Le syndrome du piriforme

Publié le 20 octobre 2018
Écrit par Nicolas Blanchette, B. Sc. kinésiologie, D.O.

Le syndrome du piriforme
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Le syndrome du piriforme met en jeu deux structures anatomiques intimement liées.

 

La première est un muscle profond de la hanche : le piriforme (ou muscle pyramidal), qui donne son nom au syndrome. La seconde structure est un nerf : le fameux nerf sciatique. Ce syndrome, d’ailleurs, est l’une des causes de la populaire « sciatalgie », un trouble que l’on appelle communément « sciatique ». Il est caractérisé par la présence de douleur dans la région de la fesse ou de la hanche. L’inconfort peut aussi irradier jusqu’à la cuisse et même jusqu’au mollet. Il se répand aussi fréquemment dans la région lombaire. D’ailleurs, il a été estimé que près de 6 % des gens souffrant d’un mal de dos (lombalgie) souffriraient en fait du syndrome du piriforme. Certaines études placent ce pourcentage beaucoup plus élevé – jusqu’à 35 % !

Étant donné que les symptômes ressemblent à s’y méprendre à ceux d’autres malaises, il est facile, même pour un professionnel de la santé, de passer à côté de ce syndrome. En pratique, il est souvent confondu avec un syndrome sacro-iliaque, une bursite de la hanche, une irritation nerveuse ou encore une hernie discale.

Habituellement, si la douleur a pour origine une pathologie de la colonne vertébrale, elle augmentera avec les mouvements impliquant le rachis : par exemple, se pencher pour attacher ses souliers pourrait apporter des sensations fort déplaisantes. Cependant, avec le syndrome du piriforme, les mouvements de la colonne vertébrale ne modifient généralement pas beaucoup la perception de la douleur du patient. La radiographie et l’imagerie par résonnance magnétique ne permettront pas non plus d’expliquer les symptômes ressentis par la personne qui en souffre. Par contre, ces mêmes symptômes peuvent être exacerbés par des mouvements impliquant davantage la hanche : croiser les jambes, par exemple, peut fréquemment amplifier la douleur présente avec le syndrome du piriforme.

Ce trouble touche davantage les femmes que les hommes. Bien que la raison de cette différence doive être clarifiée, elle s’explique sans doute par la prédisposition naturelle des femmes à une plus grande souplesse ligamentaire de la région du bassin. La stabilisation de ce dernier lors des efforts physiques exigerait un effort plus important de la musculature (dont le piriforme).

 

Anatomie du syndrome

Le muscle piriforme est en relation étroite avec le nerf sciatique. En effet, chez la grande majorité des gens (jusqu’à 90 %), le nerf sciatique perce le bassin à travers un trou appellé « grand foramen sciatique ». Le nerf émerge ensuite sous la limite inférieure du muscle piriforme. Des études ont cependant rapporté qu’il existe des variations anatomiques à ce trajet. En effet, chez 22 % des gens, le nerf sciatique passe à travers le muscle piriforme lui-même, prédisposant les gens qui présentent cette configuration à développer le syndrome.

La douleur ressentie en présence du syndrome du piriforme s’expliquerait par la présence d’inflammation et de congestion locales causées par la compression musculaire exercée sur de petits nerfs et vaisseaux sanguins. Notons que l’un de ces nerfs périphériques est le nerf pudendal, qui innerve les organes génitaux. Lorsque ce nerf est irrité ou comprimé dans certains cas de syndrome du piriforme, les patients peuvent même souffrir de douleur pelvienne.

La cause de ces irritations et compressions peut être directe (chute sur la fesse, compression du nerf par le portefeuille en position assise, ou position assise prolongée sur une surface dure) ou indirecte : spasme musculaire résultant d’une activité sportive intense, longue ou inhabituelle. Le symptôme le plus fréquemment rapporté est une douleur à la fesse après une position assise prolongée (généralement, de 10 à 20 minutes).

 

Dépistage du syndrome

Dans tous les cas, il vaut mieux parler de vos symptômes avec votre médecin d’abord. Ce dernier pourrait vous recommander des examens plus appropriés (radiographie, IRM, etc.) afin de déterminer si une autre cause ne serait pas responsable de vos symptômes.

L’observation, la palpation et certains tests de mouvement peuvent être employés pour révéler la présence d’un syndrome du piriforme. Lorsque la personne qui souffre de ce trouble se couche sur le dos, on observe généralement que les orteils d’un des pieds s’approchent du sol davantage que l’autre. Cela est causé par une rotation externe plus importante de la hanche, où le piriforme est raccourci (contracture musculaire). Habituellement, si le patient tente volontairement de ramener son pied vers le centre pour le placer de manière symétrique avec l’autre, ce mouvement crée de la douleur.

À la palpation, le thérapeute peut ressentir une bande rigide le long du trajet du muscle piriforme.

Le test de FAIR, qui consiste à placer la cuisse du patient en position de flexion, d’adduction et de rotation interne, révèle le syndrome dans une grande proportion de cas.

 

Prise en charge du syndrome

Selon les études, près de 80 % des patients expérimentent dès la première semaine une diminution de leurs symptômes avec des modalités conservatrices comme le repos, l’application de glace et la prise d’anti-inflammatoires non stéroïdiens et de relaxants musculaires.

Pour les cas persistants, la thérapie manuelle comme l’ostéopathie, la physiothérapie, la chiropractie ou la kinésithérapie peuvent être d’une grande aide. Dans ces interventions, l’objectif du thérapeute sera toujours de tenter de réduire le plus possible la tension du muscle piriforme et de normaliser l’amplitude de mouvement de la hanche. Le thérapeute devra se demander pourquoi le muscle piriforme est si tendu : est-ce le résultat d’une chute, d’une contracture liée à une position répétitive ou encore une compensation musculaire pour un problème situé ailleurs dans la biomécanique du patient ?

La thérapie par l’exercice chez le patient est également encouragée. Une variété d’exercices d’assouplissement pour les hanches sera alors utilisée. Ces derniers seront enseignés par un professionnel qualifié, comme un kinésiologue, et réalisés plusieurs fois par jour dans la non-douleur. Notons que les muscles adducteurs (les muscles de l’aine) nécessitent souvent un renforcement musculaire pour obtenir un soulagement durable du syndrome du piriforme. Pour renforcer ce groupe musculaire, vous pouvez vous coucher sur le dos, genoux fléchis et pieds à plat au sol. Placez un ballon entre les genoux. Contractez avec force pour rapprocher les genoux l’un contre l’autre contre la résistance de l’objet et maintenez cette contraction de 20 à 30 secondes. Effectuez trois séries. Pour une plus grande efficacité, vous pouvez utiliser des ballons de différents diamètres à chaque série.

Dans les cas persistants, l’acupuncture ou l’injection d’une substance anti-inflammatoire peuvent être utilisées. Si tous les traitements énumérés ne procurent pas de résultats sur plusieurs semaines, la décompression chirurgicale peut être envisagée. Heureusement, son utilisation pour le syndrome du piriforme est plutôt rare.

 

RÉFÉRENCE

Boyajian-O’Neill, Lori et coll. « Diagnosis and management of Piriformis Syndrome; an osteopathic approach», Journal of the American Osteopathic Association,novembre 2008, vol. 108, p.657-664.