Les oignons aux pieds : comprendre, prévenir et corriger l’hallux valgus

Publié le 20 mai 2018
Écrit par Nicolas Blanchette, B. Sc. kinésiologie, D.O.

Les oignons aux pieds : comprendre, prévenir et corriger l’hallux valgus
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Les oignons aux pieds : rien à voir avec le légume du même nom, bien que tous les deux puissent nous irriter aux larmes.

 

De son vrai nom, l’hallux valgus est un problème commun et banalisé qui peut devenir, au fil du temps, un sérieux fardeau pour quiconque en développe. Pourquoi est-ce douloureux ? Quels sont les facteurs qui amènent le gros orteil à se déformer ainsi ? Pourquoi est-ce important de ne pas remettre le problème toujours au lendemain ? Quelles actions peuvent être entreprises lorsque l’on montre un hallux valgus pour empêcher sa dégradation ? Est-il possible de corriger la déformation esthétique d’un hallux valgus ?

 

ANATOMIE D’UN OIGNON AU PIED

« Hallux valgus » signifie en latin « gros orteil qui s’éloigne du centre du corps ». Il s’agit d’une déformation touchant l’articulation métacarpophalangienne, c’est-à-dire l’endroit où l’os du « corps du pied » rencontre l’os du « doigt de pied » du gros orteil. Dans cette problématique, l’os métacarpien roule vers l’extérieur tandis que la phalange du gros orteil s’oriente vers les autres orteils. La mesure de l’angle de déviation du gros orteil sert normalement à déterminer la sévérité de la maladie. La mesure normale de cet angle ne devrait pas dépasser les 15 degrés.

Tandis que le gros orteil est dévié, les ligaments du côté intérieur de l’articulation se retrouvent en position vulnérable de surétirement. La bourse de l’articulation, un petit sac chargé de fluide servant à diminuer la friction du côté latéral du pied, se retrouve exposée. À force de frictions contre le soulier, cette bourse s’irrite et cela déclenche une réaction inflammatoire du corps. Au fil du temps, l’ensemble de l’articulation du gros orteil se raidit et devient douloureux.

Lorsque l’oignon est enflammé et douloureux, il faut se reposer et cesser de marcher. Il est suggéré de placer une serviette humide recouverte d’un sac de glace (ou d’un petit sac de légumes congelés) pendant une dizaine de minutes. Les anti-inflammatoires en vente libre comme l’aspirine ou l’ibuprofène permettent également habituellement de soulager les symptômes. Lors d’un épisode de crise, les injections de corticostéroïdes par le médecin peuvent apporter un soulagement. Il faut cependant éviter d’y avoir recours trop souvent, car ils peuvent entraîner des effets secondaires, voire une fragilisation de l’articulation.

  

POURQUOI S’EN OCCUPER MAINTENANT ?

La base du gros orteil est un des trois points de contact au sol d’un pied bio mécaniquement sain. Cette disposition « en tripode » de nos pieds aide à dissiper les forces de la gravité lorsque nous nous tenons debout. L’articulation métacarpo-phalangiennes est aussi un point de pivot important pour la propulsion, lors d’une marche efficace. Le développement d’un hallux valgus peut aussi gêner les autres orteils. À force de frottement, ces derniers pourraient développer des callosités ou encore se déformer aussi. Les ongles incarnés peuvent se développer plus facilement sur des orteils gênés par un hallux valgus. À mesure que la maladie progresse et que la mécanique du pied change, il peut même devenir difficile de porter des souliers normaux, de faire de l’exercice, voire de marcher. Une étude sur près de 3000 hommes et femmes âgés de plus 56 ans a établi un lien entre la sévérité de l’hallux valgus et une diminution de la qualité de vie.

 

COMMENT PRÉVENIR OU FREINER LE DÉVELOPPEMENT D’UN HALLUX VALGUS

Il y a un élément héréditaire à la maladie. Les personnes présentant une hyperlaxité (potentiel de souplesse articulaire au-dessus de la moyenne à la naissance), une tête du métatarse très volumineuse ou encore des pieds plats de père en fils sont plus susceptibles de développer un hallux valgus au cours de leur vie. Les femmes sont d’ailleurs 10 fois plus souvent touchées par cette condition que les hommes. Cependant, ce n’est souvent pas en raison des facteurs uniquement liés au sexe et à l’hérédité. Ne vous découragez pas : même si notre génétique n’est pas de notre côté, il est possible de contrôler plusieurs autres facteurs qui nous permettront d’éviter ou de corriger un gros orteil qui commence à dévier vers l’intérieur.

 

BIEN SÉLECTIONNER SES SOULIERS

Il faut commencer par le choix des chaussures. Malheureusement, les chouchous de l’industrie de la mode et la santé de nos pieds ne font souvent pas bon ménage. À éviter : les souliers étroits. À la mode chez les femmes comme chez les hommes, les souliers pointus sont très nocifs au fonctionnement de nos orteils et de notre pied en général. Ces souliers à la pointe triangulaire placent déjà l’hallux en position de déviation, ce qui encourage la déformation à progresser au fil du temps. À éviter aussi (ou du moins, mesdames, à réserver pour les occasions spéciales) les talons hauts. Plus ces derniers sont élevés, plus ils ont un effet néfaste.

En plaçant une plus grande proportion du poids du corps sur l’avant-pied, les souliers à talons hauts participent à écraser les orteils, ce qui entraîne progressivement la déviation de l’hallux (sans compter qu’ils sont souvent liés à d’autres problématiques articulaires, comme les douleurs aux talons, au bassin ou à la région lombaire). Pour la grande majorité des gens, les souliers les plus sains sont ceux qui imposent le moins de contraintes et laissent le pied bouger le plus librement possible.

 

VÉRIFIER SON PATRON MOTEUR DE MARCHE

Lors d’une marche biomécaniquement saine, les pieds doivent pointer directement vers l’avant (ou très légèrement vers l’extérieur). Le talon est déposé au sol, puis le poids passe doucement vers l’arche interne pour que le pied s’adapte au terrain. La propulsion se fait à partir de la base du gros orteil (la « balle » du pied). Cependant, plusieurs personnes ont l’habitude de marcher avec les pieds fortement orientés vers l’extérieur. Ce type de marche a des répercussions. Lors de la propulsion, la force reçue par l’ossature de notre pied sera déviée latéralement, ce qui poussera un peu plus l’hallux en direction des autres orteils à chaque foulée. Changer ses habitudes de marche demande de la volonté et de la concentration. Certaines raideurs de la musculature de la hanche peuvent faire en sorte qu’il est inconfortable de changer un patron de marche établi depuis longtemps. Si c’est le cas, il vaut mieux prendre rendez-vous avec un thérapeute manuel expérimenté pour vous aider : ostéopathe, kinésithérapeute, physiothérapeute, chiropraticien, etc.

 

RENFORCER SES ARCHES PLANTAIRES

Posséder des arches plantaires affaissées (pieds plats) est un facteur de risque de développement d’hallux valgus. Pour prévenir, ralentir ou corriger certains cas, il vaut mieux réentraîner son pied avec des exercices destinés à renforcer les arches plantaires. Un kinésiologue, professionnel de l’activité physique, est le mieux placé pour vous aider dans ce contexte.

 

DÉTENTE STRATÉGIQUE DE LA MUSCULATURE DU PIED

Une paire de muscles du pied contrôle normalement les mouvements du gros orteil vers l’intérieur et vers l’extérieur. Lors d’hallux valgus, le muscle adductor hallucis est maintenu en position raccourcie. Devenu hypertonique, il participe à faire progresser la déformation. Détendre ce muscle par des massages ciblés et des étirements peut considérablement aider à réduire les inconforts liés à l’hallux valgus. Les os du pied peuvent également être mobilisés dans le sens de correction du problème. Une étude australienne montre une réduction importante dans la douleur et dans la déformation esthétique à la suite d’un programme de traitements et d’exercices simples à la maison d’une durée de trois mois.

 

OUTILS UTILES

L’utilisation d’un coussinet en gel placé sur l’oignon peut être très pratique pour diminuer l’inconfort lors du port de soulier. Ils sont en vente libre dans les pharmacies. Assurez-vous toutefois d’avoir assez d’espace dans votre soulier pour accommoder le coussinet.

Il existe également de petites orthèses qui jouent le rôle de séparateurs d’orteils. Lorsqu’un modèle est sélectionné, il est généralement porté durant la nuit et aide à maintenir le gros orteil dans son alignement normal. Des modèles peuvent aussi être portés durant la journée et même des orthèses pour sportifs. L’effet d’assouplissement sur les muscles en rétraction comme l’adductor hallucis et de rééducation à la marche est intéressant. Il faut cependant la plupart du temps les porter de manière graduelle et s’assurer qu’elles sont bien ajustées à la forme unique de son pied. Un suivi avec un podiatre ou un orthésiste est la meilleure option afin d’obtenir des conseils judicieux.

 

CHIRURGIE

La chirurgie devrait être seulement envisagée lorsque toutes les autres méthodes ont échoué. Elle devrait être réservée aux cas très sévères, lorsque la douleur interfère avec les activités de la vie quotidienne. Il faut savoir que vous ne pourrez mettre de poids sur votre pied pendant de 6 à 12 semaines postopération. La guérison complète nécessite souvent un an, voire plus. La plupart des études évaluent le taux de satisfactionde 60 à 85%.

 

RÉFÉRENCE

Harvard Health Publishing, What to do about bunions, https://www.health.harvard.edu/diseases-and-conditions/what-to-do-about-bunions