Maux de tête : une approche individualisée

Publié le 1 octobre 2021
Écrit par Nicolas Blanchette, D.O, B. Sc. kinésiologie

Maux de tête : une approche individualisée
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Les maux de tête, aussi appelés « céphalées », constituent un problème très commun partout à travers le globe. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a d’ailleurs estimé qu’environ 50 % de la population adulte avait vécu un épisode douloureux au courant de l’année dernière. Pour les moins chanceux et les moins chanceuses, des épisodes de maux de tête persistant plus de 15 jours affecteraient entre 2 et 4 % de la population adulte mondiale. En plus d’apporter de la douleur, ces maux de tête peuvent devenir un véritable poison pour les personnes qui en souffrent. Les incapacités engendrées par ces troubles viennent souvent avec des inconvénients qui minent les sphères sociale, familiale, professionnelle et financière de ceux et celles qui en sont atteints.

Les gens souffrant régulièrement de céphalées et de migraines sont aussi plus nombreux à vivre des problèmes d’anxiété et de dépression, un cercle vicieux qui amplifie souvent le phénomène de la douleur devenue chronique. On recense de nombreux types de céphalée. Parmi les plus fréquents, on dénombre les céphalées de tension, les migraines, les névralgies occipitales et les céphalées par surconsommation de médicaments. De nombreux facteurs liés aux habitudes de vie peuvent influencer la fréquence et la sévérité des céphalées.

Les céphalées de tension

Aussi appelées « céphalées cervicogéniques », elles sont de loin la forme la plus fréquente. Ces céphalées touchent tout le monde, quoique plus souvent les femmes. Leur fréquence augmente souvent pendant l’adolescence, sans doute en lien avec les changements hormonaux. Ces maux de tête durent normalement quelques heures seulement, mais ils peuvent persister parfois pendant plusieurs jours et peuvent même prendre un aspect plus chronique. Ceux et celles qui en souffrent expriment souvent ressentir comme une pression qui fait le tour de la tête, un peu à la manière d’un bandeau. Certain(e)s le décrivent aussi comme un « casque » douloureux, qui part de la nuque et remonte jusqu’aux arcades sourcilières. L’inconfort irradie parfois vers la tête, les trapèzes ou la colonne cervicale. Particulièrement d’intérêt : la manifestation des céphalées cervicogéniques est souvent associée à des problémes musculosquelettiques qui découlent fréquemment de l’anxiété. Mon expérience personnelle de la dernière année (et celle de plusieurs collègues), c’est de constater une hausse des cas de consultation pour les céphalées de ce type. Avec tous les changements brusques et souvent négatifs précipités par la crise sanitaire, le niveau d’anxiété de la population a augmenté globalement. Les incidences de céphalée cervicogénique semblent donc avoir crû proportionnellement. Les cervicalgies (maux de cou) et le bruxisme (serrement de dents nocturne), deux autres problémes musculosquelettiques amplifiées par le stress, peuvent rendre les céphalées de tension plus fréquentes et plus incapacitantes.

 

Que faire ? Les approches visant à diminuer l’anxiété sont souvent efficaces pour ce type de céphalée. Elles incluent l’exercice physique, la psychothérapie, la méditation, la pleine conscience, le massage, etc. En tant que kinésiologue et ostéopathe, je suis évidemment un peu biaisé envers des approches incluant la thérapie manuelle, comme l’ostéopathie et la massothérapie. Les méthodes manuelles sont souvent efficaces pour « calmer la tempête » et diminuer les symptômes rapidement. J’encourage ensuite la personne à adopter des modalités plus actives, telles que toute forme d’activité physique pratiquée sur une base régulière (au moins deux ou trois fois par semaine). En effet, l’exercice, en plus d’avoir des effets positifs sur l’anxiété, apporte aussi de nombreux autres bienfaits pour la santé, dont une diminution de l’incidence et de la sévérité des épisodes de maux de tête. De plus, bonne nouvelle : toute forme d’exercice semble apporter ces bénéfices, donc choisissez simplement celui que vous appréciez le plus et faites-en régulièrement (Ylinen et coll., 2010) ! La déshydratation peut aussi causer des maux de tête : visez à boire au moins deux litres d’eau par jour.

 

Les migraines

Il existe plusieurs différents sous-types de migraines. Celles-ci sont déclenchées par l’activation d’un mécanisme dans le cerveau qui provoque la libération de substances inflammatoires. Ces dernières engendrent de la douleur autour des nerfs et des vaisseaux sanguins de la tête. Les migraines présentent un fort élément lié à l’hérédité. Elles apparaissent souvent lors de la puberté et entraînent alors des épisodes de crises qui sont récurrents (une fois par année jusqu’à une fois par semaine). Elles touchent plus souvent les femmes que les hommes par leurs influences hormonales. Ceux et celles qui en souffrent vivent habituellement plus de crises dans la décennie 35-45 ans. Ces crises sont généralement vécues comme des douleurs modérées à sévères, d’un seul côté de la tête, accompagnées de pulsations, et durent de quelques heures à deux ou trois jours. Contrairement à la plupart des céphalées cervicogéniques, les symptômes liés à la migraine s’amplifient lorsqu’une activité physique est faite en période de crise. Aussi, on est tenté de bouger le moins possible pendant une migraine.

 

Quoi faire ? De nombreux traitements existent pour ceux et celles vivant avec des migraines. Ceux-ci ont deux visées principales et, idéalement, les patient(e)s souffrant de migraine devraient s’outiller sur ces deux fronts.

  • Arrêter/ réduire les symptômes lors d’un épisode de crise ;
  • Prévenir les futures crises en en diminuant la fréquence, la sévérité et la durée.

Plusieurs médicaments de différentes classes existent pour l’un ou l’autre de ces objectifs. Le médecin déterminera à partir de votre historique et de vos symptômes lequel semble le plus adapté à votre situation. Rappelez-vous qu’il est possible qu’il soit nécessaire d’expérimenter pour trouver la solution qui convient le mieux pour vous. Outre la médication, des changements dans les habitudes de vie peuvent être particulièrement bénéfiques. S’il y a des déclencheurs connus (dans l’alimentation ou l’hygiène de vie), il faut chercher à les contrôler. Pour les migraines, la santé mentale et la présence de soutien social semblent être de grande importance. L’exercice physique régulier (hors épisode de crise) permet de diminuer la fréquence et la sévérité des maux de tête. Les stratégies de gestion de l’anxiété ont également leur place : méditation, yoga, exercices respiratoires, psychothérapie, etc.

 

Les névralgies occipitales (névralgie d’Arnold, Arnoldite)

Lorsque la douleur touche la région occipitale (partie postérieure et inférieure du crâne, tout juste à la jonction avec le cou), on peut penser à une céphalée cervicogénique ou encore à une migraine. La névralgie occipitale est une autre possibilité distincte, quoique moins commune. Une étude étalée sur 5 ans et publiée dans le journal Neurology Clinical Practice a recensé ce type de neuropathie chez 24 % d’une population de 800 personnes consultant pour des maux de tête.

Le symptôme associé à ce type de céphalée est une douleur à la base de la tête, plus souvent d’un seul côté, qui irradie vers le cuir chevelu et vers le cou. La douleur est d’intensité importante et dure de quelques secondes à quelques minutes. Son caractère est plus souvent nerveux : la douleur est ressentie comme lancinante, décrite parfois comme une sensation de brûlure ou de chocs électriques. Puisqu’elle touche un nerf, elle s’accompagne de dysesthésie (diminution ou exagération de la sensibilité de la peau) et/ou d’allodynie (douleur en réponse à un stimulus qui ne produit normalement pas de douleur : une caresse des doigts, par exemple, ou la sensation du tissu de l’oreiller).

La cause de ce type de céphalée est une atteinte directe du nerf responsable du territoire sensitif postérieur de la tête : le nerf grand occipital, aussi appelé « nerf d’Arnold ». Le nerf peut être irrité par des facteurs physiques (compression, étirement brusque, etc.) ou chimiques (inflammation). Ce type de céphalée est habituellement diagnostiqué par le médecin après qu’un bloc nerveux du nerf grand occipital à l’aide d’anesthésiants et de corticostéroïdes ait permis de réduire considérablement les symptômes. Cependant, puisque ce type de procédure est souvent aussi efficace pour les migraines, il peut être difficile de le diagnostiquer avec une certitude absolue.

Que faire ? Plusieurs différents types de traitement peuvent soulager les symptômes de la névralgie d’Arnold : la thérapie manuelle (ostéopathie, physiothérapie, massothérapie, etc.) et les exercices (kinésiologie, etc.) peuvent produire de bons résultats chez certaines personnes, tout comme la prise de médicaments antiépileptiques, les antidépresseurs tricycliques (à une dose moindre que pour traiter la dépression) et les blocs nerveux (interventions pratiquées par un physiatre). D’autres méthodes pouvant apporter de bons résultats incluent les pulsations par radiofréquence et la stimulation du nerf occipital. Les meilleures prises en charge incluent le plus souvent une approche multimodale.

 

Les céphalées par surconsommation de médicaments

L’OMS recense aussi cette forme de céphalée dite secondaire, qui toucherait jusqu’à 7 % des gens vivant des épisodes de céphalée. Paradoxalement, il s’agit de maux de tête qui se développent à la suite d’une consommation chronique et excessive de médicaments contre les céphalées. Cette forme de maux de tête est souvent incapacitante, persistante et habituellement pire au réveil. Pour ceux et celles qui vivent des céphalées ou des migraines de façon répétée, il est particulièrement important de réévaluer votre médication périodiquement avec votre médecin. Il est aussi très utile de disposer d’autres modalités que la prise de médicaments pour vous aider à réduire la fréquence et la sévérité de vos maux de tête.

 

 

RÉFÉRENCES

DOUGHERTY, Carrie, Occipital Neuralgia, Curr Pain Headache Rep. 2014 May;

MARCO, A et coll. Migraine Headache, StatPearl, July 7, 2021

MATTHEW, Paul et coll. Prevalence of Occipital Neuralgia at a Community Hospital-based Headache Clinic, February 2021

Organisation mondiale de la santé, céphalées, en ligne, 2016.