Précieuses plantes médicinales indigènes

Publié le 29 septembre 2020
Écrit par Anny Schneider, auteure et herboriste-thérapeute accréditée

Précieuses plantes médicinales indigènes
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« Quelle est la pilule qui nous gardera tous bien portants, contents et sereins ? Ni celle de mon ou ton arrière-grand-père, mais les remèdes universels, essentiellement végétaux, de notre arrière-grand-mère la Nature ». Michel Lebœuf, Paroles d’un bouleau jaune

Les êtres humains sont des nomades depuis le fond des âges.

Partout où ils sont passés, ils ont apporté des changements et des plantes utiles pour être sûrs de pouvoir se nourrir et se soigner.

Ils ont surtout appris à connaître, grâce aux peuples d’origine depuis des millénaires, les végétaux du nouveau monde qui les entoure. 

D’où que nous venions, nous sommes tous des descendants des chasseurs-cueilleurs. Nous avons survécu essentiellement grâce à nos connaissances des ressources des milieux naturels ambiants. 

Depuis le début de la colonie, donc en plus de 300 ans, jusqu’à 80 % des plantes sauvages qui poussent maintenant dans le sud du Québec, cultures et friches sauvages comprises, ont été importées d’autres pays, prenant peu à peu la place des végétaux indigènes. Ceci s’explique surtout par les coupes forestières radicales, l’urbanisation accélérée et l’agriculture intensive, omniprésentes dans le sud de la province.

Cependant, dès que l’on pénètre dans une forêt nordique, le pourcentage s’inverse, et les arbres et plantes indigènes constituent jusqu’à 80 % des espèces présentes.

Actuellement, en Amérique du Nord, la demande et la vente de produits de santé naturels est en croissance de 20 % par an, côté flore sauvage médicinale aussi, car c’est un secteur convoité et très prometteur que celui des produits forestiers non ligneux (PFNL), alliant leurs précieuses vertus aux saveurs nouvellement redécouvertes. 

Malheureusement, il n’existe presque plus de recoins inexplorés outre la protection des écosystèmes vraiment intacts. Les solutions qui restent pour éviter la surexploitation sont la plantation d’arbres et d’espèces indigènes connexes. Toutefois, comme les arbres, les plantes vivaces indigènes mettent jusqu’à 10 ou 15 ans pour se reproduire, et cela, uniquement dans des conditions très similaires à leur habitat originel. Ce qui implique de pousser en colonie de plusieurs centaines d’individus, un peu comme les animaux et les êtres humains, pour éviter la consanguinité. 

Par conséquent, les plantes d’ici sont de plus en plus rares et non pas moins précieuses. De pouvoir profiter éthiquement et longtemps de leurs bienfaits est une bonne idée, pourvu que leur cueillette soit mieux réglementée, la quasi-éradication de l’ail des bois et du ginseng étant des exemples-repoussoirs à ne pas répéter. Heureusement, au Québec, à la fin du siècle passé, des botanistes et des biologistes se sont penchés sur cette problématique et ont généré cette loi vouée à la protection des espèces rares.

Loi sur les espèces menacées ou vulnérables

Cette loi stipule que nul ne peut, à l’égard d’une espèce floristique menacée ou vulnérable :

  • Posséder hors de son milieu naturel, récolter, exploiter, mutiler, détruire, acquérir, céder, offrir de céder ou manipuler génétiquement tout spécimen de cette espèce ou l’une de ses parties, y compris celle provenant de la reproduction. (Article 16)
  • Exercer sur son habitat une activité susceptible de modifier les processus écologiques en place, la diversité biologique présente et les composantes chimiques ou physiques propres à cet habitat. (Article 17)

Quelques arbres et plantes indigènes multiutilitaires

À noter que ceci est seulement une courte liste parmi les centaines d’arbres et de plantes indigènes du Québec, dont certaines sont décrites en détail dans mon plus récent ouvrage. Dans la liste ci-après, seuls l’ail des bois, le bouleau jaune et le grand pin blanc sont en péril.

Il faut cueillir uniquement les parties utiles, parcimonieusement, avec gratitude et respect.

L’ail des bois (Allium tricoccum) 

Noms populaires : plante puante, poireau des bois. Plante vivace se reproduisant par ses graines dans un cycle de 7 à 10 ans, essentiellement par division des bulbilles. Depuis des siècles, bien avant la colonisation, les peuples autochtones consommaient avidement ces premières feuilles sulfureuses pour se purger des parasites intestinaux accumulés dans les viandes moins fraîches des fins d’hiver. Comme l’ail des ours européen, on le consomme comme dépuratif et tonique printanier, cru de préférence. Depuis 1995, au Québec, il figure parmi les rares espèces protégées par la loi, figurant dans la liste du Règlement sur les espèces floristiques menacées et vulnérables et leurs habitats Il est interdit d’en cueillir plus de 50 bulbes sous peine d’amende variant de 500 à 2 000 $ selon la quantité saisie. L’ail est un dépuratif, hypotenseur, fongicide, révulsif, vermifuge, tonique, à cueillir très parcimonieusement. Prélever uniquement les feuilles des jeunes spécimens non fructifères, d’un plant sur vingt, ajoutées à une salade, une vinaigrette ou une soupe, en fin de cuisson. 

L’asclépiade (Asklepias syriaca et ssp.)

L’été, l’asclépiade produit de jolies fleurs roses qui sentent divinement bon et nourrissent les magnifiques papillons monarques. Cette plante est en voie de disparition dans les friches, car beaucoup de gens l’arrachent sans savoir qu’ils pourraient attirer ces beaux papillons nomades qui en dépendent pour leur survie. Ils pondent leurs œufs dessus, et leurs chenilles se nourrissent exclusivement du nectar et des feuilles de cette plante. Le nom « asclépiade » est originaire du grec « Asklepios », Dieu de la médecine. La plante soigne toutes sortes de problèmes, dont ceux du cœur, de la lymphe et de la peau. On la cultive à nouveau au Québec pour les propriétés isolantes des aigrettes de ses graines, supérieures à toutes les fibres synthétiques. Sa cousine, l’asclépiade incarnate, est encore plus rare, car elle ne survit que près des eaux douces très saines.

La clintonie boréale (Clintonia borealis)

C’est une plante indigène qu’on utilise contre les moustiques. Écrasée, elle sent et goûte le concombre. Plante de survie en forêt si on manque d’eau et de vitamines, les Indiens en mangeaient pour se rafraîchir et l’utilisaient contre les plaies. Elle ressemble à l’ail des bois, ou encore aux feuilles de muguet, mais son habitat, son odeur, son goût et sa texture en sont différents. Il faut bien observer et user de tous ses sens, ou avoir recours à un ou une guide pour apprendre, surtout en herboristerie !

La salsepareille (Aralia unicaules)

Le rhizome de la salsepareille peut être long de quelques mètres. C’est le cousin du ginseng. Cette plante, aussi appelée « aralie à tige nue », est une excellente tonique glandulaire, surrénalienne surtout, et c’est une bonne dépurative du sang. Sa cousine plus rare (Aralia racemosa) a longtemps été utilisée pour parfumer la racinette, ou root beer. Actuellement, une importante recherche se fait sur cette plante à l’Université de Montréal en partenariat avec la Clé des champs, herboristerie la plus connue au Québec.

L’huperzie (Huperzia lucidula, serrata spp.)

De la famille des lycopodes, l’huperzie est une plante d’origine préhistorique. Les lycopodes étaient grands comme des arbres du temps des dinosaures et ont ratatiné jusqu’à la taille d’une douzaine de centimètres. L’huperzie a des propriétés antioxydantes. En Chine, on fait des recherches avec succès contre l’Alzheimer, et même le diabète. Les lycopodes en général diminuent les spasmes et douleurs au simple contact. Leur poudre jaune soigne les plaies.

La savoyane (Cotis trifolia)

La coptide trifoliée ou coptide du Groenland est appelée plus communément « savoyane ». Sa racine est un fil doré qui nous aide à nous connecter à la terre et à nous nettoyer des bactéries et des virus. C’est aussi un antiseptique puissant, entre autres, pour traiter les problèmes de gencives, et on en mâche quelques filaments très amers, contre les ulcères, de la bouche à l’estomac et aux intestins. On peut aussi la concentrer en teinture mère, dans l’alcool à 40 % de préférence. C’est une plante assez répandue dans les vieux sous-bois humides, sous les conifères.

Les plantes indigènes aiment croître en colonie et mettent parfois 7, voire 15 ans à fructifier. Elles sont d’autant plus précieuses qu’elles se reproduisent très lentement.

N’en cueillir qu’une sur vingt, et seulement en cas de grande nécessité.

Protéger leur habitat pour leur permettre de se reproduire est le mieux qu’on puisse faire !

Précieux arbres et arbustes indigènes

Le sapin baumier (Abies balsamea)

Le sapin, notre conifère chouchou médicinal, pas juste à Noël, est un arbre typiquement indigène du Québec, présent depuis des milliers d’années. 

La gomme de sapin est un remède utilisé depuis toujours par les premiers peuples. Il suffit de percer une vésicule dans l’écorce pour extraire cette gomme qui est exportée dans le monde entier pour ses vertus. Les anciens l’utilisaient comme diachylon ou sparadrap. C’est un anesthésique qui cautérise les plaies, arrête le sang et soigne aussi les poumons. La gomme est très bonne contre l’asthme et même les problèmes intestinaux. Les jeunes pousses terminales se cueillent en mai pour être bues en décoction, macérées dans le miel ou préparées en teinture mère ou en sirop, sinon séchées pour les tisanes.

Le bouleau jaune (Betula alleghaniensis)

Arbre très puissant à l’écorce gris-blond effilochée, le bois du bouleau jaune a été utilisé pendant longtemps pour la construction, comme bois de charpente, ainsi que pour les portes et fenêtres. L’extrait de bouleau jaune contient du méthyle salicylate, utilisé pendant très longtemps comme anti-inflammatoire. Il est possible de percevoir sa saveur lorsque l’on grignote le pétiole, la partie qui relie la petite feuille à la tige : ça goûte le thé des bois (Gaultheria procumbens), une autre indigène minuscule de nos grandes forêts de feuillus mixtes du sud).

Le bouleau jaune est également utilisé comme analgésique et antirhumatismal. On retrouve son huile essentielle dans les déodorants, les rince-bouche, et les pommades analgésiques.

Le thuya (Thuja occidentalis)

Le thuya fut appelé à tort « cèdre » ici, parce que le bois a un grain similaire au cèdre du Liban (Cedrus libani), mais il en est très différent. En plus de se trouver dans les forêts humides sous forme d’arbre multicentenaire pouvant atteindre 15 à 20 mètres de haut, le thuya fait partie de la plupart des haies des Québécois. Les Premières Nations l’utilisaient autant comme structures pour leurs tipis ou wigwams que comme tapis dans les saunas ou les tipis. Il a longtemps servi de poteau de clôture, évidemment pour les bardeaux, et même pour faire des meubles.

On fait des décoctions à partir des jeunes pousses terminales du printemps pour nettoyer le foie et le sang. Il faut les employer à petites doses, pas plus qu’une cuillère à thé par tasse, car il s’agit d’un draineur très puissant qui contient du thuyone, puissant cétone monoterpénique, qui peut provoquer des convulsions si on en abuse.

L’huile essentielle de thuya sert également de fongicide, ajoutée à de l’huile ou à un onguent, contre les champignons des ongles et les verrues. On peut également l’utiliser comme encens : faire sécher ses rameaux et les faire brûler pour nettoyer les mauvaises énergies dans une maison. Il est aussi employé dans les rites mortuaires, pour aider l’âme à quitter le corps en douceur.

Le pin blanc (Pinus strobus)

C’est l’arbre le plus grand de la forêt québécoise, pouvant aller jusqu’à 40 mètres de haut : le magnifique pin blanc. Très connu et malheureusement victime de son succès à cause de sa force et de sa solidité, il a été coupé pour son bois précieux. Exploité pour fabriquer les navires de la flotte anglaise, il a également été utilisé pour faire le plancher du château de Versailles et autres palais des élites.

Le pin blanc est bien l’arbre qui a sauvé l’équipage de Jacques Cartier du scorbut lors de la seconde expédition de l’explorateur au Canada pendant l’hiver 1535-1536, grâce aux connaissances des Iroquois. La gomme de pin blanc sert à guérir les infections des gencives, des poumons, de l’estomac, et les douleurs articulaires. Ses aiguilles ou ses bourgeons en décoction ou en tisane sont de puissants antioxydants.

Plus on a besoin de la nature, mieux on apprend à la connaître et à l’aimer. N’oubliez pas : la nature est un immense musée vivant, pas inépuisable mais généreux de ses innombrables trésors et vertus. À nous de l’étudier attentivement et de la préserver activement, pour nos petits-enfants et les leurs !

 

RÉFÉRENCES

Kun Nipiu Falardeau Isabelle,: Usages autochtones des plantes médicinales du Québec, cinq livres et un index. www.lametisse.com

Lamoureux Gisèle Fleurbec Lévis, Flore printanière Gisèle Éditions révisée 2002, 576 pages

Lebœuf Michel Le Québec en miettes Collection Nature sauvage, 2012, 207 pages

Lebœuf Michel Paroles d’un bouleau jaune Éditions Multi-Mondes HMH Montréal 1 er trimestre 2018, 218 pages

Foster Steven and James Duke Peterson Field Guide to Medicinal Plants and Herbs of Eastern and Central North America, Third Edition, Peterson field Guide Boston 201, 366 pages

Plante Berthier L’Anneda, l’histoire d’un arbre, SHAQ, 2018, 100 pages

Schneider Anny et Denis Gref Plantes médicinales indigènes du Québec Éditions de l’Homme 2020, 300 pages, mon dernier bébé!

 La liste complète des espèces et les textes de lois entourant leur protection sont disponibles sur le site du MDDECC : http://www.environnement.gouv.qc.ca/biodiversite/especes.

Anny Schneider, autrice, professeure et herboriste-thérapeute accréditée.