L’île aux épices, une île où on peut vivre naturellement

Publié le 16 février 2016
Écrit par Carmen Marois

L’île aux épices, une île où on peut vivre naturellement
Vogel Echinaforce

Vous connaissez l’île aux épices ? Non, ce n’est pas le titre d’un album d’Hergé ! L’île aux épices, contrairement à l’île noire, existe réellement.

 

SON NOM OFFICIEL EST GRENADE.

Ce petit archipel des Caraïbes, d’une superficie d’environ 350 km carrés, est situé à moins de 150 km au nord du Venezuela et compte une population d’au plus 100 000 habitants. Bordé à l’ouest par la mer des Caraïbes et à l’est par l’océan Atlantique, il se compose de l’île principale, la Grenade, ainsi que de petites îles de moindre importance : Carriacou, Petite Martinique et autres pastilles d’îles désertes. L’ensemble de ces îles et îlots forme l’archipel des Grenadines. Ce nouveau pays a obtenu son indépendance des Britanniques le 7 février 1974. On y parle donc anglais et on conduit du côté gauche de la route. Le cricket est le sport national, avant le soccer, et à l’hôtel, on sert le four o’clock tea.

J’avais envie de vous parler de ce petit État des Caraïbes, peu connu des Québécois, que j’ai découvert en février dernier. Le pays et ses habitants gagnent à être connus, car la population grenadienne est fière, simple, affable, paisible et accueillante. Chez eux, on se sent bien, en sécurité et accueillis.

Je suis partie à la Grenade à la suite de la suggestion d’une amie et par curiosité : je suis toujours heureuse de faire de nouvelles expériences. La gentillesse des Grenadiens m’a surprise et conquise dès que j’ai posé les pieds sur leur sol, car il est rare de trouver les douaniers sympathiques. Leur simplicité, leur authenticité, leur chaleur humaine me sont allées droit au cœur.

 

J’AI ÉCOUTÉ LEUR HISTOIRE, QUI M’A TOUCHÉE.

Avant sa découverte par Christophe Colomb en 1497, la Grenade était peuplée par les Indiens caraïbes et arawaks, qui ont rapidement été exterminés par les colons européens dont ils gênaient l’installation. Dès 1650, les Français ont établi un poste militaire sur l’île de la Grenade. Ils l’ont baptisé fort Louis en l’honneur de leur roi du moment, Louis XIII. Son fils, le futur Louis XIV, ne devait lui succéder qu’en 1654. Comme il se prénommait aussi Louis, ils n’ont pas eu à changer le nom du fort. De 1650 à 1783, l’île a tour à tour été aux mains des Français et des Anglais qui se la disputaient. Le nom du fort a subi les mêmes aléas, s’appelant tour à tour fort Louis ou fort George selon la nation qui l’occupait. L’île a définitivement été cédée aux Britanniques par les Français lors de la signature du Traité de Versailles en 1783. L’histoire est familière aux Québécois et à leurs « quelques arpents de neige » vendus eux aussi aux Anglais à la même époque.

Le nouvel État est également membre du Commonwealth britannique, comme presque toutes les anciennes colonies anglaises (le Canada, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, etc.). Un Canadien s’y sent donc en pays connu. Nombreux aussi sont les Britanniques qui s’y retrouvent pour échapper aux rigueurs de leur climat insulaire. La monnaie utilisée est le dollar des Caraïbes orientales (East Caribbean dollar, ou EC$), qui vaut deux fois et demie moins que le dollar canadien, mais qui arbore tout aussi fièrement la tête de la reine. On reste donc en pays de connaissance.

Même si les Grenadiens parlent anglais et reçoivent leur éducation, obligatoire et gratuite, jusqu’à 16 ans en anglais, l’empreinte française est encore très présente dans la toponymie de l’île.

Les noms de villages, de rues et de lieux à consonance française résonnaient comme un doux chant à mon oreille exilée. Ces mots familiers faisaient que je me sentais bien sur cette île : Perdmontemps, Content, Mardigras, Plaisance, Bellevue, Crochu, Mirabeau, St Cyr, La Digue, Soubise, LaFilette, Pyrénées, Rosemont, etc.

Les Grenadiens sont, pour la plupart, d’obédience catholique. Le dimanche, on s’habille propre et on va à la messe. Les commerces non essentiels sont fermés. La population de la Grenade est majoritairement noire. Ce sont bien sûr les descendants des esclaves que les Européens ont arrachés à leur terre d’Afrique pour les emmener dans des conditions effroyables travailler dans leurs plantations de canne à sucre et de cacao.

L’île a connu quelques soubresauts politiques au cours de sa récente histoire. Mais c’est l’ouragan Yvan, de catégorie 5, qui, le 7 septembre 2004, a porté le plus dur coup à l’île, détruisant 90%des immeubles et habitations. Cet ouragan, le plus dévastateur en un demi-siècle, a laissé 60 000 personnes sans abri et détruit presque entièrement les plantations de muscadiers. Avant le passage d’Yvan, qui a détruit 60 % des plantations, la Grenade était le deuxième producteur mondial de muscade après l’Indonésie. Il lui a fallu attendre 2012 avant de retrouver ce rang. Son drapeau arbore toujours fièrement le fruit de la muscade, dont la culture emploie plus de 6000 personnes sur l’archipel.

La géographie de l’île est très variée : forêts tropicales, réserves naturelles, plantations, fermes et exploitations familiales, plages de sable. Il n’y a pas d’immenses tours hôtelières qui défigurent le paysage, car un plan d’urbanisme interdit de construire plus haut que la hauteur des collines : 2-3 étages maximum.

L’île est montagneuse et son point le plus élevé, le mont Sainte-Catherine, culmine à 840 m. Quant à la météo, une Grenadienne me l’a résumée ainsi : unpredictable weather, c’est-à- dire temps imprévisible, ce qui s’est avéré tout à fait exact. La Grenade compte deux saisons marquées : la saison humide, du 1er juin au 1er mars, et la saison sèche, où les feuilles des arbres jaunissent, se dessèchent et tombent.

Sur l’île flottent parfois des odeurs sucrées et épicées, car les épices et les fruits tropicaux y poussent en abondance : cacao, canne à sucre, avocats, oranges amères de Séville, pamplemousses, melons, cerises surettes de l’île contenant plusieurs noyaux, mandarines au goût particulier, limettes à chair orange, noix de coco, plantain, amandiers, arbres à pain, patates douces, canne à sucre, plusieurs espèces de papayes, plus d’une douzaine d’espèces de bananiers, etc. Bref, c’est une île bénie où tout pousse à profusion, naturellement. Nul besoin d’engrais chimique et de pesticide. La Grenade est une île où un petit exploitant peut vivre, simplement et naturellement, de ses cultures diverses et variées.

Comme mentionné précédemment, depuis 2012, le pays a retrouvé son rang de deuxième producteur de muscade, mais on y trouve aussi de la cannelle, du clou de girofle, du safran et du macis (membrane enserrant l’enveloppe dans laquelle se trouve la noix de muscade), etc.

Tous les samedis, au marché aux épices de Saint-Georges, la capitale, se rassemblent les petits producteurs venant de partout sur l’île. On peut y acheter les fruits, les légumes et les épices biologiques produits localement. Pour qui aime cuisiner, ce marché aux épices constitue un lieu unique de découvertes et d’effluves. En furetant, on peut y dénicher des trésors.

En cette période hivernale si vous ne savez pas où passer les vacances choisissez la Grenade, vous serez sûrement charmé comme je l’ai été.

Bon voyage !