Le café allié ou ennemi ?

Publié le 16 novembre 2019
Écrit par Chantal Ann Dumas, ND.A.

Le café allié ou ennemi ?
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Le retour des journées froides s’accompagne généralement de nourriture et d’aliments réconfortants.

À ce chapitre, avouez que l’arôme du café fraîchement infusé est difficile à battre ! Jusqu’à récemment, on pouvait même se permettre de succomber à cette amère tentation qui trouve son origine sous forme de boisson au XVe siècle sans se sentir coupable grâce aux nombreuses études nous vantant ses bienfaits considérables. Quelques grands titres sont toutefois venus récemment ternir un peu la réputation de la célèbre boisson. Que faut-il en penser ? Partons ensemble à la découverte du café.

 

La rock star des boissons

Selon l’Association canadienne du café, 81 % des Canadiens âgés de 18 à 79 ans ont bu du café au cours de la dernière semaine, ce qui en fait de loin la boisson la plus consommée. Notre consommation quotidienne est de 2,8 tasses de café, tandis que Starbucks en vend 4 millions par jour ! À l’échelle planétaire, nous ne consommons pas moins de 145 millions de sacs de café annuellement, soit près de 10 millions de tonnes de café.

 

Une saveur douce-amère

Selon Business Insider, le café est le deuxième produit le plus recherché dans le monde, avec une industrie en pleine croissance évaluée à plus de 100 milliards de dollars . Il est cultivé dans plus de 53 pays, mais le tiers du café mondial est produit au Brésil.

Côté environnemental, le caféier étant un arbuste à feuilles persistantes, il contribue de manière importante à la séquestration du carbone et conséquemment, à l’atténuation des changements climatiques. Cependant, bon nombre des fèves que nous achetons ont été cultivées dans des pays sous-réglementant l’utilisation des produits chimiques et des pesticides, de plus en plus associés au cancer et à la maladie de Parkinson. Le café cultivé à l’ombre nécessite moins de pesticides et d’engrais que celui qui croît au soleil, en partie parce qu’il fournit un habitat aux oiseaux et aux insectes qui se nourrissent des parasites du caféier. Malheureusement, environ 60 % du café est présentement cultivé au soleil, et ce pourcentage est en augmentation. De plus, l’histoire de la production de café est inextricablement liée à l’esclavage et au travail des enfants. Il nous incombe donc de poser des choix responsables en la matière et d’opter pour du café de culture biologique et issu du commerce équitable.

 

Caféine, quand tu nous tiens…

La caféine est un principe actif de type alcaloïde de la famille des méthylxanthines présent dans les graines, les feuilles et les fruits de différentes plantes telles que le caféier, la noix de kola, le guarana et le yerba maté où elle agit comme insecticide naturel, paralysant ou tuant les insectes qui s’en nourrissent. Paradoxalement, elle constitue aussi le psychotrope – substance susceptible de modifier l’activité mentale – le plus largement utilisé dans le monde !

Contrairement à la croyance populaire, la caféine ne nous procure pas d’énergie et ne soulage pas réellement la fatigue. Elle a plutôt un effet stimulant sur le système nerveux central, car comme l’alcool et la nicotine, la caféine traverse facilement la barrière hématoencéphalique qui sépare la circulation sanguine du cerveau du reste du corps et modifie la chimie du cerveau. La caféine antagonise l’action de l’adénosine – une substance produite par le corps – ce qui a comme conséquence de provoquer l’augmentation de l’activité nerveuse avec la libération d’adrénaline et de dopamine. Ces neurotransmetteurs sont responsables du sentiment de vigilance résultant de la consommation de caféine et d’une éventuelle dépendance.

Une tasse de café procure en moyenne 150 mg de caféine, mais la teneur varie fortement en fonction du type de grain de café et de la méthode de préparation. On trouve aussi la caféine dans le thé, le chocolat, diverses boissons gazeuses, dans des boissons énergisantes de même que dans plusieurs médicaments.

N.B. Les cafés dits « décaféinés » renferment néanmoins presque tous une petite quantité de caféine. Des solvants tels que le chlore peuvent aussi entrer dans leur fabrication. On peut neutraliser l’effet de la caféine grâce à la théanine, un acide aminé extrait du thé vert offert sous forme de supplément nutritionnel.

 

Bon au goût et pour la santé

En plus de la caféine, le café contient des composés phytochimiques antioxydants appelés « polyphénols » qui combattent les effets nocifs des radicaux libres dans le corps. Comme nous le savons, les radicaux libres endommagent nos tissus et nos cellules et sont associés à la plupart des maladies en plus de contribuer au processus de vieillissement. Voici quelques-uns des bienfaits attribués au café.

 

  • Diabète de type 2 : Une étude publiée dans l’American Journal of Clinical Nutrition en 2012 confirme les résultats d’études antérieures concernant son impact sur la réduction des risques de le développer . Le café stabilise la glycémie et contribue à réduire les fringales de sucre en se liant aux récepteurs opioïdes qui nous font fixer sur le café.
  • Accident vasculaire cérébral (AVC) : Selon une étude de 2011, les femmes qui buvaient plus d’une tasse de café par jour présentaient un risque d’AVC inférieur d’environ 25 % aux autres.
  • Réduction du risque de cancer : La consommation de café a été associée à la réduction du risque de divers cancers, dont ceux du foie, du rein, colorectal et de la prostate, dans plusieurs études.
  • Impact sur le microbiote : Selon une étude datant de 2009, le café entraînait une augmentation du nombre de bonnes bactéries de type Bifidobacterium dans notre flore gastro-intestinale ainsi que leur activité métabolique. Il contribue aussi à la motilité intestinale et peut contribuer à enrayer la constipation.
  • Maladie de Parkinson et maladie d’Alzheimer : Le café aurait aussi une action préventive et protectrice contre ces maladies.

 

Cancérigène, la rock star ?

Récemment, de grands titres nous annonçaient que le café serait cancérigène en raison de son contenu en acrylamide, un sous-produit de la torréfaction, mais aussi de la cuisson des glucides à haute température. Selon le Centre international de recherche sur le cancer, l’acrylamide est classé dans le groupe 2A, soit celui des « probablement cancérigènes pour l’homme ». Cependant, il faut noter que les doses d’acrylamide contenues dans le café – 180 à 350 mcg par tasse – sont bien en deçà des doses potentiellement cancérigènes. Il faudrait en effet consommer 100 tasses de café par jour pour atteindre un taux d’acrylamide toxique ! Une étude épidémiologique néerlandaise publiée en 2008 et menée auprès de femmes postménopausées suivies pendant 11 ans n’a pu établir aucun lien de causalité entre l’ingestion d’acrylamide et l’apparition de cancers.

 

Précautions

Malgré les bons côtés du café, vous savez qu’il n’existe pas de panacée. Voici donc quelques points à prendre en considération.

 

  • Le choix du café : Le préférer frais, issu de fèves entières biologiques.
  • La modération a bien meilleur goût ! Malgré les bienfaits associés au café, on doit le consommer avec modération. Bien qu’une petite quantité de caféine ne pose aucun problème pour la plupart des gens, une consommation excessive peut entraîner insomnie, maux de tête, irritabilité et nervosité. Pour certains groupes, comme les femmes enceintes, les effets sur la santé peuvent être encore plus graves. Santé Canada recommande de limiter l’apport en caféine à 400 mg par jour et à 300 mg par jour pour les femmes enceintes.
  • L’ajout de lait, d’édulcorants et de sucre : Diminue la valeur des bienfaits associés au café.
  • Choisir son moment : Selon Ori Hofmekler, il est préférable de consommer le café à jeun pour bénéficier au maximum de ses propriétés, y compris une augmentation du métabolisme de l’ordre de 20 %. Il serait ainsi avantageux de le consommer avant de faire de l’exercice. Cependant, l’élimination de la caféine étant déterminée génétiquement, certaines personnes sont plus sensibles à la caféine et doivent le consommer tôt en journée.
  • Problème de diminution de la fonction surrénalienne : Si vous souffrez de ce qu’on appelle communément un « épuisement des surrénales », utilisez le café avec précaution, car il peut contribuer à leur fatigue. Optez plutôt pour des tisanes calmantes et nourrissantes.
  • Effet diurétique : Le café ayant une action diurétique, on doit l’éviter si on présente un déséquilibre électrolytique. On doit aussi s’assurer de consommer suffisamment de minéraux tels que le magnésium, le calcium et le fer.
  • Carences en vitamines B : Le café est associé à une élimination accrue de vitamines B, dont les folates. Il convient donc de se supplémenter en vitamines du complexe B si on en consomme sur une base régulière.
  • Évitez les cafés aromatisés : Plus de 80 produits chimiques entrent dans la composition de cafés aromatisés commercialement tels que ceux à la citrouille (Pumpkin spice).

 

Conclusion

Le café est un allié, mais comme pour toute autre substance, on doit le consommer avec modération et être attentifs aux signaux de notre corps. Les réactions indésirables au café sont en fait très souvent causées par des pesticides ou d’autres substances chimiques. Optez définitivement pour un café biologique et essayez différentes marques. Pour des variantes du temps des fêtes, on peut y ajouter des épices comme la cannelle, le clou de girofle et la muscade. On peut aussi le consommer à la mexicaine en y ajoutant de la poudre de cacao, de la cannelle et de la poudre de chili. Oh, oh, oh !

 

RÉFÉRENCES

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