Les grands piliers de la fertilité ; chercher les solutions autrement (Partie 6)

Publié le 25 juin 2023
Écrit par Marik Péro, ND.A.

Les grands piliers de la fertilité ; chercher les solutions autrement (Partie 6)
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Pour conclure cette série sur les grands piliers de la fertilité, je vous invite à explorer avec moi l’importance de la santé hépatobiliaire et intestinale dans une optique de fertilité. Ce sont des paramètres relativement simples à soutenir et à optimiser, et leurs rôles dans les capacités reproductives tant féminines que masculines sont majeurs. Pourtant, de tous les couples que j’ai accompagnés en fertilité à ce jour, aucun ne m’a encore dit que leur fertologue avait évalué la santé métabolique de leur foie ou l’équilibre de leur microbiote dans sa recherche des causes de leur infertilité.

 

Pilier no 6 : Métabolisme entéro-hépatique des œstrogènes

L’élimination des œstrogènes est complexe et dépend de la bonne santé de plusieurs organes et systèmes, puisqu’elle est soumise en partie au cycle entéro-hépatique. Cycle entéro-quoi ? Entéro (intestins) – hépatique (foie).

Regardons d’abord ce qui se passe dans le foie, avant de s’attarder au passage des hormones dans les intestins.

 

Métabolisme hépatique des œstrogènes

Dans notre corps, nos cellules utilisent les œstrogènes pour de très nombreuses fonctions, qui vont largement au-delà des fonctions reproductives. Des œstrogènes, on n’en veut ni trop, ni pas assez. Nos taux doivent être très finement régulés à travers notre cycle menstruel, au risque de se retrouver avec toutes sortes de symptômes tous plus désagréables les uns que les autres.

Ainsi, quand ces hormones ont terminé de jouer leur rôle, elles doivent passer par le foie pour être métabolisées, puis éliminées via la bile dans l’intestin (ou via les reins et l’urine).

Il est communément admis que le foie est un organe important de filtration dans l’organisme. En réalité, il ne renferme pas de membrane de filtration comme les reins ; il s’agit plutôt d’un organe riche en enzymes capables de capter certaines molécules endogènes (comme nos hormones) ou exogènes (comme certains médicaments ou polluants) pour les désactiver et en assurer l’excrétion. Son rôle est surtout d’assurer la biotransformation des molécules liposolubles (nos hormones stéroïdiennes/sexuelles en sont un bon exemple) qui ne peuvent pas être éliminées par les voies urinaires, dédiées aux déchets hydrosolubles.

Ces voies de biotransformation hépatiques se déroulent en deux phases ; la première est généralement assurée par des enzymes appartenant au cytochrome P450, et la seconde consiste en une conjugaison de la molécule à éliminer avec une autre molécule hydrosoluble, dans le but justement de la solubiliser.

Les deux principales voies de la phase II utiles pour éliminer les œstrogènes sont les voies de la glucuronidation (glucuronoconjugaison) et de la sulfatation (sulfoconjugaison), qui consistent respectivement en l’ajout de molécules d’acide D-glucuronique ou de sulfate aux hormones stéroïdiennes, en vue de les solubiliser.

Il est important de noter que ces processus requièrent de l’énergie (ATP) et sont donc redevables d’une fonction mitochondriale optimale (revoir mon article de janvier 2023 sur la mitochondrie et la fertilité).

 

Estrobolome et implications du microbiote intestinal dans l’équilibre hormonal

Une fois les réactions de conjugaison réalisées par le foie, une grande partie des hormones conjuguées poursuivent leur chemin dans la circulation sanguine et sont éliminées par les reins, dans les urines. Une petite partie toutefois sera éliminée via la bile qui s’écoule dans l’intestin grêle. Le devenir de ces hormones conjuguées sera donc déterminé par l’estrobolome.

L’estrobolome correspond aux bactéries vivant dans notre intestin qui ont la capacité de métaboliser les œstrogènes. En d’autres mots, le réglage des taux d’œstrogènes est tellement fin et le corps est tellement bien fait qu’il dédie un département complet du microbiote intestinal à leur régulation.

Ainsi, une fois dans l’intestin, la majorité des œstrogènes conjugués seront éliminés via les selles, mais une petite partie sera déconjuguée (donc réactivée) par des bactéries capables de produire l’enzyme bêta-glucuronidase (faisant partie de notre estrobolome), puis réabsorbée dans la circulation sanguine.

Donc, quand le corps perçoit qu’il n’y a pas assez d’œstrogènes en circulation, il régule à la hausse les bactéries capables de réactiver les œstrogènes. Si au contraire le taux d’œstrogènes lui semble trop élevé, il en laisse davantage partir ! Cela permet au corps d’obtenir des taux circulants d’œstrogènes optimaux en tout temps.

Toutefois, la magie de l’estrobolome n’est possible que si le microbiote est sain et équilibré. S’il y a dysbiose, le phénomène de déconjugaison peut être lourdement accentué, et alors mener au maintien de taux d’œstrogènes trop élevés dans la circulation sanguine.

C’est là que vont apparaître toutes sortes de signes d’hyperœstrogénie, tels le syndrome prémenstruel (rétention d’eau, douleurs aux seins, maux de tête, etc.), les kystes ovariens et les fibromes utérins, voire les cancers hormonodépendants, l’endométriose, le SOPK (qui peut être associé à de l’hyperœstrogénie tout autant qu’à de l’hyperandrogénie !), l’infertilité…

Si vous vivez des troubles hormonaux et que votre digestion est souvent inconfortable (ballonnements, gaz, diarrhée, constipation ou alternance des deux, etc.), il se peut que le simple fait de dorloter vos petits alliés intestinaux règle quelques-uns de vos problèmes d’un seul coup !

 

 

Aparté sur la qualité biliaire

Outre le fait d’assurer les voies de bioconversion des œstrogènes, le foie est aussi l’organe responsable de la synthèse de la bile. Celle-ci s’écoule vers la vésicule biliaire, qui a pour rôle de la concentrer et de l’expulser dans l’intestin grêle au moment où des aliments quittent l’estomac pour arriver dans le duodénum. Cette rencontre entre la bile et les aliments partiellement digérés est essentielle, puisque la bile est responsable de l’émulsion des gras et de permettre aux lipases pancréatiques de travailler efficacement à la digestion, puis à l’absorption des lipides alimentaires. Quand la qualité de la bile n’est pas optimale (épaisse, boueuse, etc.) ou encore que la vésicule biliaire a été retirée chirurgicalement, cela affecte considérablement l’absorption des vitamines liposolubles (A, D, E, K) et des bons gras… pourtant essentiels à la santé globale, mais particulièrement à la santé reproductive :

  • Toutes nos membranes cellulaires sont faites de gras (celles d’un embryon/fœtus également);
  • Nos hormones stéroïdiennes/sexuelles sont faites à partir de gras;
  • Notre système immunitaire utilise les acides gras essentiels pour diriger/équilibrer sa réponse (revoir le troisième article de cette série, publié en mars 2023, pour comprendre l’importance de l’équilibre immunitaire dans la fertilité);
  • Les vitamines liposolubles sont impliquées dans de très nombreuses fonctions, dont :
    • la synthèse et le métabolisme des hormones sexuelles,
    • la prévention de l’oxydation des gamètes,
    • l’équilibre immunitaire,
    • la saine division des cellules embryonnaires.

Il va donc sans dire que de veiller à la capacité du foie de synthétiser une bile de qualité est un autre aspect important de l’accompagnement en fertilité.

 

Les hommes sont-ils concernés par tout cela ?

Oui, oui, oui ! Même si les œstrogènes sont des hormones typiquement féminines, les hommes en produisent également une petite quantité, essentielle notamment pour la libido et la production du sperme. En quantité trop importante, toutefois, les œstrogènes exercent tant chez les hommes que chez les femmes une action inhibitrice sur l’hypophyse, résultant en une diminution de la sécrétion de l’hormone lutéinisante (LH). Cette hormone est responsable chez les hommes de stimuler la production de testostérone par les testicules ; sa diminution trop importante peut affecter les taux de testostérone (et donc la spermatogenèse) et la libido considérablement.

 

Des solutions pour optimiser ces processus ?

Il y en a plusieurs, heureusement ! Tout d’abord, on va éviter tout ce qui nuit au bon fonctionnement des voies métaboliques hépatiques, au détriment de l’élimination des œstrogènes :

  • Alcool;
  • Tabagisme;
  • Drogues et médicaments en vente libre non essentiels;
  • Pollution environnementale (revoir vos cosmétiques et produits ménagers, aérer votre maison, éviter les parfums et sent-bon de synthèse, manger biologique, etc.);
  • Stress (plus facile à dire qu’à faire… mais très important à considérer!).

 

Ensuite, on veillera à nourrir le foie en assurant la présence des cofacteurs nutritionnels essentiels au bon fonctionnement des enzymes hépatiques :

  • Vitamines du complexe B;
  • Acides aminés variés (protéines complètes!) ;
  • Antioxydants;
  • Minéraux variés (zinc, magnésium, cuivre, manganèse, sélénium, etc.);
  • Crucifères (choux, brocolis, etc.), qui contiennent des sulforaphanes et des indoles bénéfiques;
  • Alliacées (ail, poireau, oignons, etc.), qui contiennent des composés soufrés essentiels à la sulfatation hépatique;
  • Plantes amères qui stimulent la synthèse de bile par le foie.

 

L’activité physique a toute sa place ici également, car elle favorise la circulation sanguine, et donc optimise la filtration hépatique des hormones usées ou excédentaires.

Pour la santé intestinale et celle du microbiote, on s’assurera que l’alimentation est optimale, non transformée, riche en fibres et en légumes, modérée en glucides ; les excès de sucre alimentent la dysbiose considérablement. On peut aussi nourrir la diversité du microbiote en consommant des lactofermentations (choucroute et kimchi, yogourts ou kéfirs de qualité, par exemple). Un probiotique de qualité et bien choisi peut s’imposer également. Si une hyperperméabilité intestinale est soupçonnée, il sera prioritaire de remplacer les aliments qui irritent cette précieuse muqueuse par d’autres qui l’apaisent et la nourrissent.

L’équilibre thyroïdien abordé dans le second article de cette série est fondamental également, puisqu’un ralentissement thyroïdien affectera toutes les fonctions digestives. Si le transit intestinal est ralenti et que les sécrétions digestives (acide gastrique, enzymes pancréatiques et bile) ne sont plus au rendez-vous, cela pourra éventuellement mener à une dysbiose intestinale, à une inflammation de la muqueuse digestive et à son hyperperméabilité, le tout favorisant la réabsorption des œstrogènes préalablement conjugués.

 

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C’est ici que s’achève cette petite série sur la fertilité, mais il est indéniable que d’autres aspects sont essentiels à la fertilité d’un couple. Comme ces six articles l’ont démontré, tous les systèmes sont interreliés et s’influencent positivement ou négativement selon qu’on installe ou non un mode de vie compatible avec la santé de tous les systèmes. J’ai abordé l’importance de la santé mitochondriale, thyroïdienne, immunitaire, glycémique, épigénétique, hépatique et intestinale, mais parfois, la réponse est ailleurs. Parfois, il faut regarder du côté émotionnel et relationnel. Le stress du quotidien peut jouer un rôle majeur, mais je doute qu’il explique tout puisqu’ultimement, nous en vivons tous. Regarder plus profondément les cicatrices laissées par des stress plus anciens, du côté des traumatismes, des peurs et des émotions enfouies en lien avec la sexualité, la fertilité et la parentalité peut s’avérer salvateur ultimement si toutes les autres pistes ont été explorées sans succès.

Dans tous les cas et peu importe où se situe la cause profonde de vos troubles de fertilité, je vous encourage de tout cœur à ne pas cheminer seuls. Entourez-vous d’une belle équipe de professionnels multidisciplinaires de divers horizons, qui sauront vous poser les bonnes questions pour mettre le doigt sur les causes profondes de votre infertilité et vous guider pour vous permettre de les enrayer, et d’accueillir dans vos bras le petit être tant espéré.