Le nutriment le plus essentiel n’est pas ce que vous pensez

Publié le 15 janvier 2018
Écrit par Daniel-J. Crisafi, nd.a., m.h., ph. d.

Le nutriment le plus essentiel n’est pas ce que vous pensez
GUT-FX fr

Selon vous, quel est l’élément nutritionnel le plus essentiel à la santé?  Est-ce un minéral, une vitamine, un acide aminé ou un acide gras ?

 

Commençons par une définition. Un élément nutritionnel est un élément qui comporte des substances chimiques utilisées par notre corps pour assurer le fonctionnement normal de l’organisme, notamment sa croissance. Les vitamines et les minéraux, tout comme les protéines et les gras, sont donc des éléments nutritionnels. Un élément nutritionnel essentiel en est un dont on ne peut se passer et qu’on ne peut fabriquer. Bon, voilà pour la définition de base. Par contre, je vais y ajouter un autre point. Un élément nutritionnel est normalement absorbé ou consommé par voie orale. Il va de soi que dans certains cas, ces éléments peuvent être obtenus d’autres façons, par un soluté, par exemple. Mais, règle générale, et dans les conditions normales, ceux-ci sont consommés par la voie orale. J’ai voulu peaufiner ma définition afin d’éviter que l’on me dise que c’est l’amour ou l’oxygène, l’élément le plus important. Certes, ils sont importants, voire essentiels, mais pour les fins de cet article, l’élément nutritionnel doit être normalement absorbé par la voie orale et passer par une partie du tube digestif.

La façon d’évaluer la valeur d’une substance pour la santé humaine est de déterminer la quantité de cet élément présent dans le corps. Vous trouverez donc ci-bas le pourcentage moyen de certaines substances. Il va de soi que celles-ci peuvent varier selon l’âge et l’état de santé de l’individu. Cela donne néanmoins une idée importante de la concentration corporelle de ces éléments nutritifs.

L’autre façon d’évaluer la valeur d’un élément nutritionnel est de déterminer la durée de temps que l’on peut vivre sans en consommer.

Dans tous les cas, l’eau a définitivement la priorité.

 

L’EAU, ÉLÉMENT NUTRITIONNEL ESSENTIEL

Avez-vous déjà remarqué que lorsque les scientifiques évaluent la faisabilité de la vie sur une planète, ils se posent toujours la question suivante : y a-t-il de l’eau ? Eh oui, la présence d’eau sur une planète est la condition sine qua non de la possibilité qu’il y ait de la vie. Sans eau, il n’y a pas de vie, sur Terre tout comme dans l’espace.

La quantité d’eau que renferme le corps humain est un indicateur incontournable de son importance pour la santé humaine. En effet, le corps renferme deux fois plus d’eau que de minéraux, vitamines, gras et protéines réunis. Mais son importance n’est pas que quantitative, elle est aussi qualitative.

 

RÔLE DE L’EAU

Voici quelques exemples des effets importants de l’eau dans le corps…

L’eau permet d’humecter tous les tissus du corps. Ce sont l’eau et le gras qui permettent en grande partie une certaine cohésion dans notre corps. Enlevez l’hydratation du corps et vous vous retrouvez avec un amas sec et non fonctionnel.

L’eau protège les organes et les tissus du corps en les hydratant. L’eau sert, un peu comme de l’huile dans un moteur, d’agent qui réduit la friction. À titre d’exemple, la lubrification des articulations requiert de l’eau.

L’eau aide à dissoudre les minéraux et à digérer les protéines. En effet, le processus par lequel le corps digère et utilise les protéines se nomme hydrolyse. La production d’énergie est aussi activée par l’hydrolyse. C’est par hydrolyse de l’ATP que l’énergie est libérée des cellules. On peut définir l’hydrolyse comme étant la « décomposition chimique d’une substance par l’action directe ou indirecte de l’eau, de façon à ce qu’il apparaisse de nouvelles molécules » (Centre national de ressources textuelles et lexicales).

L’eau est essentielle dans la régulation de la température du corps. Sans eau, il ne peut y avoir de modification de cette température. C’est en retenant de l’eau ou en la libérant que le corps gère la température de son milieu interne. Ne transpire-t-on pas lorsque l’on a très chaud ?

L’eau est un solvant. Elle permet la décomposition puis la dilution des déchets organiques, pour les éliminer par les reins ou la peau.

Finalement, l’eau est nécessaire au transport des nutriments et de l’oxygène vers les cellules.

 

CONSÉQUENCES DE LA DÉSHYDRATATION

« La déshydratation correspond à une diminution excessive, voire à la quasi-élimination de l’eau contenue dans nos tissus » (Future Science). Il existe en réalité trois formes de déshydratation, le type aigu, la déshydratation chronique et la déshydratation sous-clinique.

 

Déshydratation aiguë et chronique

Ladéshydratationaiguëestunensembledetroublesrésultantdela perte par l’organisme d’une quantité importante d’eau. Celle-ci est la cause principale de décès chez le nourrisson. Chez l’adulte, la déshydratation aiguë survient généralement après un événement précis de courte durée qui cause soit une importante baisse de l’apport d’eau, soit une importante perte d’eau ou les deux. Pensons à quelqu’un qui perd de l’eau durant une forte gastro ou à quelqu’un qui se déshydrate après une activité physique intense telle un marathon. Cette déshydratation peut aussi être causée par une importante perte d’eau à la suite de la consommation excessive d’un diurétique tel que l’alcool.

 

Les signes généralement associés à ce type de déshydratation comprennent :

  • soif importante
  • bouche sèche
  • fatigue ou somnolence
  • urine plus jaunâtre qu’à l’habitude (ne pas confondre ici avec l’urine jaune vif causée par la prise de vitamine B2)
  • mal de tête
  • peau sèche
  • étourdissements

 

La déshydratation chronique est de plus longue durée, parfois des semaines ou des mois. Celle-ci peut être causée par la prise de diurétiques (certains médicaments, certaines plantes médicinales, l’alcool, la caféine ou le thé). Elle peut être causée par la consommation insuffisante d’eau tout comme par des pertes hydriques chroniques (diarrhée, hémorragie, vomissements).

Les symptômes seront les mêmes que ceux de la déshydratation aiguë, mais de longue durée. La personne qui est chroniquement déshydratée peut aussi développer des symptômes plus importants tels que :

  • baisse importante de la pression artérielle (hypotension)
  • rythme cardiaque rapide
  • fièvre
  • élasticité cutanée réduite
  • léthargie
  • confusion
  • convulsions (dans les cas extrêmes)

 

Déshydratation sous-clinique

Si les naturopathes ont toujours souligné l’importance de l’hydratation pour la santé humaine, c’est en grande partie grâce aux travaux d’un médecin iranien, le Dr Batmanghelidj, que nous commençons à réaliser que la déshydratation a des effets beaucoup plus subtils que ce que nous avions pu imaginer auparavant. Pour en savoir plus sur ce chercheur et ses découvertes, je vous encourage à lire son livre, Votre corps réclame de l’eau — Effets méconnus de la déshydratation.

L’une des choses que le Dr Batmanghelidj a démontrées est l’effet de la déshydratation sous-clinique. Cette forme de déshydratation est, tout comme la carence nutritionnelle sous-clinique, particulièrement insidieuse, car l’individu ne manifeste pas les symptômes généralement associés à la déshydratation aiguë ou chronique. De plus, les symptômes de la déshydratation sous-clinique sont souvent confondus avec d’autres désordres importants. Parmi ces symptômes non typiques, notons les suivants :

  • douleurs gastriques et brûlements d’estomac
  • douleurs articulaires
  • douleurs lombaires, asthme
  • hypertension artérielle (voir le livre du Dr Batmanghelidj à ce sujet)
  • migraines
  • histadélie (excès d’histamine)
  • toxémie
  • cystites
  • problèmes cognitifs (manque de concentration ou baisse de mémoire)

Ce phénomène est d’autant plus difficile à circonscrire cliniquement, car l’excès d’histamine peut causer des symptômes aussi bien psychologiques que physiologiques. En effet, l’excès d’histamine peut causer des réactions allergiques, mais aussi de l’insomnie, de l’anxiété ou de la dépression.

Le corps doit retenir un certain niveau d’hydratation, faute de quoi il ne peut fonctionner comme il le faut. Or, il utilise aussi l’eau pour diluer puis éliminer divers déchets. Un corps ayant à choisir entre une déshydratation potentiellement dangereuse ou une rétention de déchets métaboliques optera toujours pour la deuxième solution. En effet, une déshydratation peut causer ce que nous appelons en naturopathie une « intoxication », c’est à dire une rétention de déchets biochimiques. Cette rétention de déchets aura à son tour divers effets néfastes selon le type et la quantité de déchets retenus.

Il est bien évident qu’une déshydratation sous-clinique peut être à la source de divers désordres de santé auxquels ce phénomène n’est généralement pas associé. Si vous êtes aux prises avec l’un ou plusieurs des symptômes mentionnés plus haut, il est possible que la déshydratation en soit une cause directe aussi bien qu’aggravante. La solution sera donc aussi simple que de se réhydrater.

 

COMMENT SAVOIR ?

Comme la déshydratation du type mentionné ci-haut n’est pas clinique, il n’y a donc pas d’analyse subjective qui puisse en diagnostiquer la présence. Il n’y a qu’une seule façon d’évaluer le rôle de la déshydratation dans le développement ou l’intensification des symptômes. Il faut se réhydrater ! Voici comment faire :

  1. Coupez toutes les substances déshydratantes pendant au moins trois semaines afin d’en évaluer les effets. Celles-ci comprennent les boissons et jus sucrés, les jus de fruits naturels, les boissons énergisantes et les boissons gazeuses, l’alcool, le thé, les tisanes et la caféine. Si vous craignez d’avoir des maux de tête en coupant le café, sachez que ceux-ci ne durent qu’environ sept jours. Si c’est trop pour vous, réduisez votre consommation de café à deux tasses d’espresso (1,5 oz ou 45 ml) par jour.
  2. Si ce n’est déjà fait, coupez ou réduisez considérablement la consommation de sucres simples, particulièrement le sucrose (sucre blanc), le fructose et le dextrose.
  3. Buvez au moins trois litres d’eau pure par jour. Préférez l’eau de source ou filtrée. La seule autre boisson permise est le jus de légumes, de préférence frais.
  4. Observez la différence après trois semaines.

 

LES CAS PARTICULIERS

Certaines personnes ont besoin d’augmenter leur consommation d’eau de façon importante. Notons ici…

  • Celles et ceux qui ont les selles molles ou la diarrhée fréquente.
  • Les personnes qui consomment de l’alcool régulièrement.
  • Celles et ceux qui transpirent beaucoup.
  • Les personnes qui urinent trop.
  • Celles et ceux qui consomment des médicaments dont l’effet est l’augmentation du débit urinaire.

 

CONCLUSION

La consommation d’eau est un outil prophylactique et thérapeutique de pointe. Malheureusement, c’est un outil trop simple et trop abordable pour qu’il soit inclus dans notre réflexe thérapeutique. Lorsque nous sommes affectés par des problèmes de santé, le premier réflexe devrait être d’augmenter notre consommation d’eau et de réduire, voire d’éliminer, notre consommation de diurétiques. L’eau est en effet le nutriment le plus important. Par conséquent, consommer suffisamment d’eau et en limiter les pertes inutiles sont deux stratégies essentielles dans la prévention et le traitement de la maladie.

 

RÉFÉRENCES

Disponibles à la demande du lecteur.

 

FAQ.

Lorsque je consomme beaucoup d’eau, j’urine trop souvent. Que faire ?

La vessie, tout comme l’estomac avec les aliments, s’adapte à une quantité moindre d’urine. Lorsque la quantité d’urine augmente, celle-ci doit s’adapter. Il en résulte une augmentation temporaire du besoin d’uriner. Dans la majorité des cas, ce « problème » dure d’une à quelques semaines. Vous pouvez commencer à augmenter votre consommation d’eau graduellement. Certains trouvent que d’augmenter leur consommation quotidienne de 250 ml aux 3-4 jours minimise « l’effet urinaire ».

 

Les jus de légumes remplacent-ils la consommation d’eau ?

Oui et non. Les jus de légumes de qualité, surtout s’ils sont frais et faits de légumes biologiques, sont une bonne source d’hydratation. Par contre, le céleri, même bio, est légèrement diurétique. Cela dit, la majorité des jus de légumes commerciaux n’ont pas d’effet positif par rapport à l’hydratation.

 

Je fais de l’hypertension artérielle. N’est-il pas contre-indiqué de consommer plus d’eau ?

Non, au contraire. Dans un premier temps, l’hypertension classique n’est généralement pas causée par un excès d’eau, mais bien par un déséquilibre entre le sodium et le potassium. Il y a d’autres raisons pour l’hypertension, telles qu’une carence en magnésium, mais la première est celle qui retient le plus l’attention médicale. Deuxièmement, les recherches du Dr Batmanghelidj ont démontré que dans la majorité des cas, l’hypertension s’améliore en augmentant la consommation d’eau.

 

Un enfant d’âge scolaire peut-il avoir une déshydratation sous-clinique ?
Assurément. Chez l’enfant, cette déshydratation peut se manifester de différentes façons, y compris de la léthargie, des problèmes de concentration et des maux de tête. Le problème est que l’enfant se désaltère souvent avec des jus, lesquels ne font qu’aggraver la déshydratation.

 

Je n’aime vraiment pas l’eau. Que puis-je boire à la place ?

Essayez d’ajouter de la saveur à l’eau afin de la rendre plus « acceptable ». Vous pouvez par exemple y ajouter de l’essence naturelle d’agrumes ou d’un autre fruit. L’essence naturelle, utilisée en cuisson, ne contient pas le sucre du fruit ou son acidité. Certains ont utilisé de l’essence naturelle de vanille ou de chocolat avec succès. Il existe certaines eaux agrémentées de saveurs, telles que celle du citron ou la lime. Ces eaux sont acceptables à condition qu’elles ne soient pas sucrées.

 

Je fais du sport et je prends de la créatine. N’est-ce pas suffisant pour améliorer ma rétention d’eau ?
La créatine améliore en effet la rétention d’eau sur le plan musculaire, ce qui permet un meilleur fonctionnement musculaire. Par contre, on ne retient pas ce que l’on n’a pas ! Si vous n’êtes pas suffisamment hydraté, il n’y a pas grand-chose à retenir. Donc, il faut consommer suffisamment d’eau. D’ailleurs, des études suggèrent que la consommation de créatine augmente de beaucoup le besoin d’eau.