L’infertilité masculine

Publié le 13 mai 2018
Écrit par Laurence Sala, naturopathe

L’infertilité masculine
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1 couple (infertile) sur 2 concerné

 

La fertilité est un sujet encore tabou dans notre société. Alors l’infertilité masculine, n’en parlons pas ! La responsabilité repose souvent sur les épaules de la future maman. Alors qu’un couple sur six éprouve des difficultés à concevoir un enfant, l’infertilité d’origine masculine peut être responsable pour près de 50 % de l’infertilité du couple.

Il existe plusieurs pathologies du sperme, dont notamment :

  • l’oligospermie: le nombre de spermatozoïdes n’est pas suffisant.
  • l’asthénospermie: les spermatozoïdes ne sont pas assez mobiles pour se rendre jusqu’à l’ovule.
  • la tératospermie: la morphologie des spermatozoïdes est anormale.

La puberté est une étape très importante pendant laquelle la fabrication et la maturation des spermatozoïdes s’effectuent. Période de la vie ou les gamètes mâles sont très vulnérables. L’hygiène de vie est alors essentielle aux prémices de la spermatogénèse.

Les causes d’infertilité masculine peuvent être multiples. Seuls des examens cliniques et un interrogatoire approfondi sur les habitudes de vie du patient permettent d’évaluer correctement l’histoire de l’infertilité.

Aujourd’hui, je vous partage une entrevue avec Dr Armand Zini, urologue et professeur agrégé de chirurgie à l’Université McGill, chef de la division d’urologie à l’Hôpital St-Mary’s à Montréalet professeur associé en gynécologie obstétrique de l’Université de Montréal. Par la suite, je vous donnerai des clés naturopathiques pour soutenir la fertilité de votre couple.

 

Entrevue du Dr Armand Zini, urologue

Quels tests existent-ils aujourd’hui pour évaluer la capacité de reproduction masculine ? Le spermogramme est-il suffisant ?

Sur le plan clinique, nous avons besoin de distinguer les hommes fertiles des hommes infertiles et de pouvoir relier la capacité reproductive masculine aux chances de succès d’un traitement de fertilité. Les paramètres de l’analyse du spermogramme conventionnel ne permettent pas de prédire de manière fiable la fertilité masculine, ainsi que les chances de conception naturelle ou encadrées par des soins de fertilité. L’utilisation du spermogramme seule ne permet pas de fournir une compréhension complète du potentiel de fertilité ni de décider du plan thérapeutique.

De ce fait, il y a un besoin urgent de comprendre les mécanismes cellulaires, biochimiques et génétiques du sperme afin de proposer des tests diagnostiques permettant une prise en charge appropriée. Les études ont montré que la fécondation de l’ovule et consécutivement, le développement d’un embryon, dépendent en partie de la qualité du sperme, et plus précisément de la qualité de l’ADN du sperme.

Certains dommages à l’ADN peuvent être réparés dans l’ovule lors de la fécondation. L’infertilité du couple peut apparaître lorsque les dommages dépassent les capacités de réparation de l’ovule. Aussi, des études in vitro et in vivo ont montré que l’intégrité de l’ADN des spermatozoïdes est négativement associée à la fertilité.

De plus, la fragmentation élevée de l’ADN des spermatozoïdes peut affecter la fertilité en entravant la fécondation, le développement embryonnaire précoce, l’implantation et la grossesse. Ainsi, l’indice de fragmentation d’ADN du sperme a été proposé comme étant le meilleur marqueur du potentiel de fertilité et de grossesse en procréation médicalement assistée (PMA). La pertinence de son utilisation clinique est actuellement questionnée par les experts, ce qui n’empêche pas certains spécialistes comme moi de l’utiliser de plus en plus en combinaison avec le spermogramme.

 

Comment explique-t-on aujourd’hui les problèmes de fertilité masculine ?

Les spermatozoïdes sont des cellules germinales riches en acide gras polyinsaturé qui lui permettent de fusionner avec l’ovule. En contrepartie, cette particularité le rend vulnérable à son environnement, et particulièrement aux radicaux libres, responsables des dommages à l’ADN. C’est pourquoi les habitudes de vie, l’exposition aux toxiques, l’exposition à la chaleur, ainsi que toutes les autres sources de stress oxydatif affectent significativement la fertilité masculine. Les origines du stress oxydatif sont nombreuses, elles peuvent être liées à des infections, une varicocèle, une cryptorchidie, un traumatisme, l’obésité, des carences nutritionnelles, des allergies alimentaires, une prise de substances toxiques (tabac, drogues), un antécédent de chimiothérapie et une exposition professionnelle à une température trop élevée. Ainsi, infertilité et stress oxydatif sont intimement liés.

C’est pourquoi, les multivitamines et anti-oxydants peuvent représenter la première ligne de traitement de l’hypofertilité masculine. Parmi les revues de littérature que j’ai pu réaliser, plusieurs études cliniques ont démontré les bénéfices des produits de santé naturels. Les résultats des plus pertinents ont été obtenus avec l’association de plusieurs produits parmi les produits suivants : la L-Carnitine, les vitamines C, D, E, le zinc, le sélénium, l’acide folique, le Coenzyme Q10, les B-carotènes et le lycopène. Tous ces macro et micro nutriments interviennent en synergie pour améliorer le potentiel de fécondité des spermatozoïdes.

Cela fait plus de 20 années que je recommande des vitamines et antioxydants pour couvrir les besoins de mes patients. Concernant la fragmentation d’ADN du sperme, en plus d’être pertinent en clinique, il représente également une motivation supplémentaire pour renforcer l’importance d’une modification du style de vie des patients. Suite au développement du test de fragmentation d’ADN du sperme Alessio, réalisé avec la clinique ovo, nous avons eu l’initiative, dans le cadre d’un projet de recherche, d’utiliser ce test pour suivre la réponse des patients traités par un complément alimentaire. Notre idée était d’observer la résolution de l’intégrité de l’ADN chez les hommes hypofertiles consommant des vitamines dans le cadre d’un traitement médical. Les premiers résultats présentés au congrès de la CFAS (Canadian Fertility & Andrology Society) sont très encourageants. Cette étude rétrospective démontre une diminution significative de 12 % de l’ADN endommagé de la cohorte étudiée, avec une amélioration des résultats pour 95 % des cas permettant d’observer une fragmentation inférieure à 30 % dans 52 % de la population. Dans le groupe des patients ayant pris deux  formules de nutriments complémentaires, les résultats sont encore meilleurs. Nous observons une diminution significative de 17 % de l’ADN endommagé, avec une amélioration de l’indice pour 100 % des cas, et 60 % des patients qui sont descendus sous le seuil des 30 % d’ADN fragmentés.

Merci, Dr Zini.

 

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