L’électrosensibilité, le mal de la société moderne?

Publié le 1 mai 2012
Écrit par Gabriel Parent-Leblanc, B. Sc., M. Env.

L’électrosensibilité, le mal de la société moderne?
Vogel Echinaforce

En présence de champ électromagnétique, « ça commençait par des maux de tête, des chocs électriques à la tête et au visage, une vision embrouillée, une pression dans mes yeux et ça a progressé très rapidement jusqu’à même des convulsions. Mes vaisseaux sanguins éclataient, alors mes yeux se remplissaient de sang et c’est allé jusqu’à une paralysie de mes jambes ».

  • Véronique Riopel, lors de son témoignage comme personne électrosensible à l’émission Denis Lévesque du 17 février 2012

 

À l’âge de 24 ans, Véronique est victime d’un empoisonnement sévère aux pesticides. Suite à cela, elle développe une panoplie d’allergies puis une intolérance aux champs électromagnétiques (CEM) environ un an plus tard. Au départ, ses symptômes apparaissaient seulement lors du fonctionnement de son micro-onde ou de son cellulaire. Cependant, la situation s’est aggravée et la présence de tout champ magnétique l’affectait. Pour soulager ses symptômes, elle a dû s’isoler 6 mois dans un appartement où il n’y avait pratiquement pas d’électrosmog : pas de télévision, de radio, de cellulaire ni même de frigidaire. Aujourd’hui, suite à de multiples démarches et efforts, elle va mieux, mais doit tout de même faire attention par rapport à l’utilisation d’appareils pouvant produire un CEM. 

 

Les personnes électrosensibles réagissent fortement aux CEM de diverses fréquences. Ces ondes se retrouvent maintenant un peu partout : tout appareil électrique ou électronique produit de l’électromagnétisme de très basse fréquence et tous les gadgets sans fil produisent des radiofréquences. Il semble que le corps humain soit capable de tolérer une exposition à ces ondes pendant un certain temps, mais des effets néfastes peuvent survenir à long terme dépendamment de plusieurs facteurs (hérédité, concentration de métaux lourds dans l’organisme, etc.).

À force d’être exposé à certaines fréquences, les personnes électrosensibles développent une intolérance à toutes les ondes. L’oncologue parisien Dominique Belpomme, cité par le magazine La Maison du 21ème siècle, explique le phénomène : « Les CEM provoquent des effets majeurs dans le cerveau. Le plus important d’entre eux est l’ouverture de la barrière hémato-encéphalique. Cela permet au mercure, aux organochlorés et à d’autres polluants de pénétrer dans le cerveau, où ils causent diverses maladies neuro-dégénératives ». Si le sujet est abordé fréquemment par les médias ces derniers temps, c’est parce qu’Hydro-Québec désire installer 3,8 millions de nouveaux compteurs intelligents résidentiels d’ici 2017. Or, ces compteurs émettent des radiofréquences (sur la fréquence 902 mégahertz) et communiquent entre eux pour ensuite envoyer les relevés de consommation à la société d’État.

Bien qu’Hydro-Québec promette une intensité de  radiofréquences très faible (50 fois moins élevées que ce que produit un téléphone cellulaire, et ce, sur une courte durée d’environ 40 millisecondes par envoi), plusieurs évaluations indépendantes inquiètent. En effet, selon Stéphane Bélainsky de la compagnie 3E : « tous les compteurs intelligents que je rencontre au Québec pulsent aux 30 secondes. Mon record d’intensité fut de 1800 microwatts par mètre carré (µW/m2) aux 40 secondes, mesuré à Gatineau dans le lit d’un l’enfant. L’idéal pour la santé est d’être exposé à moins de 10 µW/m2 ». Avec l’arrivée prochaine de ces nouveaux compteurs, il devient donc essentiel de se questionner par rapport à la problématique.

 

L’étude BioInitiative, réalisée par 14 experts indépendants et analysant plus de 2000 études scientifiques, avait pour but d’évaluer les risques de santé potentiels face à l’exposition aux CEM. Pour décrire plus en détail le sujet, voici quelques faits importants tirés du rapport :

  • Selon diverses études épidémiologiques, une exposition chronique à un champ magnétique résidentiel (fréquence de 60 Hertz) mesurant de 2 à 4 mG (milligauss) double le risque de développer la leucémie infantile. Or, la limite d’exposition actuellement recommandée par la Commission internationale sur la radioprotection non-ionisante (ICNIRP) est de 1000 mG (904 mG aux États-Unis). Cette recommandation ne tient compte que des effets thermiques à court terme des champs magnétiques et elle ignore les risques potentiels à long terme, comme le cancer;
  • L’utilisation d’un téléphone cellulaire pendant 10 ans ou plus augmente votre risque de tumeur au cerveau de 20% si vous changez l’appareil de bord régulièrement. Si vous mettez l’appareil toujours sur un côté en particulier de votre tête, cette donnée augmente à 200 %;
  • En utilisant un téléphone résidentiel sans fil, les risques sont encore plus grands : le risque de tumeur au cerveau est 200 % plus élevé en changeant de côté souvent et 470 % avec une utilisation sur un seul côté de votre tête;
  • Un milieu de travail exposant quotidiennement une femme à un champ magnétique de très basse fréquence supérieur à 10 mG augmente le risque de développer un cancer du sein;
  • Un champ magnétique de 5 à 10 mG semble activer une réponse de stress, en produisant des protéines de choc thermique. Lors d’une attaque quelconque, ces protéines sont produites pour protéger l’organisme. Fait à mentionner, si votre organisme se défend comme cela pendant une longue période de temps, l’effet de protection sera moins efficace face à l’électrosmog et/ou toute autre forme de stress cellulaire;
  • Une exposition aux CEM peut aussi causer une réaction inflammatoire et/ou allergique. Mentionnons qu’une réaction inflammatoire à répétition peut causer des dommages au niveau cellulaire, des tissus ou des organes à long terme;
  • Les études estiment que de 3 à 5 % de la population mondiale serait électrosensible. À cause d’une exposition toujours plus forte aux CEM, cette proportion risque d’augmenter dans le futur;
  • Le groupe BioInitiative prône l’application du principe de précaution en raison de l’incertitude scientifique quant aux effets des CEM sur la santé. C’est ainsi qu’il recommande de ne pas dépasser, en moyenne sur 24 heures, une exposition de 1 mG aux champs magnétiques résidentiels et de 0,1 microwatt par centimètre cube (ou 0,614 volt par mètre) dans le cas des radiofréquences.

 

De même, La Maison du 21e siècle révèle que :

  • Les Québécois seraient parmi les peuples les plus exposés aux champs magnétiques résidentiels en raison de notre utilisation du chauffage électrique. En effet, 70% de nos maisons utilisent ce mode de chauffage;
  • Les trois principaux types de cancer soupçonnés d’être en lien avec l’exposition aux CEM sont celui du cerveau, du sein et la leucémie lymphocytaire aiguë. Or, selon Santé Canada, l’incidence (taux par 100 000 habitants) de ces trois cancers est plus élevée au Québec qu’ailleurs au Canada
  • Au moins 13 municipalités en Colombie-Britannique et 4 au Québec (Lac-des-Aigles, St-Colomban, St-Liguori et Sutton) ont demandé un moratoire face à l’installation de compteurs intelligents tant que leur innocuité ne sera pas établie.

 

Si vous vous inquiétez de la présence de CEM dans votre environnement, voici quelques conseils pour diminuer votre exposition :

  • Certains spécialistes (dont em3e.com et essentia.ca) sont habilités à mesurer les CEM dans votre demeure avec divers appareils dont le gaussmètre qui mesure les champs magnétiques. Ils pourront notamment détecter si des erreurs de câblage et de mise à la terre génèrent des CEM élevés, un problème très courant. Un électricien pourra régler ces erreurs de câblage, s’il y a lieu;
  • Se tenir à au moins 60 à 90 cm (2-3 pi) des appareils électriques (radio-réveil, ampoule fluocompacte, plinthe chauffante, écran cathodique, etc.) et éviter de passer plusieurs heures devant ceux-ci sans pause (la machine à coudre est une des sources les plus élevés de champs magnétiques et est liée à des risques plus élevés de cancer chez les femmes qui l’utilisent professionnellement);
  • Dans le cas des appareils électroniques qui émettent le plus d’ondes (four à micro-ondes, écran au plasma [les écrans ACL émettent moins], etc.), il est conseillé de plutôt se tenir à au moins 2 à 3 mètres de distance;
  • Les séchoirs à cheveux et les rasoirs électriques produisent des CEM intenses; les utiliser le moins possible;
  • Les téléphones sans-fil et les cellulaires génèrent également des CEM intenses. Plusieurs conseils sont donc de mise :
    • À domicile, utiliser un téléphone avec fil (modèles branchés au mur);
    • Lors de l’utilisation du cellulaire, utiliser un ensemble main libre afin de pouvoir éloigner l’appareil à au moins 20 centimètres du corps;
    • Ne pas porter son cellulaire près de son corps, même en état de veille;
    • Déconseiller l’utilisation du cellulaire ou du sans fil par les femmes enceintes et par les moins de 15 ans, les enfants en pleine croissance étant plus sensibles aux ondes;
    • Ne pas téléphoner lorsque vous êtes en mouvement ou dans une zone où la réception est mauvaise. Comme le signal est plus difficile à recevoir pour l’antenne relais, l’émission d’onde est décuplée.

 

Finalement, il est aisé de constater que les champs électromagnétiques, qu’il s’agisse de radiofréquences ou d’électromagnétisme de très basse fréquence, ont une incidence sur la vie humaine, animale et végétale.  Effectivement, plusieurs études démontrent une corrélation entre une exposition aux CEM et le développement de divers types de cancers, en particulier celui du cerveau et la leucémie infantile. L’installation de compteurs intelligents qui, rappelons-le, génèrent des CEM et ont déjà déclenché des symptômes d’électrosensibilité au Québec. En ne laissant pas le choix à ses clients dans ce dossier, Hydro-Québec va à l’encontre du principe de précaution et des droits et libertés fondamentaux. Par le passé, plusieurs mises en garde émises par des experts ont été prises à la légère par l’industrie et cela a résulté en de graves problèmes de santé; le tabac et l’amiante sont d’excellents exemples. Pourquoi, donc, aller de l’avant dans un dossier où nous n’avons pas toutes les réponses? Une société d’État ne devrait pas prendre à la légère la santé et le bien-être de 8 millions de personnes!

 

Pour en savoir davantage : 

21esiecle.qc.ca/electrosmog

Le Dr David Carpenter prononcera une conférence intitulée Le principe de précaution à l’ère du sans fil dans le cadre de la foire Projet Écosphère, le samedi, 19 mai 2012 à Montréal : projetecosphere.org