Nos panacées végétales hivernales

Publié le 20 novembre 2018
Écrit par Anny SCHNEIDER, Auteure et herboriste-thérapeute accréditée

Nos panacées végétales hivernales
Omega Alpha FR (premier line)

Le microbe n’est rien, le terrain est tout. – Dr Antoine Béchamp

Plus on est en bonne santé, moins on sera malade…

Excusez cette vérité de La Palice, mais elle est particulièrement vraie pour la grippe et les autres maladies saisonnières dues au froid démesuré ou aux chocs thermiques liés à l’excès de chauffage, à la promiscuité et au manque d’oxygène.

Ce qui compte aussi, quand on veut éviter qu’un des 36 minuscules virus hivernaux qui traversent le pays en un hiver nous colonise, c’est d’avoir un bon système immunitaire et un microbiote sain. Par ailleurs, évitez l’excès de stress et de fatigue, mangez, assimilez et éliminez ce qui doit l’être, tout cela étant déjà un grand pas vers une bonne immunité hivernale et générale.

Buvez de l’eau pure, aérez votre demeure et prenez l’air souvent pour renouveler l’oxygène de vos poumons et de la maison, sans oublier l’hygiène primaire du lavage fréquent des mains.

Sinon, au besoin, choisissez parmi l’une de ces précautions préventives ou l’un de ces remèdes éprouvés depuis des siècles.

 

Plantes, précautions et suppléments pour éviter les grippes saisonnières

Si vous ou vos enfants avez des poumons ou des sinus fragiles, procurez-vous un diffuseur d’huiles essentielles et choisissez les antiseptiques respiratoires de nos chers conifères: épinette, pin blanc, sapin baumier, entre autres, et faites-le fonctionner au moins une heure chaque matin et chaque soir.

Branchez-le aussi avant et après les grandes visites des fêtes. D’y ajouter de l’essence de cannelle et d’orange diminuera d’autant plus le risque d’infection contagieuse et agrémentera l’ambiance, activant en plus l’humeur joyeuse des retrouvailles.

Autre conseil de prévention antigrippal: plutôt que de consommer dès le matin du café acidifiant, buvez des tisanes provenant des plantes suivantes: achillée, thym, sapin ou origan.

Si vous avez des signes précurseurs d’attaque grippale, ajoutez de la racine ou de l’écorce entière de gingembre ou de cannelle, en décoction, voire en soupe, sinon le miel médicinal décrit ci-après.

Couchez-vous tôt, et après une bonne suée, tout sera réglé !

Si les signes sont plus alarmants, avec de la fièvre et de la toux, prenez en traitement court, mais plus drastique, de l’hydraste, en teinture mère de préférence, ou de la propolis d’abeille régionale.

Attention: bien sûr, s’il s’agit d’un nourrisson, d’une personne âgée ou d’une victime d’une maladie auto-immune grave, consultez en médecine allopathique !

 

Plantes et condiments aux vertus antigrippales reconnues

Achillée (Achillea millefolium): sa fleur est très puissante contre les chaleurs et les fièvres en tisane froide. Elle cicatrise aussi les plaies et répare même les tissus internes. Elle a sauvé des milliers de vies durant la grippe espagnole.

Ail (Allium sativum): tout y est bon, tant les jeunes tiges que les fleurs ou les caïeux terminaux. Il est antiseptique, bactéricide et anticoagulant, hypocholestérolémiant et hypotensif, comme bien des plantes de cette famille, mais est néanmoins la plus puissante du genre.

Cannelle (Cinnamomum zeylanicum): cette écorce interne issue d’un petit arbre tropical est désormais utilisée dans le monde entier, surtout en poudre, pour aromatiser les desserts. Elle cumule ces effets: aphrodisiaque, antiseptique, antidiabétique, déodorant, et carminative. De récentes découvertes prouvent ses effets hypoglycémiants. Son huile essentielle est puissamment bactéricide, mais c’est une topique caustique, donc à utiliser à la goutte ou en dilution dans l’huile, sinon en synergie savante dans le diffuseur.

Utilisée dans les tartes, le vin chaud, la sangria et les brioches, elle se boit aussi dans du cidre chaud, en décoction avec du miel, du citron et du gingembre pour lutter contre la grippe et même les gastro-entérites.

Cayenne (Capsicum annuum ou frutescens): ce petit piment qui se cultive facilement ici est une des meilleures sources de chaleur végétale qui soient. Sa force se mesure en unités de Scoville et représente de 30 000 à 50 000 unités, selon la variété. On le retrouve dans plusieurs sortes de cataplasmes adhésifs géants ou encore dans des pommades puissamment analgésiques. En interne, on peut le prendre en poudre ou dans la cuisine (p. ex., Tabasco). On peut aussi l’utiliser en teinture mère dans l’alcool ou dans le vinaigre. C’est également un bon support dans les infections vu son effet bactéricide et sudorifique.

Gingembre (Zingimber officinale): originaire du sud des Indes et de la Chine, ce rhizome aromatique et piquant est utilisé depuis la nuit des temps. On en fait des bonbons, des sirops, de la limonade, on l’utilise fraîchement râpé dans nombre de plats exotiques, sinon en poudre ou en décoction simple contre la nausée.

En cataplasme, dilué dans de l’huile de lin par exemple, c’est un révulsif utile contre les bronchites à mucus.

Il se conserve un mois au réfrigérateur dans un sac de papier, ou congelé, mais il faut lui éviter l’humidité, sinon il moisit rapidement. On peut même le faire germer et le cultiver en serre au Québec !

Ginseng (Panax ginseng, quinquefolius et ssp.): le ginseng, ou racine de longue vie, nourrit les surrénales, active la circulation sanguine, surtout périabdominale, et assiste également les macrophages et les lymphocytes en cas d’infections bactériennes. C’est également un puissant tonique nerveux et glandulaire activateur du chi. Son extrait est commercialisé comme tonique général et casse-grippe. La variété indigène est désormais introuvable et interdite de commerce (heureusement!), mais on cultive intensivement l’espèce au Québec comme en Ontario.

Guimauve et mauve (Althea officinalis ou Malva moschata): cette belle famille médicinale cultivée ou naturalisée au Québec est une des meilleures espèces de plantes émollientes et adoucissantes. Elle répare les muqueuses, combat la constipation et régénère la peau et les poumons. On peut utiliser autant ses feuilles que ses fleurs, même en salade. Pour ce qui est de la guimauve, on préconise la racine, plus concentrée en mucilages émollients. Elles sont antirides, dépuratives, expectorantes et laxatives. 

Origan (Origanum compactum): c’est une plante méditerranéenne vivace facile à cultiver ici, mais à protéger avec un paillis l’hiver et à diviser régulièrement. La variété la plus puissante, son goût le confirmant, est la variété grecque ou méditerranéenne d’origine. Il soulage les ballonnements, les crampes intestinales et aussi la toux spasmodique. C’est un antibiotique majeur, grâce à ses vertus bactéricides, car il contient des acides organiques, mais surtout grâce à son huile essentielle riche en carvacrol et en thymol qui se consomme à la goutte, en traitement antiviral. Il est fortement recommandé de la prendre diluée dans de l’huile d’olive, et pas plus de deux gouttes à la fois, sur une courte période seulement, comme toutes les essences et les plantes très caustiques.

 

Nos chers conifères, salvateurs des premières nations et des colons

Notre bon sapin, aussi appelé baume du Canada, est très renommé pour sa qualité et ses spécificités. On vient même d’y découvrir de l’alpha-humulène, qui combattrait les tumeurs cancéreuses. De plus, les jeunes pousses de sapin contiennent des vitamines A et C, de l’acide abiétique, des abibalsamines A et B et des mucilages. Son huile essentielle contient des terpènes, riches en acétate de bornyle, en alpha et bêta-pinène, en cisabiénol et en limonène, entre autres.

Pour parfumer et en même temps assainir l’air de votre maison, vous pouvez en faire bouillir une bonne branche (200 g dans un gallon d’eau) dans un gros chaudron. Sa vapeur inhalée est également bénéfique en cas de grippe pour dégager les sinus et les poumons.

On peut même verser cette décoction dans notre bain, pour calmer nos nerfs stressés par les efforts et les émois des visites passées ou à venir, ou pour ses effets antisudorifiques, expectorants et relaxants.

La gomme-résine se recueille en plein été avec un picoué ou un gommeur. Elle se retrouve dans les anciennes forêts et est commercialisée comme remède pectoral sous diverses formes: pure, en gélule, en sirop, en bonbon, etc.

Thym (Thymus vulgaris): il en existe des dizaines de variétés, mais le thym vulgaire, ou encore dit anglais, est le plus puissant. Il est facile à cultiver même sous nos latitudes, avec du paillis ou un bon couvert neigeux. Appelé «farigoule» dans le Midi, le thym est employé dans le monde entier, tant en cuisine que comme déodorant ou antiseptique.

Même le célèbre rince-bouche Listerine en contient une bonne quantité. Les Grecs l’utilisaient en fumigation devant leurs autels pour purifier le temple. En cas de grippe ou de toux tenace, le plus simple est d’en boire en tisane, à raison d’un brin ou trois grammes par tasse, trois ou quatre tasses par jour avant les repas, avec ou sans miel du pays.

Sous forme d’huile essentielle, on le prend une goutte à fois, car lui aussi est des plus caustique, idéalement dans une cuillerée d’huile végétale.

En raison de sa haute teneur en thymol surtout, il faut tenir compte de plusieurs contreindications: début de grossesse, hépatite, hypertension et hyperthyroïdie.

 

Composé de miel médicinal ou électuaire antigrippal

Remplir une casserole d’eau aux deux tiers pour le bain-marie.

Déposer ces ingrédients dans un pot Masson de 500 ml:

  • 400 grammes de miel local baratté;
  • 1⁄2 tasse rase d’aiguilles de sapin cueillies une journée sèche;
  • 5 gousses d’ail sans le germe, préséchées 24 heures;
  • 10 brins de thym frais ou 4 cuillerées rases des feuilles séchées;
  • 2 cuillères à table de racine de guimauve;
  • 1 cuillère à table de gingembre frais coupé en lamelles.

Mettre le pot Masson qui contient le miel, les aiguilles de sapin, l’ail, le thym, la racine de guimauve et le gingembre dans le bain-marie et faire mijoter à feu très doux durant 15 minutes ou jusqu’à l’obtention d’une consistance liquide.

Retirer du feu, couvrir sans visser et laisser macérer trois jours.

Chauffer à nouveau le tout et filtrer le miel dans une étamine, puis couler dans un ou plusieurs petits pots de verre. Étiqueter. Consommer à la cuillère en cas de refroidissement ou ajouter à une tisane antigrippale, autant pour l’effet que pour la saveur.

Agréable et facile d’emploi, ce miel médicinal peut se prendre dans une tisane, une cuillère à table par tasse; couper la dose de moitié pour les enfants de 7 à 14 ans. Prendre trois fois par jour en cas de congestion ou de toux rebelle. Note: on peut choisir la méthode accélérée en faisant une décoction, sans le miel.

 

Rappelez-vous l’adage populaire: «Mieux vaut prévenir que guérir» !

 

Cultivez, récoltez au bon moment, sinon encouragez les cultures bio locales autant que possible, les variétés accessibles, car malgré un été ardent, l’hiver sera long en notre belle contrée nordique !