Les troubles de la mâchoire et l’ostéopathie

Publié le 20 mars 2017
Écrit par Nicolas Blanchette, B. Sc. kinésiologie, D.O.

Les troubles de la mâchoire et l’ostéopathie
Natura – Conférence nelly et Gabrielle

Il suffit de souffrir d’un trouble passager de la mâchoire, quel qu’il soit, pour aussitôt prendre conscience à quel point nous utilisons cette partie de notre anatomie sans arrêt, tout au long de notre journée.

 

Bien sûr, nous nous servons de notre mandibule pour découper et mâcher les aliments, mais aussi pour parler ou tout simplement pour respirer.

Nous connaissons bien les spécialistes de la mâchoire. Ce sont, sans conteste, les dentistes. Véritables virtuoses de la bouche, ces docteurs effectuent quotidiennement des interventions complexes et délicates dans le but de prévenir et de corriger les troubles buccodentaires. Néanmoins (et c’est le sujet de cet article), l’ostéopathie peut être un complément intéressant au suivi par un dentiste. L’ostéopathe, ce thérapeute qui utilise ses mains comme principal instrument, a étudié de manière approfondie l’anatomie des articulations de la mâchoire. Il connaît très bien, en outre, le fonctionnement des différents muscles qui assurent les mouvements harmonieux de la mandibule.

Saviez-vous qu’une accumulation de tension dans certains muscles de la mâchoire peut engendrer des symptômes tels que des bourdonnements dans les oreilles (acouphène), du serrement de dents nocturne (bruxisme), de la douleur en avalant les aliments ou encore de la sensibilité dentaire et des maux de tête ?

 

ANATOMIE ABRÉGÉE DE NOTRE MÂCHOIRE

Ce que nous appelons communément la « mâchoire » est en réalité l’union de plusieurs éléments anatomiques, dont la plupart font partie des articulations temporomandibulaires. Comme leur nom l’indique, ces articulations mettent en jeu, d’une part, les os temporaux du crâne et, d’autre part, la mandibule. Les deux os temporaux, qui se trouvent de chaque côté de notre boîte crânienne, ont la particularité de contenir aussi les éléments de l’oreille interne. La mandibule, quant à elle, est constituée d’un seul os, volumineux et mobile. Elle forme toute la partie inférieure de la mâchoire, incluant le menton et les dents inférieures (les dents supérieures, elles, sont imbriquées dans les os maxillaires, des os du crâne). Afin d’éviter le frottement direct entre les extrémités supérieures de la mandibule et les os temporaux dans lesquels ils sont contenus, il y a un disque cartilagineux (ou ménisque) de chaque côté des articulations temporomandibulaires.

Lorsque nous ouvrons la bouche pour manger ou discuter, les extrémités supéro-postérieures de la mandibule, appelées « condyles », roulent et glissent vers l’avant dans la cavité de l’os temporal. Cela permet à la mandibule de s’abaisser : l’espace entre les dents du haut et du bas s’agrandit.

Lors de la fermeture de la mâchoire, le mécanisme inverse se produit : les condyles de la mandibule sont repoussés vers l’arrière et retournent s’imbriquer dans la fosse de l’os temporal. Mais qu’est-ce qui permet de produire ces deux mouvements ? Certes, la gravité aide dans l’ouverture de la bouche, mais ce sont surtout nos nombreux muscles qui sont chargés de produire les actions nécessaires.

Tous ces muscles peuvent accumuler de la tension. Lorsqu’on leur demande de réaliser une activité particulièrement intense ou une activité d’intensité plus faible, mais prolongée dans le temps, il arrive que des points gâchettes se forment à l’intérieur des fibres d’un muscle.

Grâce aux travaux des médecins Travell et Simons, des points gâchettes ont été décelés dans tous les principaux muscles et leurs symptômes douloureux référés, extensivement étudiés. Bonne nouvelle : il est possible de réduire l’intensité des symptômes et de faire disparaître les points gâchettes de plusieurs manières.

L’insertion de petites aiguilles dans le point gâchette en est une (on pense à l’acupuncture, qui procédait déjà instinctivement ainsi depuis des millénaires). Le massage profond en est une autre. Or, cette dernière méthode est utilisée par les thérapeutes manuels, dont les ostéopathes, mais elle est à la portée de tous. Il suffit de connaître les différents muscles de la mâchoire et les symptômes référés associés aux points gâchettes qui leur correspondent.

 

Pour traiter efficacement un point gâchette par soi-même, il est recommandé de :

  1. Repérer d’abord ce dernier en palpant votre muscle avec le bout des doigts. Il sera plus sensible que les éléments environnants.
  2. Masser le point en profondeur, lentement, sur une très courte distance.
  3. Viser un seuil de douleur d’environ 5 ou 6 sur 10, 0 ne représentant aucune douleur et 10, un inconfort très aigu.
  4. Faire une douzaine de passages lents sur le point gâchette douloureux, puis prendre un temps de repos.
  5. Répéter de 3 à 6 fois par jour, pendant quelques jours. Lorsque vous êtes au bon endroit, il devrait y avoir atténuation des symptômes référés dans les premiers jours. Le point gâchette deviendra également moins sensible à la palpation au fil des séances.

 

QU’EST-CE QU’UN POINT GÂCHETTE ?

Les points gâchettes (trigger points, en anglais) sont des segments très irritables à l’intérieur d’un muscle. Ils sont palpables sous les doigts sous la forme d’un nodule ou encore d’une « corde tendue ». Ils sont sensibles lorsqu’on les comprime, mais, autrement, ne sont pas douloureux. Par contre, ils ont la particularité de créer ce que nous appelons des « symptômes référés ». Ces derniers sont des manifestations désagréables, habituellement douloureuses, mais qui apparaissent loin du point gâchette qui en est responsable. Le massage profond du point gâchette permet l’atténuation et la disparition du symptôme référé dont il est le responsable.

Les muscles liés à la fonction de fermeture ou d’ouverture de la mâchoire renferment fréquemment des points gâchettes dont les symptômes référés sont très désagréables. En voici les principaux.

 

Le muscle masséter : ce muscle puissant relie l’angle de mandibule jusqu’à la protubérance osseuse située juste devant l’oreille. Il s’active fortement lorsque l’on serre les dents. Il peut développer des points gâchettes lorsqu’on mâche longtemps de la gomme, ou encore en mâchant toujours du même côté de la bouche. Se ronger les ongles ou subir de longues interventions dentaires peut aussi lui créer des points gâchettes. Les symptômes référés des points gâchettes du masséter sont très variés et désagréables, comme le bourdonnement dans les oreilles (acouphène), la réduction de la capacité d’ouverture de la bouche, la sensibilité dentaire exacerbée, la sensation d’oreille bouchée, l’obstruction des sinus, des symptômes semblable à une névralgie, le bruxisme, etc.

 

Le muscle temporal : ce muscle d’apparence circulaire se loge sur presque tout le côté du crâne. On peut le sentir se contracter en touchant le côté de la tête et en serrant les dents. Les points gâchettes du muscle temporal créent des symptômes référés, comme des bourdonnements dans les oreilles et des céphalées (maux de tête).

 

Le muscle ptérygoïdien latéral : il s’agit d’un muscle à l’intérieur de la bouche. Nous pouvons lui toucher en remontant l’angle de la mandibule vers l’endroit où elle rejoint l’os temporal. Le muscle ptérygoïdien latéral est important puisqu’il s’attache sur le disque de l’articulation temporomandibulaire. Les points gâchettes dans ces muscles peuvent générer divers symptômes, comme un claquement à l’ouverture de la bouche (bruit articulaire), un malaise général à la mâchoire et l’exacerbation des épisodes de rhinites (allergies saisonnières) et des sinusites.

 

Les muscles cervicaux : finalement, certaines douleurs ressenties au niveau de la mâchoire peuvent avoir pour origine d’autres muscles, notamment ceux de la région cervicale antérieure.

 

EN CONCLUSION

Les techniques de massage des points gâchettes sont une méthode efficace pour soulager plusieurs symptômes désagréables touchant les articulations de la mâchoire. Pour les gens souffrant de ce type de problème, une approche en ostéopathie est un ajout très intéressant au suivi avec le dentiste.

 

RÉFÉRENCE

DAVIES, Claire. The Trigger Point Therapy Workbook, 3e édition, 2013.