Maladies mentales – PARTIE 1

Publié le 15 avril 2016
Écrit par Daniel-J. Crisafi, nd.a., m.h., ph. d.

Maladies mentales – PARTIE 1
Vogel Echinaforce

« Mon fils a été diagnostiqué avec un troublede l’anxiété ainsi qu’un TOC (trouble obsessif compulsif ). Or, un naturopathe que j’ai consulté a suggéré que certains des problèmes psychologiques de mon fils puissent être dus à la nutrition. Est-ce possible ? »

 

Votre question est très pertinente, étant donné qu’il y a une importante augmentation des troubles psychologiques et psychiatriques depuis quelques décennies. À titre d’exemple, les statistiques soulignent que 29 % des Québécois seront aux prises avec une dépression majeure ou des troubles anxieux. Imaginez, c’est presque un tiers de la population ! La situation n’est pas meilleure dans le reste du Canada ou chez nos voisins du sud. Il est évident que cette augmentation est due, en partie au moins, à une augmentation des diagnostics ainsi qu’à un plus grand recours aux professionnels de la santé. En effet, dans le passé, le diagnostic de troubles psychologiques ou psychiatriques revêtait un certain tabou. Familles et individus étaient moins enclins à admettre ce genre de problème à un professionnel de la santé et ne faisaient donc pas partie des statistiques. Quoi qu’il en soit, c’est près d’un tiers de la population qui aurait des problèmes d’ordre « mental ».

 

UN PEU D’HISTOIRE

C’est un psychiatre canadien, le Dr Abram Hoffer, qui a été parmi les premiers à pratiquer une psychiatrie orthomoléculaire. Hoffer, Pauling et Gould, un peu avant lui, utilisaient des molécules naturelles ou normales (orthomolécules), vitamines, minéraux et acides aminés, pour traiter des désordres psychiatriques. Cette approche utilisant le régime alimentaire et de fortes doses de vitamines et minéraux a été encouragée et justifiée par les recherches du lauréat du prix Nobel, Linus Pauling. Pauling, généralement considéré comme le père de la biochimie, avait développé l’idée qu’il serait plus logique d’utiliser des molécules naturelles afin de traiter des problèmes de santé plutôt que d’utiliser des molécules artificielles. Comme le cerveau a besoin de ces molécules naturelles dans son fonctionnement normal, Hoffer, Pauling et les autres développaient l’idée de les utiliser lorsque le cerveau ne semble pas fonctionner normalement. Pauling donna donc le nom de « psychiatrie orthomoléculaire » à cette pratique.

D’autres chercheurs sont allés bien plus loin avec cette idée d’une approche orthomoléculaire en psychiatrie, comme en médecine en général. Le psychiatre américain de la Princeton University, aux États-Unis, Carl Pfeiffer, a développé une théorie exhaustive sur le rôle de la nutrition dans les problèmes de santé mentale. Son magnum opus, Équilibre psychobiologique et oligo-aliments, est une œuvre indispensable, quoique parfois dépassée, pour comprendre comment la nutrition peut jouer un rôle sur la santé mentale. Son disciple, le neurobiologiste, Eric Braverman, a poussé les hypothèses de Pfeiffer encore plus loin en introduisant des recherches sur les acides aminés. L’un de ses livres, Un cerveau à 100 %, souligne bien son approche biochimique. Ces chercheurs ont démontré les effets d’une nutrition ajustée sur des individus souffrant aussi bien d’anxiété, de dépression et de névrose que de schizophrénie et de maladie bipolaire.

La pratique de la psychiatrie orthomoléculaire, ou l’utilisation de molécules naturelles dans le traitement de troubles mentaux, s’est développée chez certains médecins holistiques. Malheureusement, la majorité des médecins n’ont pas adopté cette approche en milieu clinique. C’est donc surtout chez les naturopathes (docteurs en naturopathie et naturopathes agréés) et nutritionnistes holistiques, ainsi que chez certains chiropraticiens et ostéopathes, que cette pratique a pris de l’ampleur.

 

BOUFFE ET CERVEAU… QUEL EN EST LE LIEN ?

Un ami médecin, un gars bien intentionné, mais qui profiterait de lire quelques numéros de Vitalité Québec, m’a dit un jour : « Voyons donc, ce que l’on mange ne se rend pas au cerveau ! » Ma première réaction a été de lui rappeler que les réactions du cerveau dépendent de substances présentes dans les aliments que nous ingérons. Toutes nos activités cérébrales et nerveuses sont conditionnées par des substances qui nous viennent de ce que nous consommons. Donc, d’une part, une carence de celles-ci peut réduire l’activité cérébrale.

D’autre part, un excès de certaines substances peut avoir un effet néfaste sur l’activité cérébrale. Comme mon ami est père de deux jeunes enfants, je lui ai suggéré de faire l’expérience suivante : donner à ses enfants deux cuillères à table de sucre en soirée. Sa réaction a été immédiate : « Jamais, je ne pourrai pas les coucher, ils vont rebondir un peu partout. » Je lui ai donc fait réaliser qu’un aliment, le sucre en ce qui est concerné ici, pouvait en effet avoir un effet stimulant sur le système nerveux central. Eh oui, ce que nous consommons peut avoir un effet cérébral ou mental. Le docteur Melvyn Werbach, lorsqu’il était professeur de médecine clinique à l’école de médecine de l’université de Californie à Los Angeles (UCLA), a souligné : « Il est clair, néanmoins, que la nutrition peut influencer la connaissance, les émotions et le comportement. »

Dans un article comme celui-ci, il m’est impossible de faire état de tous les facteurs qui peuvent influencer le comportement. J’aimerais donc en cibler certains afin de bien établir le rôle de la nutrition dans les cas de maladie mentale. Avant de continuer, laissez-moi vous suggérer une mise en garde importante. Tous les problèmes mentaux, psychologiques ou psychiatriques ne sont pas nécessairement de source nutritionnelle. De plus, même lorsque la nutrition joue un rôle dans certains de ces problèmes, cela ne signifie pas que son rôle soit exclusif.

En effet, dans certains cas, la nutrition peut être un facteur précipitant ou aggravant sans pour autant être la cause première du problème. Finalement, même chez ceux qui ont des problèmes essentiellement nutritionnels, il est souvent utile, voire nécessaire, de travailler en concert avec leur professionnel de la santé afin d’assurer des résultats optimaux et des symptômes minimes. Les soins psychologiques ou psychiatriques ne sont donc pas pour autant superflus.

 

CAUSES GÉNÉRALES

Du point de vue environnemental et nutritionnel, plusieurs facteurs peuvent affecter la santé ou l’équilibre mental. J’aimerais me limiter ici aux conséquences des carences en vitamines et minéraux. Dans un numéro subséquent de Vitalité Québec, j’aborderai d’autres causes majeures telles que l’hypoglycémie, les intolérances alimentaires et l’état de l’intestin.

 

CARENCES NUTRITIONNELLES

Une substance nutritionnelle est une substance qui est absolument nécessaire à la vie, utilisée par le corps, elle doit donc être continuellement remplacée. C’est la raison pour laquelle nous nous alimentons. C’est aussi la raison pour laquelle nous pouvons nous affaiblir mentalement, aussi bien que physiquement, si nous ne nous alimentons pas pour une longue période de temps. Ces substances nutritionnelles peuvent être catégorisées de différentes façons, mais j’aimerais utiliser la formule standard. Un élément nutritif peut être énergétique (il est utilisé comme source d’énergie), il peut être structurel (il est utilisé pour former la structure telle que la peau et les os) et il peut être régulateur ou métabolique (il est utilisé pour déclencher ou arrêter une activité). Permettez-moi d’utiliser l’analogie de l’automobile, pas la meilleure analogie, certes, mais elle suffira. Mon automobile a de l’essence, c’est lorsque celle-ci est brûlée que l’énergie est produite pour faire rouler le moteur. L’essence est donc un élément énergétique. L’automobile a aussi des bougies d’allumage. Elles sont nécessaires pour « allumer » l’essence qui brûlera alors pour produire de l’énergie. Les bougies ont un effet métabolique. Finalement, la carrosserie est faite de métal, l’élément structural. Du côté nutritionnel, certaines substances ont une, deux ou trois de ces fonctions. Les protéines (composées d’acides aminés) sont utilisées pour former nos protéines structurelles, elles peuvent être utilisées comme source d’énergie et elles sont impliquées dans le métabolisme à titre de base d’enzymes ou d’hormones.

Sur le plan mental, plusieurs carences nutritionnelles peuvent causer des symptômes subtils ou évidents, selon l’individu et selon le type ou la sévérité de la carence. Malheureusement, même si notre alimentation actuelle est suffisante pour prévenir les maladies de carence classiques, elle n’est souvent pas suffisante pour assurer une santé physique ou mentale optimales. De plus, il est souvent le cas que des individus ont besoin de bien plus de nutriments que d’autres en raison de leur individualité biochimique.

Des recherches européennes ont d’ailleurs confirmé, par exemple, que certains individus requièrent beaucoup plus de magnésium que la population moyenne en raison de facteurs génétiques. Il est donc possible qu’un individu ait des résultats sanguins normaux sans pour autant qu’il ait les nutriments dont il a besoin individuellement.

Voici donc un bref survol des nutriments les plus importants :

 

VITAMINES

Il faut noter qu’une carence de n’importe lesquelles des vitamines du complexe B peut causer des symptômes mentaux. Un nombre grandissant d’études associent la carence en vitamines du complexe B à la dépression ainsi qu’à la maladie bipolaire et à la schizophrénie.Vitamine B6 : des carences en vitamine B6 ainsi qu’en vitamine B1 et B2 ont été associées à un accroissement de symptômes chez des patients psychiatrisés. Selon certaines études, les patients souffrant de désordres psychiatriques ont un besoin beaucoup plus élevé que la moyenne de la population en ce qui concerne la pyridoxine (vitamine B6) et la supplémentation avec celle-ci aide effectivement à améliorer certains symptômes psychiatriques.

Certaines études suggèrent aussi que les enfants autistiques ont probablement un besoin en vitamine B6 considérablement plus élevé que pour la population moyenne. Même si l’autisme n’est pas une maladie mentale, ces études suggèrent néanmoins un lien entre un manque de vitamine B6 et des troubles comportementaux.

 

Vitamine B12 : une carence en vitamine B12 peut causer de la dépression, de la paranoïa et des hallucinations. Malheureusement, la carence en vitamine B12 est assez commune chez les gens âgés tout comme chez ceux qui n’ont pas un régime végétarien équilibré.

 

Vitamine B3 : parmi toutes les vitamines, c’est la vitamine B3 qui a bénéficié du nombre le plus important d’études chez les médecins orthomoléculaires, en grande partie grâce au rôle que le psychiatre canadien Abram Hoffer lui a découvert en ce qui concerne le traitement de la schizophrénie. En ce qui concerne l’anxiété, des chercheurs ont découvert que la vitamine B3 a des effets semblables aux benzodiazépines (Clonazépam, Diazépam, Oxazépam, Xanax, Zopiclone, etc.). Sans leurs effets secondaires, il va de soi. D’ailleurs, des médecins italiens ont utilisé la vitamine B3 pour aider les patients à se sevrer de ce type de drogue.

 

MINÉRAUX

Plusieurs minéraux et oligo-éléments ont démontré des effets importants sur la santé mentale. Ici aussi, je ne donnerai qu’une liste limitée afin de donner une idée de l’influence de la nutrition sur le comportement.

 

MAGNÉSIUM : celles et ceux qui ont lu mon livre Syndrome S savent à quel point j’aime souligner l’influence du magnésium pour l’adaptation au stress ainsi que pour la santé en général. Le magnésium joue un rôle dans plus de 300 systèmes d’enzymes dans le corps et est essentiel pour la production d’énergie ainsi que pour l’activité normale des nerfs et des muscles. Mais ce sont ses effets neurobiologiques qui nous intéressent ici.

La prestigieuse revue Psychology Today a publié un article dans laquelle l’auteure, la docteure Emily Deans, souligne les effets du magnésium pour calmer l’anxiété, réduire la dépression et améliorer le sentiment de bien-être. Ce médecin psychiatre note aussi que les aliments d’aujourd’hui fournissent beaucoup moins de magnésium que dans le passé.

De leur côté, deux médecins, dont un psychiatre, suggèrent que le magnésium est un supplément essentiel pour les patients en psy chiatrie. Une étude du Dr Eby rapporte que l’utilisation de magnésium a eu pour effet d’accélérer le rétablissement de patients souffrant de dépression majeure.

La carence en magnésium est aussi associée à l’anxiété et aux troubles obsessifs compulsifs. Certains auteurs suggèrent même que le magnésium pourrait jouer un rôle semblable à celui du lithium dans certains désordres affectifs sans pour autant avoir les effets indésirables de ce dernier.

« Il y a un nombre croissant de preuves pour suggérer que des altérations dans la fonction du cerveau dans des conditions normales aussi bien que pathologiques peuvent être liées à des altérations dans la concentration en magnésium. »

 

ZINC : le zinc, tout comme le magnésium, est impliqué dans plus de 300 systèmes d’enzymes dans le corps. Il est bien connu pour ses effets positifs sur la santé immunitaire, la fertilité et la santé de la prostate. Par contre, peu d’individus connaissent bien ses effets quant à la santé mentale. En effet,des études démontrent que le zinc aide le cerveau à gérer sa réponse au stress et qu’il peut donc aider dans le traitement de dépressions majeures. En 1983, le docteur Carl Pfeiffer avait noté la pertinence de l’utilisation de zinc, aussi bien que de manganèse, un autre oligo-élément, dans le traitement de schizophrénies.

 

CHROME : l’effet du chrome sur la production du facteur de tolérance au glucose, ou FTG, en fait l’un des deux nutriments les plus importants pour l’équilibre du taux de sucre sanguin. J’aborderai ce sujet en détail dans la suite de cet article lorsque je ferai référence à l’hypoglycémie dans les maladies mentales. Néanmoins, j’aimerais noter quelques points au sujet de cet oligo-élément souvent trop négligé.

Dans une étude avec des patients souffrant de dépression atypique, 70 % des patients prenant du chrome ont eu des résultats positifs quant à la diminution des paramètres de leur dépression contre 0 % pour ceux dans le groupe placébo. Une autre étude avec placébo a démontré que l’utilisation de chrome avait pour effet de réduire les rages de glucides chez les patients souffrant de dépression.

 

CONCLUSION

Malgré le fait que je n’ai qu’effleuré la surface, il est évident que la nutrition, un élément généralement négligé dans la prévention ou le traitement des maladies mentales, devrait être mise à l’avant-garde d’une approche clinique.

 

POUR ALLER PLUS LOIN

La sérotonine, un rôle clé

Les diverses substances biochimiques qui perturbent notre comportement sont produites, transformées, utilisées et éliminées par le biais de molécules naturelles fabriquées à partir de vitamines, de minéraux, d’acides aminés et d’acides gras que nous obtenons de nos aliments ou de nos suppléments.

Afin d’avoir une idée de l’effet de la nutrition sur le cerveau, et donc la santé mentale, utilisons brièvement, et de façon simplifiée, l’exemple des neurotransmetteurs. Les neurotransmetteurs sont des composés chimiques qui transmettent de l’information d’une cellule nerveuse à une autre. L’un de ces neurotransmetteurs, la sérotonine, joue un rôle clé par rapport à certaines maladies mentales. En effet, des carences en sérotonine peuvent causer de la dépression, de l’anxiété et de l’insomnie.

Certains des antidépresseurs les plus prescrits, tels que Celexa, Prozac et Zoloft, ont d’ailleurs pour objet d’aider à maintenir des niveaux suffisants de sérotonine. Afin de produire de la sérotonine, le corps doit commencer avec un acide aminé, le tryptophane. Cet acide aminé nous parvient exclusivement à partir de nos aliments protéinés ou de suppléments de tryptophane. Sous l’effet d’une enzyme, le tryptophane hydroxylase, le tryptophane est convertien5-hydroxytryptophaneou5-HTP.

Par après, le 5-HTP est converti en sérotonine sous l’effet d’une enzyme, le 5-HTP carboxylase, et d’une vitamine, la pyridoxine (vitamine B6). Malgré ce schéma très simplifié, vous noterez qu’au moins deux substances, le tryptophane et la pyridoxine, doivent être présentes, et en quantités suffisantes dans nos aliments. Les personnes avec une alimentation trop pauvre en protéines ou en vitamine B6, ou avec des besoins plus élevés que la moyenne, seront prédisposées à des troubles liés à la sérotonine.

Eh oui, ce que nous mangeons peut définitivement avoir un lien sur notre comportement.

 

RÉFÉRENCES

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