Nutrition et maladies neurodégénératives – PARTIE 1

Publié le 15 juin 2018
Écrit par Daniel-J. Crisafi, nd.a., m.h., ph. d.

Nutrition et maladies neurodégénératives – PARTIE 1
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Question : Mon père a la maladie d’Alzheimer et mon grand-père avait la maladie de Parkinson, toutes deux des maladies neurodégénératives. Est-il possible d’en prévenir le développement chez moi ?

 

Oui ! Mais avant de vous entretenir sur les façons de prévenir ces maladies, laissez-moi les définir et parler du composant héréditaire.

 

DÉFINITION

Une maladie neurodégénérative est une maladie dans laquelle il y a une perte progressive de la fonction ou de la structure des neurones. En d’autres mots, les neurones perdent leur capacité à fonctionner normalement ou bien leur quantité diminue progressivement. La maladie sera différente selon la région du cerveau qui est affectée. Parmi les maladies neurodégénératives les plus communes, nous retrouvons la maladie d’Alzheimer et la maladie de Parkinson.

Ces maladies sont graves parce qu’elles affectent le cerveau, le centre de contrôle de tout l’organisme. De plus, lorsqu’il est question de la perte de mémoire, l’effet est d’autant plus pénible, car il affecte notre capacité à nous identifier et à reconnaître les personnes que nous aimons. Il y a un sens où ce type de maladie perturbe radicalement l’expression de notre humanité, même si elle ne peut perturber notre humanité elle-même (rien ne saurait le faire). Dans le cas de la maladie de Parkinson, si la mémoire n’est pas affectée, c’est notre capacité de vivre pleinement qui le sera. Le drame de ces maladies est d’autant plus grand qu’elles se développent progressivement et que les personnes affectées se voient donc glisser progressivement dans cet état débilitant. Ce sont des maladies graves qui ont un effet douloureux sur les personnes atteintes ainsi que sur leurs proches.

 

GÉNÉTIQUE

Heureusement, et c’est le premier point que j’aimerais souligner, la génétique ne joue pas un rôle important dans le développement de ces maladies. En effet, de plus en plus de chercheurs soulignent que « presque tous les désordres neurodégénératifs ont un élément génétique mineur… ». Selon la Fédération québécoise de la Société d’Alzheimer : « La forme la plus courante de la maladie d’Alzheimer n’est pas héréditaire, mais “sporadique”. La forme héréditaire ou “familiale” est très rare… La maladie d’Alzheimer familiale représente moins de 5 % de tous les cas de maladie d’Alzheimer. » Vous avez bien lu… moins de 5 % des cas de maladie d’Alzheimer sont familiaux ou héréditaires ! Dans le cas de la maladie de Parkinson, l’incidence héréditaire est d’au plus 15 %. Ne soyons donc pas fatalistes lorsqu’il s’agit de ce genre de maladie et concentrons-nous sur les 85 à 95 % des facteurs qui sont potentiellement modifiables.

 

POURQUOI, ALORS ?

Si la génétique ne joue qu’un rôle minime dans le développement de ces maladies, la question est de savoir pourquoi elles se développent.

La littérature scientifique renferme de plus en plus d’études qui suggèrent que deux facteurs sont concernés dans le développement de ces maladies. Le premier est nutritionnel et le second, tout en étant influencé par la nutrition, est surtout environnemental. Regardons-les de plus près.

 

NUTRITION

Lorsqu’il est question de maladies dégénératives, la nutrition agit sur deux fronts. Elle aide à nourrir et à protéger. Deux phénomènes ont lieu chez les gens souffrant de ce type de maladie.

Il y a destruction progressive des cellules cérébrales ainsi qu’une réduction dans la réparation compensatoire. Les neurones s’endommagent plus rapidement que chez la moyenne des gens en plus de se réparer plus lentement. Ce déséquilibre entre l’anabolisme, c’est-à-dire la réparation ou la production de nouvelles cellules, et le catabolisme, c’est-à-dire la destruction des cellules, est à la racine même de ces maladies neurodégénératives.

Un bon nombre d’études soulignent l’importance de la nutrition dans la prévention des maladies neurodégénératives aussi bien que dans le ralentissement de leur progression lorsque celles-ci sont déjà présentes. Dès 1999, Gibson et Blass avaient souligné le rôle de la nutrition dans le traitement de maladies neurodégénératives. Les mêmes auteurs avaient noté, par exemple, que le stress oxydatif (radicaux libres) et la carence en zinc sont associés à la maladie d’Alzheimer aussi bien qu’à la maladie de Parkinson. Plusieurs autres études, dont des études bien plus récentes, ont pu démontrer que le lien entre la nutrition et les maladies neurodégénératives est incontournable. Dans cette section, j’aimerais mettre l’accent sur deux facteurs nutritionnels, les acides gras oméga-3 et les antioxydants.

Le cerveau est la partie du corps qui renferme le plus de gras. En effet, le poids sec du cerveau se situe entre 60 et 70 % de gras selon la méthodologie utilisée. Or, ces gras jouent plusieurs rôles, assurant une transmission nerveuse adéquate, facilitant le passage de nutriments cérébraux et agissant à titre de membrane protectrice des cellules cérébrales. Cette information nous permet de comprendre les bienfaits qu’ont les acides gras essentiels par rapport à la santé du cerveau. Les travaux de Simopoulos ont permis de comprendre, hors de tout doute, l’importance du ratio entre les acides gras oméga-3 et oméga-6.

 

Quelques sources alimentaires d’acides gras oméga-3

  • Maquereau
  • Saumon
  • Noix de Grenoble
  • Graines de chia
  • Graines de lin
  • Sardines
  • Graines de chanvre
  • Anchois
  • Jaune d’œuf

 

Choisir un supplément d’oméga-3 

Les acides gras oméga-3 sont composés d’ALA (acide alpha-linolénique), d’EPA (acide eicosapentaénoïque) et de DHA (acide docosahexaénoïque). Or, c’est ce dernier qui est particulièrement bénéfique pour les fonctions cognitives. Donc, si vous prenez un supplément d’acides gras oméga-3 pour ses effets sur le cerveau, préférez une formule qui contient un ratio d’environ 2:1 de DHA par rapport au EPA.

Les études publiées depuis 2003 continuent à souligner le rôle essentiel de ces bons gras, surtout les oméga-3, dans le maintien de la fonction cognitive. Des chercheurs ont démontré de façon concluante que la consommation d’acides gras oméga-3 peut, entre autres, prévenir et renverser la maladie d’Alzheimer. Ces « bons gras » exercent à la fois un rôle structurel : ils font partie de la structure des membranes cellulaires. Ils sont également anti-inflammatoires. Or, il est démontré que l’inflammation est un facteur causal et aggravant de ces maladies. Finalement, notons que les acides gras oméga-3 jouent aussi un rôle important pour réguler l’expression génétique. Il est donc évident que ces acides gras essentiels soient incontournables lorsqu’il est question de prévention ou de traitement de maladies neurodégénératives aussi bien que d’accidents vasculaires cérébraux, d’ailleurs.

Mais il n’est pas seulement question d’assurer un apport de bons gras alimentaires, il faut aussi protéger les lipides cérébraux. Le dommage causé par le stress oxydatif sur les cellules du cerveau est intimement lié au développement de la maladie d’Alzheimer aussi bien qu’à celui de la maladie de Parkinson.

Quelques sources alimentaires de polyphénols*

Fruits :

  • Bleuets
  • Cerises noires
  • Fraises
  • Framboises
  • Fruits citrins
  • Myrtilles
  • Pommes
  • Raisins foncés

*Les fruits cueillis mûrs et les aliments de culture biologique ont généralement considérablement plus de polyphénols.

Autres :

  • Cacao,
  • Thé blanc ou vert
  • Vin rouge

 

En effet, le stress oxydatif, ou dommage par les radicaux libres, pour utiliser la terminologie populaire, est l’un des plus importants facteurs dans le développement de ce type de maladie. C’est pour cela d’ailleurs que plusieurs études recommandent l’utilisation préventive et thérapeutique de diverses substances antioxydantes naturelles dans le traitement des maladies neurodégénératives. Parmi celles-ci, j’aimerais souligner la N-acétylcystéine, la vitamine E, le sélénium, le coenzyme Q10 et l’acide alphalipoïque. Une étude publiée dans la revue de neurologie Archives of Neurology de l’American Medical Association va jusqu’à suggérer que « l’utilisation combinée de suppléments de vitamine C et de vitamine E est associée à une fréquence et à une incidence réduite de la maladie d’Alzheimer. »

La supplémentation de ces antioxydants peut offrir un soutien préventif et thérapeutique important pour les personnes qui veulent prévenir ces maladies tout comme pour celles et ceux qui veulent ralentir la progression d’une maladie neurodégénérative déjà existante. En effet, plusieurs chercheurs spécialisés dans le domaine recommandent l’utilisation de suppléments d’antioxydants dans la prévention thérapeutique de ces maladies neurodégénératives.

 

POLYPHÉNOLS

Une autre catégorie d’antioxydants qui a attiré l’attention des chercheurs est celle des polyphénols. Les polyphénols sont la catégorie d’antioxydants la plus répandue dans l’alimentation de source végétale. Ces antioxydants alimentaires protègent les cellules du cerveau de la même façon que les antioxydants mentionnés précédemment.

Finalement, le curcuma, ingrédient actif du curry, est associé à une réduction du développement de la maladie d’Alzheimer en Inde. Des études chez les souris ont en effet démontré que le curcuma, en plus d’avoir des effets antioxydants et anti inflammatoires, pourrait réduire la vitesse de formation de plaques amyloïdes. Cette même étude va jusqu’à suggérer que le curcuma pourrait même détruire ces plaques.

 

CONCLUSION DE LA PARTIE 1

Vous n’avez pas à vous inquiéter si des membres de votre famille sont atteints de la maladie d’Alzheimer ou de Parkinson, car le facteur génétique y est minime. Par contre, dans une société où l’incidence des maladies neurodégénératives ne fait qu’augmenter, il est tout à fait approprié de s’informer sur les façons d’en réduire les risques. Comme on a pu le constater, l’alimentation est un facteur majeur dans le développement de ces maladies. Il est donc sage de « rajuster le tir » sur le plan alimentaire, pour ainsi dire, afin de mettre toutes les chances de votre côté.

Dans la deuxième partie de cet article, je vais vous entretenir sur trois autres facteurs essentiels dans le développement de ces maladies, soit : les xénobiotiques, l’oxygène et l’exercice. À la prochaine !

 

RÉFÉRENCES

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