Les cures de détoxification : mode ou nécessité des temps modernes ?

Publié le 15 janvier 2017
Écrit par Anne-Marie Leclerc

Les cures de détoxification : mode ou nécessité des temps modernes ?
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Les uns considèrent que les cures de détoxification sont une mode visant à vendre des produits miracles.

 

Notre corps, muni d’organes émonctoires permettant la sortie des substances toxiques, n’aurait pas besoin d’aide pour effectuer son travail.

Les autres considèrent que, depuis l’ère industrielle, la charge toxique excède la capacité de nos organes émonctoires et qu’il est donc nécessaire d’effectuer régulièrement des cures de détoxification afin d’aider le corps à éliminer ses déchets.

 

QUI DIT VRAI ?

Les capacités de détoxification du corps 

Le corps est composé entre autres d’organes émonctoires (foie, intestin, reins, poumons, peau, organes génitaux féminins) permettant la filtration et l’évacuation des toxines. Il est aussi doté d’un système immunitaire neutralisant et éliminant les substances étrangères et les cellules cancéreuses. Ce système et ces organes fonctionnent en permanence afin d’assurer notre survie en débarrassant le sang de ses impuretés.

Or, les temps ont bien changé, et les substances toxiques traitées quotidiennement dépassent largement la capacité émonctoire de ces organes, principalement conçus pour gérer les toxines endogènes. Par exemple, le foie transforme l’ammoniaque (une substance toxique issue de la dégradation des protéines) en urée (substance non toxique), qui sera évacuée par l’urine.

Le foie sert également à dégrader les hormones, les neurotransmetteurs, les sous-produits des réactions immunitaires, la bilirubine, les œstrogènes, la mélatonine, les acides biliaires, l’histamine, les cellules cancéreuses, etc. En bref, des déchets produits par les métabolismes internes du corps. Certes, il est capable de prendre en charge les substances toxiques exogènes, mais quelle quantité et à quel prix ?

 

Entreposage des substances toxiques

L’homme n’a jamais été exposé à autant de xénobiotiques : métaux lourds (mercure, cadmium, plomb, etc.), produits ménagers chimiques, cosmétiques, pesticides, engrais chimiques, irradiations des aliments, substances toxiques générées par la cuisson des aliments, etc. Lorsque la quantité de substances toxiques excède notre capacité de détoxification et d’élimination, celles-ci s’entreposent dans divers tissus et cellules du corps, selon leurs affinités particulières. Plusieurs de ces substances sont lipophiles et se retrouvent en grande quantité dans les cellules adipeuses, mais peuvent également traverser la barrière hémato-encéphalique et causer des problèmes neurologiques, ou encore se loger dans d’autres endroits du corps, tels les reins (par exemple le méthylmercure)1,2.

 

Des maladies aiguës aux maladies chroniques

Malgré la charge toxémique actuelle, l’espérance de vie est plus élevée qu’avant l’ère industrielle. Cette amélioration survient en parallèle avec l’amélioration des conditions d’hygiène et les avancées de la médecine moderne. Or, les épidémies de maladies aiguës et infectieuses (souvent mortelles) ont laissé place à une véritable épidémie de maladies chroniques et dégénératives. On a simplement troqué la coqueluche et la variole pour le cancer, le diabète et les maladies auto-immunes.

Ces maladies chroniques et dégénératives ne s’installent pas du jour au lendemain. Elles n’apparaissent que lorsque les capacités d’élimination du corps sont excédées, ce qui peut prendre plusieurs années et toucher différents organes ou systèmes, selon nos fragilités génétiques.

Une charge toxémique trop grande surcharge le système immunitaire et aboutit à un état d’inflammation chronique, responsable de différentes pathologies. Les problèmes de peau (organe émonctoire secondaire) sont des maladies d’élimination qui témoignent de la surcharge de nos organes émonctoires primaires (foie, intestins, reins). Lorsque les molécules excédentaires non éliminées s’accumulent dans différentes cellules et divers tissus, elles en modifient le fonctionnement, voire causent leur mort. Dans l’arthrose, ces molécules affectent le renouvellement des tissus des articulations ; dans la goutte, l’excès d’acide urique (produit de la dégradation des purines) s’accumule pour former des sels d’acide urique (urates de sodium) se déposant au niveau des articulations du gros orteil. Les substances toxiques en excès dans les cellules peuvent également pénétrer le noyau cellulaire, endommager l’ADN et favoriser l’apparition de cancers ou de maladies auto-immunes.

 

Cures de détoxification ?

Les cures de détoxification sont-elles la solution pour éliminer ces excès de substances toxiques et empêcher l’apparition des maladies ? Les cures de détoxification correspondent-elles à tous les types de métabolismes ?

Si certaines personnes ressentent d’énormes bienfaits après une cure de détoxification, il faut néanmoins être prudent et ne pas entreprendre de cure intensive (par exemple un jeûne prolongé composé d’eau, de plantes ou d’aliments à fort pouvoir détoxifiant tels que la chlorelle ou la bardane) sans être bien documenté ou supervisé. Celles-ci ne sont pas appropriées à tous les types de métabolismes. Elles peuvent parfaitement correspondre à une personne dont la vitalité est optimale, mais dévitaliser et épuiser une personne dont l’énergie est déjà déficiente. Pour ces dernières, il est d’abord préférable de travailler à revitaliser et reminéraliser les divers systèmes.

Pour certaines conditions telles que les cancers ou les maladies inflammatoires chroniques, un jeûne bien supervisé peut être très bénéfique. Toutefois, il faut ensuite travailler à rebâtir les réserves du corps.

De plus, avant d’entreprendre une détoxification qui va déloger les substances toxiques des tissus et des cellules, il est conseillé de s’assurer du bon fonctionnement de nos organes émonctoires. Une trop grande charge toxémique relâchée dans la circulation sanguine sans pouvoir être éliminée peut occasionner de nombreux effets secondaires tels que des maux de tête, des nausées, de légers problèmes de peau, de la fatigue. Dans le même ordre d’idées, il est également important de vérifier l’état de nos émonctoires avant d’entreprendre une perte de poids, qui, d’ailleurs, devrait toujours être faite en douceur et de façon progressive. Rappelons que les xénobiotiques s’accumulent dans les cellules adipeuses.

Il est également conseillé de ne pas entreprendre de cures intensives si vous avez de graves problèmes de santé tels que des maladies cardiovasculaires, de l’hypertension artérielle grave, du diabète ou de l’anémie. Les personnes enceintes ou qui allaitent devraient elles aussi s’abstenir de faire des cures de détoxification, puisque les substances toxiques remises en circulation peuvent affecter le fœtus ou se retrouver dans le lait maternel.

 

Effets secondaires et dangers des cures trop intensives

Il est important de ne pas priver trop longtemps le corps de nutriments essentiels à ses processus métaboliques, d’autant plus que la détoxification elle-même nécessite des vitamines, des minéraux, des acides aminés, des antioxydants et autres pour ses propres processus métaboliques. Par exemple, l’enzyme cytochrome P450, qui agit au niveau de la détoxification hépatique, nécessite du fer comme cofacteur. Ainsi, en absence d’apports alimentaires suffisants, le corps ira puiser dans ses réserves, ce qui causera à long terme divers troubles fonctionnels, voire lésionnels. Le jeûne à l’eau sur une longue période cause la perte de minéraux essentiels au fonctionnement des cellules. Parmi les plus touchés : le sodium, le potassium, le magnésium, le calcium et les vitamines B et C (pour lesquelles nous constituons peu ou pas de réserves).

De plus, après 24 heures de jeûne, les réserves en glucose du corps sont épuisées. Comme le cerveau ne peut fonctionner sans glucose, le corps fabrique de nouveaux glucides à partir d’acides gras ou de protéines. Cette voie métabolique (néoglucogenèse) produit beaucoup de corps cétoniques qui acidifient le corps et peuvent être responsables d’effets secondaires comme des nausées, des maux de tête, des douleurs abdominales, des crampes et une faiblesse générale.

Ainsi, les cures de détoxification douces apportant au corps de précieux nutriments sont préférables. Privilégiez, par exemple, de courtes cures de jus frais biologiques.

 

Adopter un mode de vie sain

À la lumière de ces renseignements, aider le corps dans ses processus de détoxification devrait se faire de façon quotidienne et non drastique.

Tout d’abord, évitez d’apporter un surplus de xénobiotiques au corps en choisissant, dans la mesure du possible, des aliments biologiques ou en évitant les parfums et les produits ménagers chimiques, la fumée de cigarette, etc.

Ensuite, il est indispensable d’apporter au corps les nutriments nécessaires aux activités cellulaires, mais également aux processus de détoxification. Mangez beaucoup de fruits et légumes riches en antioxydants essentiels pour neutraliser les radicaux libres produits lors de la première phase de détoxification hépatique.

Mangez des aliments entiers gorgés de nutriments essentiels, lesquels sont déficients, voire absents, des aliments raffinés. Un aliment entier vient avec tous les nutriments nécessaires à son assimilation. En absence d’un ou plusieurs de ces nutriments (lors du raffinage), le corps doit puiser dans ses réserves, ce qui contribue davantage à la déminéralisation et aux troubles fonctionnels. Dans certains cas, notamment lorsque des troubles chroniques sont installés ou afin de prévenir leur apparition, une supplémentation adaptée peut être nécessaire.

 

S’il faut éviter les états carentiels, il faut également éviter les excès alimentaires, lesquels engendrent un travail supplémentaire d’élimination ou de stockage des déchets.

Travaillez à la santé optimale de vos émonctoires, en commençant par le système digestif, au cœur de tous les systèmes. Lors de son fonctionnement optimal, l’intestin est à la fois une porte d’entrée pour les nutriments essentiels et une porte de sortie pour les déchets. Cependant, lors de conditions de perméabilité intestinale ou de transit ralenti (constipation), l’évacuation des substances toxiques est moindre, et celles-ci peuvent pénétrer dans la circulation sanguine.

Assurez-vous du fonctionnement optimal de votre transit et consultez un professionnel de la santé lors de conditions de constipation ou de diarrhée chroniques.

Afin d’aider le foie à faire son travail, ajoutez en début de repas un peu d’aliments amers tels que la roquette, le cresson, les endives, le radis noir, etc. Ces aliments évitent la stagnation hépatique et stimulent la production et l’écoulement de la bile, favorisant ainsi la digestion des gras.

Aidez vos reins à éliminer les déchets avec des tisanes diurétiques (par exemple l’ortie, le pissenlit) et, surtout, n’oubliez pas l’importance de boire quotidiennement suffisamment d’eau (idéalement 25 millilitres par kilogramme de poids), qui permet le transport des nutriments et des déchets. L’exercice permet également une meilleure circulation de la lymphe (rôle de drainage et d’épuration d’une partie des déchets cellulaires) tout en réduisant le stress oxydatif.

Soyez à l’écoute de signes d’appel tels que la fatigue, les problèmes de peau, les crampes, une cicatrisation lente, la peau sèche, les troubles du sommeil, lesquels témoignent d’un fonctionnement cellulaire non optimal ou d’émonctoires qui peinent à faire leur travail.

Dans l’approche naturopathique, la qualité des humeurs (sang, lymphe et liquides intracellulaires) est déterminante de la santé générale. Ainsi, il est préférable de veiller à leur bon équilibre en évitant toute surcharge ou carence. En ce sens, les cures douces de détoxification sont un outil dans la boîte naturopathique, mais elles ne devraient en aucun cas remplacer une alimentation optimale, voire une supplémentation appropriée, apportant au corps les nutriments essentiels au bon fonctionnement cellulaire ainsi qu’aux processus naturels de détoxification du corps.

 

RÉFÉRENCES

  1. ASCHNER M. et J.L. ASCHNER. « Mercury neurotoxicity: Mechanisms of blood-brain barrier transport », Neuroscience and Biobehavioral Reviews, vol. 14, no 2, 1990, pages 169-176.
  2. Site Web de Santé Canada à http://www.hcsc.gc.ca/ewhsemt/pubs/contamnants/mercur/index-fra.php#q-35.
  3. LAGACÉ, Jacqueline, Ph. D. Comment j’ai Vaincu la douleur et l’inflammation chronique par l’alimentation, Éditions Saint-Martin, 2011.