L’épuisement des femmes et la place des hommes

Publié le 16 février 2019
Écrit par Chantal Ann Dumas, ND.A.

L’épuisement des femmes et la place des hommes
Vogel #1 FR

Nous assistons actuellement à une véritable épidémie de femmes épuisées physiquement, émotionnellement et spirituellement.

En tant que femme, mais aussi en tant que clinicienne impliquée en santé féminine depuis plus de 20 ans, je constate la déchéance des superwomen et je tente de comprendre le phénomène.

Ce qui aggrave notre mal-être collectif, c’est que dès qu’on tente d’exprimer notre épuisement, on se fait dire qu’on n’a qu’à cesser de « jouer » à la femme forte, comme si c’était par choix qu’on en était rendues là ! Pourtant, je ne crois pas qu’aucune femme ne se soit levée un bon matin en décidant de devenir « forte » et indépendante ni que c’était son rêve d’enfance de se retrouver monoparentale, à cumuler les tâches, les responsabilités et les dettes ! Dans la très grande majorité des cas, ce sont plutôt les circonstances de la vie qui nous y ont contraintes, et on compose avec du mieux qu’on peut.

 

Une épidémie silencieuse

Dans mon cas comme dans celui d’autres femmes, on ne « cache » pas notre faiblesse ou notre usure consciemment ou motivées par notre égo, mais simplement parce que comme on est constamment en mode action, on a développé l’automatisme d’endosser notre armure chaque matin et de foncer jusqu’au soir, jour après jour. On n’ose même pas s’arrêter pour lécher nos bobos, car on a l’impression que si on se dépose, on va s’effondrer ! Malheureusement, l’effondrement finit inexorablement par nous rattraper, souvent catapulté par la maladie ou une situation extrême qui s’ajoute à la pile et nous fait craquer.

Ce mode de vie capitaliste axé sur le faire et la performance, les séparations qui nous forcent à être monoparentales, les guerres entourant la garde des enfants, la société qui nous impose ses diktats de beauté, les rencontres amoureuses plus décevantes les unes que les autres, les comparaisons ad nauseam entre notre vie et celle en display sur les médias sociaux, l’isolement des grandes villes, la surabondance des mauvaises nouvelles en provenance des quatre coins du monde, les préoccupations monétaires et environnementales, etc. sont autant de facteurs qui font en sorte que nous menons un combat perpétuel qui nous maintient dans notre polarité masculine en quasi permanence. Ce déséquilibre finit par nous drainer sur tous les plans jusqu’à ce que les superwomen que nous étions se convertissent en déesses épuisées…

 

Le déséquilibre des polarités

Puisque tout dans l’univers est propulsé par l’énergie, il est facile de comprendre qu’à l’instar des piles électriques, chaque être vivant possède les polarités positives et négatives. Le pôle négatif étant réceptif, on l’associe souvent aux qualités féminines (yin), alors que le pôle positif est associé aux masculines (yang).

Chez l’humain, les polarités sont souvent influencées par nos hormones dites féminines (estrogènes) et masculines (testostérone). Ces hormones féminines et masculines sont présentes chez les deux sexes, mais à des degrés variables. Il en va de même pour les polarités.

Même si on a tendance à porter un jugement de valeur envers ce qui est positif par opposition à ce qui est négatif, en matière de polarités, les deux aspects sont absolument nécessaires et complémentaires. Au même titre que le jour et la nuit se succèdent, les cycles d’action doivent être équilibrés par des périodes de repos, le geste de donner avec celui de recevoir et ainsi de suite.

Lorsque nous sommes constamment en mode survie (et donc yang, masculin), nos glandes surrénales – chargées notamment de produire une partie de nos hormones sexuelles – se voient monopolisées par la réponse au stress perçu et la sécrétion d’hormones telles que l’adrénaline et le cortisol qui en découlent. Éventuellement, nous dépassons notre capacité de résistance et d’adaptation à ce stress, et c’est alors que survient l’épuisement ou la maladie.

 

Ce n’est pas juste dans notre tête !

Puisque l’épuisement surrénalien n’est pas une condition médicale reconnue ni pour laquelle les patientes sont testées en médecine conventionnelle, la déesse épuisée ne trouve habituellement pas de réponses de ce côté, pas plus qu’une oreille compatissante. Le message qu’on nous renvoie, c’est généralement que « c’est dans notre tête » que ça se passe et on nous propose une prescription d’antidépresseurs…

 

Et les hommes là-dedans ?

Le plus triste dans cette histoire, c’est que les hommes qui nous voient surmonter tous ces obstacles et vaincre un dragon après l’autre se sentent souvent intimidés par notre force et se disent qu’on n’a aucunement besoin d’eux ! Et pourtant…

Mais qui pourrait les blâmer ? Les hommes sont biologiquement conçus pour être des chasseurs, et on a tiré avantage de cet attribut naturel pour les acculturer à devenir des pourvoyeurs. Puisqu’en tant que femmes, nous avons dû apprendre à pourvoir à nos propres besoins, les pauvres se demandent maintenant ce qu’on peut bien attendre d’eux et quelle place ils peuvent occuper dans notre vie. Et à défaut d’explications, plusieurs se sentent conséquemment réduits au rôle de pourvoyeur sexuel. Et nous leur reprochons ensuite de ne chercher « que ça » ! Cette incompréhension est monnaie courante et source de beaucoup d’insatisfaction de part et d’autre, contribuant à creuser l’abysse colossal qui nous sépare de plus en plus.

 

Vers une version 2.0

Comment sortir de cette impasse, me demandez-vous ? Nous, les femmes, devons cesser de croire que les hommes sont devins et apprendre à plutôt leur exprimer clairement nos besoins. Nous devons les rassurer en leur expliquant que même si les temps ont changé, leur rôle de pourvoyeur est encore et toujours utile, mais que leur modus operandi doit se raffiner. Leur façon de pourvoir à nos besoins doit maintenant passer par l’appui émotionnel, le sentiment de sécurité, l’écoute, la présence et le réconfort physique, l’échange, le partage, etc. On doit réapprendre à faire une place aux hommes et à valoriser leurs contributions. On doit aussi absolument enseigner à nos fils la place et le rôle qu’ils doivent occuper en tant que futurs hommes, même si plusieurs grandissent dans des foyers éclatés et parfois sans modèle masculin adéquat.

Les hommes, quant à eux, doivent apprivoiser cet espace de vulnérabilité dans lequel ils n’ont pas toutes les réponses ni toutes les solutions pour nous. Ils doivent apprendre à être à l’écoute de nos besoins et à accueillir nos demandes sans se sentir menacés. Puisque les femmes sont de plus en plus dans leur polarité masculine d’action (yang), les hommes doivent quant à eux explorer leur côté yin, plus réceptif dans lequel ils se sentent parfois inconfortables afin que nous puissions trouver un nouvel équilibre dynamique ensemble.

 

Le féminisme mal compris

Le féminisme nous a permis d’importantes avancées sociales, incluant la souveraineté sur notre propre corps et la liberté de devenir ce que nous souhaitons être dans la vie. L’exercice ne consistait pas à affirmer notre supériorité ni même notre égalité face aux hommes ! Ceux qui prétendent le contraire font complètement fausse route ! Nous ne sommes pas ni ne serons jamais égales aux hommes; nous sommes complémentaires et conçues pour travailler en synergie avec eux.

À devoir (vouloir ?) essayer de tout faire toute seule, non seulement on s’épuise et on déséquilibre notre système hormonal, mais en plus, on tend inconsciemment à utiliser nos enfants comme substituts de conjoint afin de combler nos carences affectives. Cette situation bouleverse complètement la dynamique parentale en plus d’enseigner de facto à nos enfants que les femmes sont des superhéroïnes qui n’ont besoin de personne ! La superwoman vivant en circuit fermé alimenté par ses enfants renvoie malheureusement encore plus l’image aux hommes qu’ils n’ont pas de place à nos côtés ni dans notre vie…

 

Yin cherche son yang…

En vérité, chaque femme – pour aussi forte qu’elle soit – apprécie la présence d’un homme à ses côtés. On a beau posséder une belle carrière, être indépendante financièrement, avoir un grand cercle d’amis et voyager seule, mais il n’y a rien qui remplace une épaule masculine sur laquelle déposer notre tête et une paire de bras solides pour nous enlacer après une dure journée !

Il est temps qu’on fasse le constat que la disparition du couple nous pénalise toutes et tous. Nous devons apprendre à renégocier un espace commun entre les hommes et les femmes basé sur le respect de nos forces et de nos qualités respectives, mais aussi de nos limites. Nous devons nous réapproprier le couple, mais un couple basé sur le désir d’être ensemble et le choix conscient de s’engager mutuellement à la construction d’un « nous » tout en favorisant l’épanouissement de la meilleure version du « toi » et du « moi ». Le couple de demain sera basé sur les affinités et non sur la nécessité, comme c’était souvent le cas jadis.

 

Superwoman est un mammifère !

Même si notre mode de vie a évolué, force est d’admettre que le fait que nous soyons des mammifères, lui, demeure inchangé. Nous sommes biologiquement programmés pour la survie de notre espèce et si la nature avait voulu que nous puissions y arriver toutes seules, nous serions hermaphrodites comme les vers de terre !

P.S. : Bien que ce texte ait été écrit dans une perspective hétérosexuelle, la réflexion peut s’étendre aux couples homosexuels. L’importance pour les femmes d’exprimer leurs limites et leurs besoins, puis d’accueillir du soutien est une thématique qui doit être abordée dans tous les contextes si on veut rétablir un certain équilibre sociétal et personnel, garant de bonne santé.

 

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