Racines nutritives et guérissantes

Publié le 20 septembre 2017
Écrit par Anny SCHNEIDER, Auteure et herboriste-thérapeute accréditée

Racines nutritives et guérissantes
Coffret Deuil (1)

Notre destin, quand nous voulons l’isoler de tout et de tous, ressemble à ces plantes vivaces qu’il est impossible d’arracher avec toutes leurs racines…François Mauriac dans Thérèse Desqueyroux

 

Quand, du printemps à l’été, les plantes ont généré leurs tiges et leurs feuilles, leurs fleurs, leurs fruits et leurs graines, l’automne venu, leur sève et leurs nutriments refluent vers les racines pour s’y concentrer, et faire leur synthèse jusqu’au printemps.

Ces racines sont des organes de réserve et de concentration des énergies, des nutriments et des principes actifs captés durant la belle saison. Ceci explique la complexité et les richesses nutritives et guérissantes des racines.

Propres aux plantes bisannuelles et aux vivaces : ancrage au sol, pivot, organe de réserve et garantie de pérennité, les racines sont nutritives et thérapeutiques à plus d’un titre.

Cultivées en champs et au jardin, elles constituent le type de légumes les plus abordables et accessibles des saisons froides.

 

LÉGUMES POPULAIRES BIEN ENRACINÉS DANS LES JARDINS ET LES TRADITIONS

  • Betterave rouge (Beta vulgaris rubra):

Riche en flavonoïdes dont la betalaïne, en vitamines du complexe B, en glutamine (les feuilles aussi), en sucres simples doubles et complexes, et surtout en minéraux et oligoéléments. C’est un excellent dépuratif sanguin et tonique immunitaire et nerveux. Elle est plus assimilable à l’état cuit ou déshydraté, à cause de la présence d’acides oxaliques et de sa cellulose très dense. En bortsch, en salade, en jus ou marinées, qu’importe, mangez-en souvent !

  • Carotte (Daucus carota):

C’est la championne des légumes pour sa densité en carotène et en sucres divers ; on bénéficie le mieux de ses composantes en la faisant cuire à l’étouffée, sinon en extrayant son jus et sa pulpe, sans la jeter, avec un excellent extrateur à jus. Cholagogue, laxative et pectorale, elle est aussi un bon dépuratif sanguin et clarifiant de la peau qui aide à mieux tolérer les rayons UV.

  • Céleri-rave (Apium  sativus) :

Très reminéralisante, car elle est riche en calcium et en phosphore, la racine de céleri-rave est utile contre la cystite, la prostatite et la déminéralisation. À préparer en décoction, en jus, en rémoulade, en salade finement râpée ou encore cuit en potée.

  • Panais (Pastinaca sativa) :

Très riche en potassium et en sucres divers, le doux panais gagne en saveur quand on le fait griller ou cuire à l’étouffée.

  • Pommes de terre (Solanum tuberosum):

Ah ! Les bonnes patates, toutes d’origine péruvienne, qui ont sauvé des peuples entiers de la famine ! Trois siècles plus tard, elles ont ramené les Irlandais en Amérique, quand leurs champs furent envahis par le phylloxera. Mais aujourd’hui encore, plus de 160 types de maladies différentes menacent nos centaines de cultivars de nos chères pommes de terre !

Appliquées crues et râpées, elles sont merveilleuses contre les brûlures et diverses infections de la peau. Comme aliments, elles s’apprêtent de cent façons et sont toujours savoureuses, même si elles sont moins saines, sous forme de frites, ou pire en croustilles, trop imbibées d’huile et de sel. Leurs feuilles, très riches en solanine, sont toxiques mais insectifuges.

  • Radis rouge (Raphanus sativus):

Nos jolis jeunes radis rouges sont les bienvenus au printemps, pour nettoyer et fluidifier la lymphe et le sang. Conseillés en apéritif, avec ou sans beurre et sel, leur soufre très assimilable assainit autant le côlon que les sinus.

  • Radis noir (Raphanus niger) :

Il est un des meilleurs cholagogues et cholérétiques, et, pour nettoyer le foie et la vésicule, son jus se vend en ampoules, souvent combiné à l’artichaut. En salade, son goût très fort est atténué dans une vinaigrette au yogourt ou au soya.

  • Navets (Brassica napus ssp.):

Le petit navet blanc est le plus piquant et gagne à être légèrement bouilli ou grillé. Riche en soufre, en calcium et en potassium, il est bénéfique pour les os et les poumons, un peu comme son cousin le rutabaga (Brassica napus). Cette grosse betterave orangée se conserve très longtemps, surtout à l’obscurité humide. Il est très économique et bénéfique pour les reins et la vessie. Dans les pays germaniques, on fait une excellente choucroute avec les rutabagas lactofermentés.

  • Topinambours (Helianthus tuberosus):

Ces jolis tubercules asymétriques croissent à l’autre pôle de grandes tiges de marguerites jaunes. Les topinambours contiennent des prébiotiques fort utiles pour le microbiote, notamment le lévulose et l’inuline.

Précieux pour les diabétiques, ils aident aussi les colitiques à se reconstituer une flore intestinale saine. Il faut néanmoins le faire bouillir et y ajouter des plantes carminatives comme le cumin ou la sarriette. Leur goût de cœur d’artichaut est délicieux, et ils sont tellement faciles à cultiver !

 

PRÉCIEUSES RACINES SAUVAGES MÉDICINALES

Dans les nombreuses terres laissées en friche du sud du Québec, avec la permission du propriétaire bien sûr, on trouve facilement de ces plantes à racines, qui poussent souvent en colonie. Elles aussi ont l’esprit de famille ! Excepté l’acore, plutôt rare, comme les zones humides saines où elle croît, on peut cueillir la plupart sans risquer l’éradication de l’espèce, quoi qu’il soit logique de se limiter à une racine sur vingt pour ne pas nuire à leur chance de survie ou de reproduction.

  • Acore ou belle-angélique (Acorus americana):

Cette plante aquatique de la famille des joncs pousse en peuplement dense dans des zones humides du sud du Québec. Sa racine est révérée par les peuples des Premières Nations, qui l’utilisaient comme bactéricide, antibiotique et vermifuge ainsi que dans des rites unificateurs. On peut simplement en mâcher de petites tranches fraîches et expérimenter sa saveur piquante et aromatique. Sa cousine européenne, l’acore odorant (Acorus calamus), est employée en phytothérapie comme digestif et bactéricide.

  • Bardane (Arctium lappa):

Cette plante, très impressionnante en 2e année surtout, qu’on appelle aussi « gracchia » ou « toques », est remarquable. En interne, elle est délicieuse au goût, même en potage, elle régularise le taux de sucre et soigne les maladies de peau. On cueille surtout la racine, en fin de première année.

  • Chicorée (Cichorium intybus):

Cette superbe bisannuelle à jolie fleur en étoile bleu lavande offre une fine racine pivotante, excellente pour réguler le pancréas et comme diurétique doux. Difficile à extraire, on peut se rabattre sur les paquets de chicorée belge, faciles à trouver dans les épiceries fines et naturelles, pour en faire des décoctions ou pour ajouter dans le filtre afin de couper l’acidité du café.

  • Chiendent (Agropyron repens):

On l’appelle la « peste des jardiniers », et pourtant, les chiens l’adorent, pour se purger les intestins et le sang avec ses feuilles sucrées et chargées de chlorophylle et de vitamine E et C. Ses longs rhizomes préparés en décoction sont de puissants dissolvants des pierres aux reins ou à la vésicule et de l’acide urique.

  • Patience (Rumex crispus ou orbiculata):

Ses jeunes feuilles peuvent se manger en salade ou en soupe. Mais, le plus souvent, on utilise la racine pour ses effets laxatifs et dépuratifs. C’est aussi un tonique intestinal et utérin. Elle est riche en fer, à preuve, elle est garnie de nombreuses graines de couleur rouille, qui attendent le printemps pour se ressemer.

  • Renouée japonaise (Reynoutria japonica ou Polygonum cuspidatum ou encore Fallopia japonica):

Cette chère renouée asiatique géante, si forte et vivace, est considérée à tort comme une plante invasive indésirable.

Ses feuilles contiennent beaucoup de vitamine C ou encore d’acide oxalique neutralisé en partie par l’ébullition en potage, très populaire en Asie. Ses racines, surtout, contiennent plusieurs composantes immunomodulatrices comme l’émodine, des catéchines et surtout le fameux resvératrol en grande quantité ! Celui-ci renforce les vaisseaux sanguins, mais agit aussi comme antioxydant dans les cancers, le psoriasis ou, pire, la maladie de Lyme.

  • Pissenlit (Taraxacum officinale):

Sa racine est une source importante d’inuline, de lactones et surtout de potassium, qui nettoient à merveille la vésicule, le pancréas et les reins. Sa disponibilité d’invasive bienveillante est omniprésente, ne nous gênons pas pour la déterrer de chaque sol sain, car elle se reproduit d’elle-même facilement !

  • Salsepareille (Aralia nudicaulis):

Le rhizome de la salsepareille peut être long de quelques mètres. Cette plante forestière, aussi appelée « aralie à tige nue », est une excellente tonique glandulaire, surrénalienne surtout, et c’est une bonne dépurative du sang. Sa cousine, la grande salsepareille (Aralia racemosa) a longtemps été utilisée pour parfumer la bière de racinette ou « root beer ». Actuellement, une importante recherche se fait sur cette plante à l’Université de Montréal, en partenariat avec la Clé des champs, l’herboristerie la plus connue au Québec. Plusieurs tribus autochtones l’appelaient « oscar » et la révéraient pour ses vertus.

  • Valériane (Valeriana officinalis):

Cette jolie fleur d’un blanc rosé au parfum enivrant autour du solstice est reliée à une sombre racine fasciculée au parfum repoussant. Par contre, cette racine est un des meilleurs calmants du système neurosensoriel. Ce n’est pas pour rien qu’on nomme la valériane le « valium végétal ». Pour calmer les tensions nerveuses et même les crampes intestinales, cause de son odeur fétide, il est plus logique de la consommer en teinture mère diluée dans du jus.

 

SALUER LA MAGIE DES RACINES

Outre des milliers de bactéries et autres micro-organismes amis, on dit qu’un peuple invisible et souterrain travaille pour la croissance et l’expansion de nos braves racines et même pour garder le monde en bon ordre. Ce sont les gnomes, de petits lutins malicieux, mais aussi des travailleurs opiniâtres, qui sont affiliés à l’élément Terre.

Si on boit ou mange souvent des racines, elles nous aident à rester psychiquement bien ancrés, terre-à-terre et respectueux de ce vénérable socle qu’est Gaïa, notre berceau, habitat et garde-manger depuis des millénaires.

Gratitude envers tous ces êtres, petits et grands, visibles et invisibles, qui nous nourrissent, nous logent, nous soignent et nous supportent, été comme hiver !

 

RÉFÉRENCES

Sur demande.