Le polystyrene, le rejet du bac de récupération

Publié le 13 janvier 2019
Écrit par Gabriel Parent-Leblanc. B. Sc., M. Env.

Le polystyrene, le rejet du bac de récupération
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Saviez-vous qu’un des types de plastique que l’on utilise couramment n’est pratiquement pas recyclable au Québec ?

Il s’agit du plastique no6, soit le polystyrène (PS).

 

Pour vous donner un exemple concret, la majorité des pots de yogourt, qui ont l’air d’être composés d’un plastique tout à fait commun et recyclable, ne sont acceptés que dans le tiers des centres de tri de la province. Dans la majorité des régions, peu importe que vous mettiez ces matières (tous les plastiques no6) dans votre bac de recyclage ou à la poubelle, ils se retrouveront au dépotoir.

 

De nombreuses raisons expliquent la situation, mais mentionnons la principale : le polystyrène est composé à plus de 90 % d’air, ce qui enfait un matériau extrêmement léger. Vu sa faible masse volumique (même les gros morceaux ne pèsent pratiquement rien), le transport de la matière vers les centres de traitement est considéré comme trop onéreux pour être rentable (Recyc-Québec, 2018).

La situation au Québec est peu envieuse. Effectivement, sur les 24 centres de tri municipaux de la province, seulement 3 traitent le polystyrène expansé1 et 8 le font pour le polystyrène rigide (Recyc-Québec, 2018). Ce qui fait en sorte que « seulement 18 % des Québécois ont accès à un service de récupération du polystyrène rigide par l’entremise de la collecte sélective, alors que cette proportion est de 70 % à travers le Canada. Pour les 2 autres types de polystyrène, le taux augmente à 36 %, loin derrière l’Ontario (55 %) et la Colombie- Britannique (100 %). » (Rettino-Parazelli, 2017.)

 

Au Québec, c’est le Regroupement Recyclage Polystyrène (RRPS) qui a pour mission « d’assurer la récupération et le recyclage des contenants et emballages de PS post-consommation » (Recyc-Québec, 2018). C’est grâce à ce regroupement que quelques régions du Québec ont accès à la collecte du PS via leur bac de recyclage. Voici une liste non exhaustive de toutes les régions desservies au moment d’écrire cet article (octobre 2018) :

 

La ville de Québec, la ville de Montréal, la ville de Sherbrooke, la MRC de Rimouski-Neigette, la ville de Matane, les MRC de La Matapédia et de La Mitis, la MRC de Rouville, la MRC de La Haute-Yamaska, la MRC du Haut-Saint-François, la MRC des Laurentides, la Régie des matières résiduelles du Lac- Saint-Jean et la Régie inter-municipale de gestion des matières résiduelles de Brome-Missisquoi (Recyc-Québec, 2018).

 

Pour le reste des régions, vous pouvez vérifier avec votre écocentre s’il accepte la matière. Sinon, ce sera malheureusement, par dépit, la poubelle…

 

Polystyvert

Dans les années à venir cependant, la situation pourrait changer vers le mieux, grâce à quelques initiatives innovantes ! Mentionnons tout d’abord l’usine modèle de la compagnie Polystyvert, inaugurée en août 2018 dans l’arrondissement d’Anjou, à Montréal.

Cette usine risque de changer les règles du jeu : le polystyrène est dissous dans une huile naturelle, et sous cette forme, « 10 fois plus de polystyrène peut être transporté du lieu de collecte à l’usine de recyclage » (Grondin, 2018). Une fois transporté à l’usine de Polystyvert, le PS est extirpé du mélange, purifié puis assemblé en granules pures à 99 %, qui seront prêtes à être réutilisées !

La compagnie assure que son usine pourra recycler jusqu’à 600 tonnes de polystyrène par année, soit plus de 6 fois ce qui est généré au Québec ! Quelle bonne nouvelle !

 

Meubles en béton PS

D’autres compagnies se sont également mises au défi de trouver des avenues pour réutiliser le PS. C’est le cas des entreprises Simax et du Groupe Gagnon, qui ont développé une nouvelle technologie de béton léger utilisant le polystyrène. Le matériel, qui est composé à plus de 50 % de PS, est utilisé pour l’instant dans la création de mobilier urbain (tables à pique-nique, bancs, fauteuils et bacs à fleurs, etc.).

Le béton qui en résulte offre des caractéristiques intéressantes : hydrofuge, plus léger qu’un béton conventionnel et très fort structurellement (Brassard, 2018). Ce béton pourrait donc être utilisé dans beaucoup d’autres produits dans le futur…

 

Quoi faire en attendant ?

Ces deux innovations sont vraiment encourageantes, mais de manière réaliste, ce n’est pas demain matin que tous les Québécois pourront déposer leur polystyrène dans le bac de récupération pour qu’il soit recyclé convenablement.

Il serait sage de travailler sur la réduction à la source, c’est-à-dire réduire la quantité de polystyrène que nous utilisons. Après tout, peu importe la quantité utilisée, celui-ci se retrouvera aux poubelles, et il n’y a pas grand-chose que nous puissions faire pour nous assurer du contraire en attendant l’intégration du PS dans la collecte sélective.

Bien sûr, certains polystyrènes sont plus durs à éviter que d’autres. Par exemple, les emballages de protection pour les appareils électroniques et ménagers se retrouvent dans pratiquement toutes les boîtes d’appareils neufs. Bien sûr, pour l’éviter, il y aurait l’option d’acheter usagé, mais pour des items neufs, il n’y a pas vraiment de moyen de les éviter. Et on pourrait argumenter sur l’utilité de cette matière… Après tout, elle est légère et protège les appareils. Une matière plus écologique, mais plus lourde viendrait ternir l’empreinte écologique à cause de l’énergie supplémentaire utilisée pour le transport ! Qui plus est, ce polystyrène est celui qui vaut le plus cher sur le marché de la récupération (Recyc-Québec, 2016).

Là où ce serait le plus logique d’agir, c’est au niveau du polystyrène alimentaire. En plus d’être nocif pour la santé, il existe tellement d’autres solutions pour ranger nos aliments que ça en devient gênant. Un truc très simple que j’utilise souvent est d’amener une tasse réutilisable avec moi. Si jamais je désire me procurer une boisson chaude, du café par exemple (oui, je suis un drogué du café !), je peux ainsi demander à ce que ma tasse en soit remplie plutôt qu’un gobelet muni d’un couvercle en PS. 

Je vais répondre à cet argument que j’entends souvent par cette citation : « Tim Hortons vend 2 milliards de tasses de café par année, la plus grande partie dans des gobelets jetables » (Greenpeace, s.d.). Ça ne peut être qu’un gobelet, mais combien de boissons achetez-vous dans une année ? Tous ces gobelets ou couvercles non biodégradables seront encore en parfait état dans un dépotoir, à votre mort. Pensez-y-bien !

 

Pour finir, quand vous faites l’épicerie, efforcez-vous de regarder le numéro du plastique des articles que vous achetez. Le polystyrène rigide, en particulier, ressemble beaucoup à d’autres types de plastique. À titre d’exemple, les pâtisseries sont souvent emballées dans une barquette de PS (facilement reconnaissable) avec un plastique rigide transparent sur le dessus. Or, ce plastique est également du polystyrène ! Évitez ces produits ou demandez au commis s’il y a des pâtisseries en vrac pouvant être déposées dans vos propres contenants que vous aurez amenés de la maison (truc zéro déchet).

Bref, notre manière de gérer une matière pratique et polyvalente, le polystyrène, est problématique en raison de sa faible masse volumique et de sa nature non biodégradable. La majorité des centres de tri québécois n’acceptent pas le PS, si bien que la presque totalité du PS que nous utilisons se retrouve au dépotoir plutôt que d’être réutilisé ou recyclé.

Le logo à reconnaître pour identifier le polystyrène

 

Heureusement, des initiatives entrepreneuriales innovantes ont récemment vu le jour : l’usine de Polystyvert, grâce à son procédé révolutionnaire de dissolution, pourrait faciliter et même révolutionner le domaine. En attendant que le PS soit accepté dans la collecte sélective dans votre région, pourquoi ne pas réduire votre utilisation, en particulier dans le domaine alimentaire, où le polystyrène n’a qu’une utilité de quelques minutes à peine avant de se retrouver au dépotoir à tout jamais ?

 

Comme le dit l’écosociologue Laure Waridel, « acheter, c’est voter ! » Votez donc pour une utilisation intelligente des ressources en choisissant des matières facilement recyclables, ou encore mieux, en utilisant des contenants réutilisables !

 

1 Pour cette référence, le polystyrène extrudé et le polystyrène expansé sont regroupés dans le terme « polystyrène expansé ».

 

Références

Brassard, D. « Un béton innovateur pour recycler le polystyrène », Radio-Canada, [En ligne], 2018. [https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1126781/betonpolystyrene-environnement-recyclage]

(Page consultée le 5 octobre 2018).

Greenpeace. « Million acts of blue – Faits saillants et informations ».

[En ligne]

[https://docs.google.com/document/d/1deR-Ond4Sv17J6kiViEbYYUVOEtS88LA0QTqclxF6o]

(Page consultée le 5 octobre 2018).

Grondin, N. « Dissoudre le polystyrène pour le recycler », Radio-Canada,

[En ligne], 2018.

[https://ici.radiocanada.ca/nouvelle/1119127/dissoudre-polystyrene-recyclage-usine-polystyvertanjou] (Page consultée le 5 octobre 2018).

Recyc-Québec. Guide technique sur la mise en valeur du polystyrène post-consommation,

[En ligne], 2016.

@https://www.recycquebec.gouv.qc.ca/sites/default/files/documents/guide-technique-polystyrene.pdf] (Page consultée le 4 octobre 2018).

Recyc-Québec. Fiche d’information sur les produits de la collecte sélective – Polystyrène,

[En ligne], 2018.

[https://www.recycquebec.gouv.qc.ca/sites/default/files/documents/fichepolystyrene.pdf ]

(Page consultée le 4 octobre 2018).

Rettino-Parazelli, K. « Le polystyrène, ce mal-aimé du bac de recyclage », Le Devoir,

[En ligne], 2017.

[https://www.ledevoir.com/societe/environnement/515088/le-polystyrene-ce-mal-aime-du-bac-derecyclage]

(Page consultée le 5 octobre 2018).

Ville de Montréal. Récupération du plastique no 6,

[En ligne].

[http://ville.montreal.qc.ca/portal/page_pageid=7237,117249575&_dad=portal&_schema=PORTAL] (Page consultée le 4 octobre 2018).consultée le 4 septembre2018).

Sources

Acdx. Expanded polystyrene foam dunnage, 2006.

[Photo disponible via Creative Commons BY-SA 3.0]. ]

(Page consultée le 4 octobre 2018).

Hispalois. Envase de yogur, 2012. [Photo disponible via Creative Commons BY-SA 3.0].  [https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Envase_de_yogur.jpg]

(Page consultéele 4 octobre 2018).

Renee Comet. BreakfastSandwich, 2007.

[Photo disponible via Creative Commons BY-SA 3.0].

[https://commons.wikimedia.org/wiki/File:BreakfastSandwich.jpg]

(Page consultée le 4 octobre 2018).