transforme l’azote de l’air en nutriments disponibles dans le sol ! Ce faisant, vous n’aurez plus besoin d’acheter et d’étendre de l’engrais, car cela se fera naturellement ! Et plus vous mettrez d’espèces différentes dans vos aménagements, plus la probabilité que des insectes ravageurs ou agents pathogènes s’attaquent à votre pelouse sera réduite. Vive la biodiversité !

 

Pour ce qui est de la pollution engendrée par les appareils à moteur, la solution est fort simple. Vous pouvez y aller avec une bonne vieille tondeuse activée par votre force motrice ou vous équiper d’une tondeuse électrique à batterie.

 

Pour l’utilisation de l’eau, c’est plus nuancé. Vous pourriez tout de même en avoir besoin, mais en vous équipant d’un baril de récupération d’eau de pluie, vous n’utiliserez pas de l’eau potable, traitée à grands frais (économique et écologique). De même, saviez-vous qu’il est tout à fait normal pour le gazon de jaunir durant les périodes de grande sécheresse ? Pendant cette période, le gazon est tout simplement en dormance et n’a donc pas besoin d’eau. Il va renaître et redevenir beau après la canicule, de manière autonome… Autrement dit, l’arroser pendant cette période est complètement inutile, voire contre-productif.

 

En respectant ces quelques suggestions, vous aurez déjà amélioré de beaucoup l’impact de votre gazon sur l’environnement ! Maintenant, si vous voulez pousser plus loin et aller au-delà de votre dépendance au gazon, vous pouvez vous lancer dans les actions révolutionnaires !

 

Le révolutionnaire comprend que le besoin d’un gazon parfait, c’est une arnaque créée de toute pièce par les capitalistes. Pour lui (ou elle), prendre une heure de son dimanche pour pousser une machine bruyante, odorante et destructrice, c’est de la folie.

 

Si cela résonne chez vous, comme pour moi, vous pourriez regarder pour remplacer le gazon par une autre espèce qui ne demandera pas de soins, comme le thym ou le trèfle. Écohabitation le décrit ainsi :

« le thym tolère le piétinement léger, est très résistant et ne demande que très peu d’entretien, généralement une simple tonte à la fin de la floraison. Car ce qui distingue ce plant qui pousse bien au gros soleil, dans les pentes et les rocailles, ce sont ces petites fleurs pourpres ou blanches qui prospèrent au printemps et à l’automne, pour un effet spectaculaire. Et en plus : ça sent bon… ! » (Écohabitation, 2019).

 

Plusieurs autres espèces peuvent être implantées. En ce sens, je vous recommande de jeter un coup d’œil aux guides d’Écohabition et du Jardinier paresseux, Larry Hodgson :

 

Sinon, et cela est la solution que j’affectionne le plus, il s’agit de remplacer la pelouse par des aménagements comestibles, soit des plates-bandes de petits fruitiers ou des bandes permanentes de jardins[3]. Lâchez-vous lousse ; les possibilités sont infinies ! Et quoi de mieux que de remplacer un problème par une solution d’abondance ! Surtout en cette période où toutes les chaînes d’approvisionnement mondiales semblent tirer de la patte, l’autonomie alimentaire (ou sa poursuite) devrait être sur votre radar !

 

Je vous vois déjà me faire la réflexion : « Oui, mais tout cela me semble être beaucoup de travail et un investissement remarquable ! » Ce à quoi je répondrai que ce n’est pas si pire que cela. Voici une technique que j’ai moi-même utilisée sur mon terrain et qui vous fera économiser pas mal de temps :

 

Extrait de mon article Vitalité du mois de juin 2017

Astuces pour planifier son jardin cet été : techniques et légumes vivaces

  1. Délimitez la zone où vous voulez implanter la nouvelle plate-bande ou le jardin ;
  2. Déposez du papier journal (7 à 10 feuilles, même jusqu’à 30 si vous avez une problématique de mauvaise herbe persistante) ou du carton par-dessus la zone ;
  3. Ajoutez une couche de bonne terre de 20 cm d’épaisseur dans le cas d’une plate-bande ou de 30 cm dans le cas d’un jardin ;
  4. Commencez à jardiner !

 

C’est aussi simple que ça ! Le papier journal / carton se décomposera avec le temps, mais pas avant d’avoir agi comme barrière contre les mauvaises herbes et le gazon. Vous voilà propriétaire d’une nouvelle plate-bande ou jardin exempt d’intrus, et cela, sans trop d’efforts !

 

Bref, le gazon et l’entretien que demande son implantation au Québec sont des vestiges d’une autre époque. Remplaçons l’utilisation d’engrais, de pesticides toxiques et de pétrole par un aménagement diversifié, nourricier et économique. À une époque où nous ne produisons que 30 % des aliments que nous consommons (le reste étant importé à grand coup d’émissions carbone), on gagnerait tous à transformer une quantité significative de pelouse en jardin (Gagné, 2020). Et pourquoi ne pas joindre l’utile à l’agréable ? Vous ne croirez pas le nombre d’oiseaux et d’insectes pollinisateurs qui viendront profiter de votre petit îlot de verdure ! De quoi réjouir n’importe quel ami de la nature !

Bon jardinage !

 

RÉFÉRENCES :

Écohabitation. Du thym au lieu du gazon ? Oh que oui ! 2019. https://www.ecohabitation.com/guides/3377/du-thym-au-lieu-du-gazon-oh-que-oui/ (Consulté le 11 mai 2021).

Écohabitation. Couvre-sol écologique : Les meilleures alternatives pour chouchouter votre jardin (et l’environnement).2020. https://www.ecohabitation.com/guides/3466/gazon-ecologique-meilleures-alternatives-jardin/ (Consulté le 11 mai 2021).

Francoeur, X. W., Dupras, J. et autres. La fin du gazon. Fondation David Suzuki. 2018. https://fr.davidsuzuki.org/publication-scientifique/la-fin-du-gazon-ou-et-comment-complexifier-les-espaces-verts-du-grand-montreal-pour-sadapter-aux-changements-globaux/ (Consulté le 11 mai 2021).

Gagné, M. Et si nous goûtions de nouveau le Québec… Le Devoir. 2020. https://www.ledevoir.com/vivre/alimentation/580664/et-si-nous-goutions-de-nouveau-le-quebec (Consulté le 11 mai 2021).

Jonas, M. Cleaner Air: The Environmental Impacts Of Gas Lawn Mowers. Center for Environmental Transformation. 2020. https://www.cfet.org/cleaner-air-the-environmental-impacts-of-gas-lawn-mowers/ (Consulté le 11 mai 2021).

Polycarpou, L. The Problem of Lawns. State of the Planet, Columbia Climate School. 2010. https://news.climate.columbia.edu/2010/06/04/the-problem-of-lawns/ (Consulté le 11 mai 2021).

[1] Selon l’étude « La fin du gazon » publiée par la Fondation David Suzuki : « la tonte du gazon a pour effet de faire disparaître la quasi-totalité des invertébrés ». De même, quatre semaines seraient nécessaires avant de voir un « faible rétablissement » des populations, si bien que les coupes chaque semaine ou aux deux semaines ne laissent aucune chance à ces insectes. Insectes qui sont bénéfiques, toujours selon l’étude : « une grande partie des insectes éliminés par la tonte des gazons sont des pollinisateurs naturels. » (Francœur et autres, 2018).

[2] Je ne détiens pas les statistiques pour le Canada ou le Québec, mais les banlieues américaines et canadiennes se ressemblent. Tout y est aménagé pour la voiture et le gazon est omniprésent.

[3] Vous pourriez aussi installer un petit étang ou une piscine naturelle !