Les plantes du cœur

Publié le 1 janvier 2025
Écrit par Sarah-Maria LeBlanc, HTA, MA

Les plantes du cœur
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Nous vivons grâce aux battements de notre cœur. Pourtant, s’il est en santé nous n’y accordons que très peu d’attention. C’est souvent lorsqu’il montre des signes de malaise que nous commençons à nous y intéresser. Si le cœur est vu par la science comme l’organe du système cardiovasculaire, il est perçu depuis longtemps comme le siège des émotions dans la culture populaire. Les recherches menées depuis plusieurs années par le HeartMath Institute nous démontrent bien à quel point le cœur est relié au système nerveux et joue un rôle important dans la façon dont on perçoit les stimuli extérieurs. Prendre soin de notre cœur, c’est prendre soin de nous. Et prendre soin de nous, c’est prendre soin de notre cœur. Examinons quelques plantes qui peuvent soutenir notre démarche.

 

Aubépine (Crataegus spp)

L’aubépine est sans conteste la reine des plantes médicinales du système cardiovasculaire. Riche en flavonoïdes et autres composés médicinaux, très antioxydante, elle tonifie et détend à la fois le cœur et les vaisseaux sanguins. C’est une grande cardioprotectrice, ce qui n’est pas étonnant si on observe comment elle sait elle-même se protéger, avec les épines très acérées qui ornent ses branches. J’adore la rencontrer cachée dans un coin de forêt, surtout l’automne lorsque ses baies rouges se détachent sur le ciel bleu ou ornent les sentiers de petits points colorés. Ce magnifique arbuste augmente la circulation sanguine coronarienne et diminue la quantité d’oxygène utilisé par notre muscle cardiaque. L’aubépine est également vasodilatatrice et anti-inflammatoire des vaisseaux sanguins, ce qui non seulement soutient le travail du cœur, mais améliore également notre circulation sanguine générale.

On l’utilise dans des cas d’insuffisance cardiaque, de palpitations, d’arythmie cardiaque, d’hypertension, dans la prévention de l’angine et même dans des cas de mauvaise circulation sanguine. Plusieurs recherches soutiennent de façon plutôt unanime son efficacité, et ce, avec ou sans médicaments. On utilise ses fleurs et ses baies, respectivement en infusion et en décoction, à raison d’environ 3-5 g par jour, ou en teinture à raison de 1,5 à 4 ml, une ou deux fois par jour.

 

Agripaume (Leonorus cardiaca)

Son nom latin – cœur de lion – le dit : l’agripaume est une alliée du cœur à tous les égards. Anxiolytique, c’est une plante que j’utilise beaucoup en présence de blessures émotionnelles, d’insécurité, et pendant des périodes de transition ou d’instabilité. Tout ceci peut créer du stress, des palpitations et de l’hypertension, et l’agripaume calme à la fois le système nerveux et le cœur. En herboristerie québécoise, on dit qu’elle est un lien entre le cœur et l’utérus. J’ajouterais entre les pensées et le cœur. Son nom anglais, motherwort, nous dit à quel point c’est une maman plante pour les cœurs qui ont besoin de soutien. Cette maman douce, également très forte, contient plusieurs principes actifs, dont des flavonoïdes, terpènes, glycosides, saponines et alcaloïdes.

Comme son amie l’aubépine, elle est antioxydante, cardiotonique et protectrice, antihypertensive et antiarythmique. La recherche démontre d’ailleurs depuis les années 1960 des effets hypotenseur, cardiotonique et relaxant. Bref, qu’on ait des soucis cardiaques ou pas, l’agripaume nous soutient dans les moments plus croustillants de nos vies. Ce qui est certain, c’est que si on est du genre stressé et que ça a un impact sur notre santé cardiovasculaire, l’agripaume est la plante tout indiquée! Vu son amertume, on l’utilise surtout en teinture, à raison de 1,5 à 3 ml, deux ou trois fois par jour.

 

Ail (Allium sativum)

Cette plante puissante a sa place dans nos cuisines et notre pharmacopée depuis des millénaires. Ce n’est pas pour rien : elle a tant de vertus qu’on pourrait certainement lui consacrer un article complet. Elle contient notamment de l’allicine, des composés sulfurés, des composés phénoliques et plusieurs antioxydants. À noter, certains de ses composés comme l’allicine sont très instables et vont varier selon la méthode de culture, de cueillette, de transformation, de préservation et d’utilisation – d’où l’importance de la culture biologique et des compagnies éthiques et savantes dans leur utilisation de l’ail. On connaît les propriétés de cet aliment pour le système immunitaire. Il est également un grand allié de notre santé cardiovasculaire. L’ail dilate les vaisseaux sanguins, fluidifie le sang, tonifie le cœur et abaisse la tension artérielle. De plus, il est reconnu comme hypocholestérolémiant et même régulateur de la glycémie – ce qui en fait un parfait allié pour les comorbidités de problèmes de cœur et de diabète.

Je suis toujours un peu étonnée de la mauvaise réputation qu’a l’ail dans certains types de médecines traditionnelles ou de régimes alimentaires. Pour moi, il s’agit presque d’un aliment sacré, tant il est un soutien polyvalent dans notre santé tout en donnant du goût à nos préparations culinaires. En réalité, je rencontre peu de clients qui ne digèrent pas l’ail cuit. Ceci dit, pour profiter de ses vertus au maximum, il est conseillé de le consommer cru – ce qui peut en effet le rendre un peu plus difficile à digérer en plus de nous donner une haleine repoussante. C’est pratique en présence de vampires, mais pas d’humains. Pour ses propriétés médicinales, on consomme en général environ 5 g par jour d’ail frais. On peut également choisir de le prendre sous forme de concentré liquide dans le vinaigre ou de capsules d’ail séché, fermenté ou non. Dans ce cas, les dosages peuvent varier de 0,5 g à 1 g par jour.

 

Ginkgo (Ginkgo biloba)

On a vu le ginkgo dans différents articles traitant du système nerveux. Voyons maintenant ses propriétés pour la santé du cœur. Riche en flavonoïdes et en terpénoïdes, c’est un vasodilatateur reconnu depuis longtemps dans la littérature. On sait qu’il est particulièrement efficace pour augmenter la circulation périphérique et ainsi amener de l’oxygène au cerveau, en étant un soutien de taille pour les maladies neurologiques. Cette même propriété augmente la circulation coronarienne, ce qui en fait un antiplaquettaire et un tonique cardiaque. Dans ma pratique, j’ai également pu constater à quel point le ginkgo pouvait améliorer la circulation sanguine dans les cas d’extrémités froides, d’engourdissements, d’ecchymoses et de mauvaise guérison des blessures. Il est aussi cardioprotecteur, protégeant notre organe contre les radicaux libres. Il contribuerait à diminuer les risques de cardiomyopathie hypertrophique. Enfin, il a été démontré que l’extrait EGb 761 de ginkgo biloba diminuait les plaques d’athérosclérose.

Apparu il y a environ 265 millions d’années, le ginkgo biloba est le représentant de la plus ancienne espèce d’arbre sur la Terre. Il peut d’ailleurs vivre jusqu’à 3000 ans. C’est indéniablement un Aîné, un Ancien, qui a certainement encore beaucoup de secrets à nous livrer, et j’ai beaucoup de gratitude pour survivance et sa présence parmi nous. D’ailleurs, tout comme l’agripaume et l’aubépine, il diminue aussi l’anxiété, qui n’est souvent pas étrangère à la santé du cœur. On utilise ses feuilles séchées en tisane, en teinture ou en capsules, à raison de 100 à 500 mg ou de 2 à 8 ml par jour. Attention : ne pas utiliser avant une chirurgie, lors de menstruations abondantes, et avec la prise de fluidifiants sanguins.

 

Reishi (Ganoderma lucidum ou Ganoderma tsugae)

Le reishi est un magnifique champignon polypore qui pousse sur les arbres en fin de vie. D’un flamboyant rouge bourgogne et luisant, il aurait inspiré la couleur des kasaya (robes) de certaines lignées de moines tibétains. En effet, ce champignon est hautement vénéré par les cultures bouddhiste et taoïste depuis des millénaires comme allié du chemin spirituel, autrefois même considéré comme un élixir d’immortalité par la royauté.

Bien qu’on ne pense pas d’emblée à lui pour la santé du système cardiovasculaire, le reishi est un champignon adaptogène qui a une affinité avec le cœur. Tout comme l’ail, il est connu pour diminuer les taux de cholestérol et comme régulateur de la glycémie. C’est un léger hypotenseur « intelligent »; il est un adaptogène qui ramène à l’homéostasie dans le corps, alors il ne diminuera pas une tension artérielle déjà basse. Très antioxydant et anti-inflammatoire, il est également considéré comme un grand cardioprotecteur. On a également vu dans une étude qu’il pourrait réduire l’hypertrophie du cœur. On me demande souvent si la forme de reishi qui pousse sur les pruches québécoises (Ganoderma tsugae) a les mêmes propriétés que son cousin chinois. À ma connaissance, aucune étude comparative n’a été faite concernant le système cardiovasculaire. Cependant, quelques études démontrent des effets immunomodulatoires similaires ainsi que leurs propriétés antioxydantes, anti-inflammatoires et antitumorales. En pratique empirique, les herboristes ont tendance à utiliser les deux espèces aux mêmes fins. Quoi qu’il en soit, prendre du reishi pour soutenir notre santé globale est toujours une bonne idée. Tant mieux s’il soutient en plus notre santé cardiovasculaire! Bien que ma manière préférée de l’utiliser soit en décoction longue (1 à 5 g par jour), on peut également l’utiliser en teinture à raison de 1 à 3 ml, deux ou trois fois par jour.

 

Notre monde a besoin de plus de cœur. Puissent les plantes amies de celui-ci nous aider à l’ouvrir et le garder en bonne santé.