Le syndrôme du colon irritable

Publié le 15 novembre 2018
Écrit par Marie Michèle Breton, nd.a.

Le syndrôme du colon irritable
Herbasante FR

Le syndrome du côlon irritable (SCI), aussi appelé « syndrome de l’intestin irritable » (SII), serait présent chez environ 20 % de la population.

 

Vous avez bien lu : le syndrome du côlon irritable est bien un syndrome et non une maladie en soi. Le syndrome de l’intestin irritable est souvent diagnostiqué lorsque les « vraies » pathologies intestinales sont écartées (colite, maladie de Crohn, maladie cœliaque…). La gravité, le type et la fréquence des symptômes varient d’une personne à l’autre, selon le type d’alimentation, la prise de médicaments, les facteurs de stress et le mode de vie.

D’autres malaises ont tendance à être associés à ce syndrome, comme les menstruations douloureuses, le syndrome de fatigue chronique et la fibromyalgie.

 

Les symptômes du SCI sont multiples. Voici les principaux :

  • Des douleurs et des crampes abdominales ;
  • De la constipation ou de la diarrhée, parfois en alternance ;
  • Des ballonnements et des flatulences ;
  • Une activité intestinale bruyante (connue sous le nom de « borborygmes ») ; • Un besoin parfois urgent d’aller à la selle ;
  • Une sensation d’évacuation incomplète des selles ;
  • Du mucus dans les selles.

 

Généralement, on distingue trois sous-catégories du syndrome :

  • Syndrome avec douleur et diarrhée ;
  • Syndrome avec douleur et constipation ;
  • Syndrome avec douleur, alternance entre diarrhée et constipation.

A l’heure actuelle, il n’y a pas de traitement médical précis pour ce syndrome. Il faut se pencher sur les causes sous-jacentes, c’est-à-dire jouer au détective pour comprendre ce trouble digestif.

 

Causes et facteurs prédisposant au SCI

Sensibilités alimentaires et intestin perméable

Les sensibilités alimentaires peuvent être multiples. Les principaux déclencheurs rencontrés en Amérique du Nord sont le blé, les produits laitiers, les œufs (blancs) et les amandes. Le lien avec le SCI et les sensibilités alimentaires serait un facteur auto-immun, c’est-à-dire la production d’IgG provoquée par ces aliments1.

La perméabilité intestinale ou leaky gut syndrome est la résultante d’une muqueuse intestinale absorbant les particules de protéines qui ne sont pas complètement digérées. Normalement et idéalement, la membrane intestinale devrait être imperméable et n’assimiler que les protéines complètement digérées (sous forme d’acides aminés). La perméabilité intestinale permet aux substances qui sont généralement incapables de franchir la barrière de l’intestin d’entrer dans la circulation sanguine.

Certains composés alimentaires ont la capacité d’améliorer la situation en inhibant l’inflammation et le stress oxydatif de la paroi intestinale. La glutamine est l’un des 20 acides aminés impliqués dans la synthèse des protéines. C’est aussi un des carburants majeurs pour les cellules intestinales.

 

Dysbiose, flore intestinale et SIBO

Selon certaines données, jusqu’à 25 % des cas de syndrome de l’intestin irritable surviennent après une infection gastro-intestinale2. L’hypothèse d’un déséquilibre de la flore intestinale est aussi à explorer.

La SIBO (small intestinal bacterial overgrowth) survient lorsqu’une trop grande population bactérienne s’implante dans l’intestin grêle. Depuis un bon moment, la SIBO est un sujet populaire. Cependant, il s’agit d’un sujet tabou dans le domaine de la médecine conventionnelle en raison de l’absence de méthodes de diagnostic claires. Les données nous disent que de 4 % à 78 % des gens souffriraient de SCI avec une SIBO3.

Selon le DrPimentel, pionnier dans les recherches sur la SIBO et auteur du livre A New IBS Solution, les symptômes de la SIBO sont très semblables à ceux du côlon irritable.

Certains facteurs qui altèrent la motilité, telle qu’une chirurgie abdominale ou certains médicaments, permettent aux bactéries de mieux s’ancrer dans l’intestin grêle. Les bactéries productrices de méthane (gaz) sont également associées à une motilité altérée. À mesure qu’elles augmentent, leurs effets sur la flore intestinale humaine permettent d’accroître leur habileté à se multiplier. Une diminution d’acide gastrique en raison de l’âge ou de l’utilisation de certains médicaments inhibiteurs de la pompe à protons pour le reflux pourrait aussi rendre l’intestin vulnérable à certaines bactéries4. Pour cette raison, il est important d’avoir un bon pH gastrique, c’est-à-dire suffisamment d’acide chlorhydrique.

 

Sérotonine ?

Certains chercheurs pensent qu’un taux anormal de sérotonine dans le tube digestif pourrait être une des causes du syndrome. Cela pourrait expliquer pourquoi de nombreuses personnes touchées par le syndrome du côlon irritable souffrent également d’anxiété et de dépression. Il faut savoir que la sérotonine a un effet important sur l’humeur et les mouvements intestinaux5. La sérotonine est également produite à 80 % dans l’intestin grêle, d’où l’importance d’avoir une bonne santé intestinale.

 

Stress

Le stress chronique peut en effet perturber la fonction digestive, comme bien d’autres systèmes. L’axe HPA (hypothalamo-hypophysaire) régule la sécrétion des hormones de stress et peut être déséquilibré chez certains individus. L’adoption de techniques relaxantes (tai-chi, yoga, respiration et médiation) est à privilégier pour activer le système parasympathique.

 

Pistes de solution

En pratique, réduire le nombre de glucides dans l’intestin en adoptant la diète réduite en FODMAP peut aider à réduire les symptômes. Les FODMAP, acronyme désignant un groupe de glucides à chaînes courtes (oligosaccharides, disaccharides, monosaccharides et polyols fermentes-cibles) ont tendance à fermenter une fois ingérés et par le fait même occasionnent des gaz, des douleurs et des ballonnements. Ce processus se produit même chez les individus en bonne santé. Les personnes avec le SCI étant plus sensibles, elles bénéficieront d’une alimentation faible en FODMAP.

 

Les principaux aliments riches en FODMAP :

  • Les légumineuses ;
  • Certains légumes (oignons, choux, asperges, artichauts, brocoli, chou-fleur) ;
  • Certains fruits, surtout les pêches, les pommes, le melon d’eau, les poires, les mangues, les prunes et les nectarines ;
  • Le blé et les produits transformés à base de blé (céréales à déjeuner, pains, biscottes…)
  • Les produits laitiers (à cause du lactose) ;
  • Les édulcorants (xylitol, sorbitol, maltitol), le miel, lesiropderizetdemaïs;
  • Le miel, le sirop d’érable et les céréales raffinées.

Les experts en santé digestive recommandent de suivre une diète réduite en glucides durant environ trois à six semaines. Ce concept fut développé en Australie à la Monash University. Le taux d’efficacité est d’environ 75 % pour réduire les symptômes. Ce concept alimentaire serait celui qui obtient les meilleurs résultats en ce qui a trait au syndrome du côlon irritable. Par contre, comme les risques de carence sont élevés, il n’est pas conseillé de poursuivre cette diète stricte à long terme, mais plutôt d’agir sur la prolifération des bactéries pathogènes. Dans ce cas, les probiotiques et autres agents antimicrobiens agissent en parallèle. Demandez l’aide d’un professionnel de la santé.

L’apport de suppléments d’enzymes digestives, de bétaïne, de certaines plantes (comme le curcuma et le gingembre), les bouillons d’os maison et l’huile de coco sont de précieux alliés. Cela résume bien les avenues naturopathiques.

 

RÉFÉRENCES

1 www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/15361495?dopt=Abstract&holding=npg

2 www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/17991338?ordinalpos=4&itool=

3 onlinelibrary.wiley.com/doi/full/10.1111/apt.12456

4 www.nghd.pt/nghd/images/ppi_and_int._bacterial_overgrowth.pdf

5 Pubmed. IBS – Review and What’s New, [en ligne], www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC1781307/.

6 The International Foundation for Functional Gastrointestinal Disorder, [en ligne], ibstreatmentcenter.com/ibs-treatment.