Raviver sa chaleur avec les aliments et les concentrés adéquats

Publié le 16 février 2023
Écrit par Anny Schneider, autrice, conférencière et herboriste-thérapeute accréditée

Raviver sa chaleur avec les aliments et les concentrés adéquats
Expo Manger Santé 2 dates

L’eau chaude n’oublie pas qu’elle a déjà été froide.

Proverbe sénégalais

 

C’est au pire du froid extérieur qu’on cherche le plus à se réchauffer. Comme tous les nutriments qu’on ingère, c’est par l’intérieur, après assimilation, que se gardent à une température optimale nos organes nobles, cœur, sang et lymphe compris.

Dans la médecine traditionnelle chinoise, ou MTC, l’élément du feu est relié au sud, à l’été, à la chaleur, mais aussi au cœur et au sang, donc il s’agit d’ingérer des aliments et des plantes qui renforcent ces organes. De consommer des plantes amères, d’autres riches en fer et en chlorophylle, parfois les mêmes : épine-vinette, coptide, patience, rhubarbe, voire l’ortie, plus neutre mais si assainissante et nutritive pour le sang et les organes nobles. Même porter du rouge ou de l’orange l’hiver peut augmenter sensiblement notre température et notre moral !

Nettoyer le foie assainit même parfois le sang et aide à mieux stimuler sa circulation, du cœur aux capillaires.

 

Pratiques traditionnelles pour vaincre le froid

Pour conjurer le froid, le pire ayant lieu en février, l’hydrothérapie est un des meilleurs moyens d’activer notre carburateur intérieur. Les plus jeunes et mieux entraînés pratiqueront les bains glacés. Forcément de tradition nordique, parfois après des saunas, des hammams ou d’autres séances de sudation. L’hydrothérapie clinique réactivée par Kneipp et les nombreux spas toujours en fonction sont une bonne manière d’augmenter notre thermostat intérieur.

Moi-même, je pratique depuis longtemps la douche écossaise et conclus régulièrement mes ablutions avec une douche froide qui, en outre, empêche les muscles et la peau de ratatiner, sans oublier les bienfaits pour le système immunitaire et la résistance au froid.

 

Diète thermogène plus que calorifique

Les premiers peuples nordiques d’Amérique, s’ils consommaient très peu de glucides, comme les céréales, par exemple, ingéraient quotidiennement surtout des animaux marins, pour leurs protéines et leurs acides gras.

Pour se protéger des froids polaires, ils s’enduisaient même le corps entier d’huile de phoque ou de baleine, la même qui leur servait à se chauffer et à s’éclairer.

Même si, dans notre Québec méridional, ces types de gras sont introuvables ou alors hors de prix en capsules, comme les omégas 3 de phoque, nous avons accès à bien d’autres matières grasses, végétales pour la plupart.

Consommer de bonnes huiles et même s’en enduire le corps aide aussi à combattre le froid : coco, chanvre, tournesol, voire canola ou olive, avec 5 % d’une huile essentielle ajoutée (lavande, romarin ou sapin) sont les meilleures lotions pour le corps, pour leur aspect tant écologique qu’économique ou de protection.

Par ailleurs, ingérer suffisamment de graines et de noix, en plus grande quantité l’hiver que l’été, est bénéfique et très accessible : huiles et beurres d’arachide, de chanvre, de tournesol ou de sésame.

Personnellement plus naturiste que végétarienne, je prépare occasionnellement des ragoûts riches, avec du poulet ou de l’agneau local ainsi que bien des légumes racines et des épices fortes dont il est question plus loin.

Surtout si on est mince et dispose d’une très fine couche de gras isolant, il est encore plus important de réchauffer ponctuellement sa chaudière interne. Nous sommes relativement chanceux, car même en période d’austérité dans le sud de la province, nous disposons d’une énorme variété d’aliments importés du monde entier.

Si on ne souffre pas d’une allergie, on peut appliquer cette règle informelle des 4-2-1 dans chaque assiette-repas.

Quatre portions de glucides, céréales et légumes racines inclus, deux unités de protéines, et une de lipides.

Exemples de menus simples :

Au petit déjeuner : gruau d’avoine comme base, lait de soya pour délayer et, pour les protéines, deux cuillères à soupe de graines de lin moulues à titre d’adjuvant.

En guise de dîner : salade de roquette à l’huile de cameline, filet de poulet sauté, riz au cari.

Au souper : purée de racines (carottes, panais et navets) avec gras de coco et deux œufs bio.

Voici ce qui correspond à mon terrain, à mon tempérament et à ma glycémie. Je ne manque jamais d’énergie et maintiens mon poids santé depuis 40 hivers au Québec. Tous les humains étant différents, choisissez les aliments et les adjuvants qui vous conviennent le mieux.

 

Végétaux réchauffant d’ici

Au Canada, certaines familles de végétaux sont faciles à cultiver l’été et renferment leur lot de soufre et d’autres sulforaphanes, des antioxydants et des dépuratifs sanguins comme ceux de la grande famille des alliacées et des crucifères.

C’est un bon choix de consommer souvent des végétaux de la famille des crucifères, crus ou cuits à la vapeur. Ceux-ci nettoient et nous protègent des agrégats anormaux et de l’accumulation de gras indésirables dans le sang, la lymphe et les artères. Crus de préférence, les choux les plus verts possible, le brocoli, le daïkon, le kale, le rapini, le chou de Savoie ou la roquette devraient être quotidiennement ajoutés au menu. Si vous les digérez mal, lactofermentez-les et ajoutez de l’aneth, de la coriandre, du cumin, du carvi ou du fenouil, des carminatifs reconnus.

Un de nos meilleurs adjuvants piquants nordiques est, bien sûr, le raifort (Cochlearia armoracia), cet importé acclimaté si agréable au goût. C’est un digestif et aussi un bon antihistaminique, décongestionnant naturel et tonique général.

Les alliacées amies : ail en tête, échalotes et oignons de tous types ensuite, merveilleux hypocholestérolémiants, dépuratifs sanguins et assainissant des vaisseaux, ce sont des bactéricides au contact autant en interne qu’appliqués en cataplasmes, contre les infections des bronches ou de la peau. Attention, ne doutez pas de l’effet réchauffant de l’ail, broyé et appliqué pur sur la peau, il peut occasionner une brûlure au 3e degré. En interne, à dose raisonnable, un caïeu par plat et par personne, il est plutôt bénéfique.

L’autre solution, moins odorante, c’est de préparer un vinaigre à l’ail, un merveilleux tonique immunitaire, lipotropique, prophylactique et anticoagulant.

Un des moyens et remèdes simples et sûrs pour mieux résister au froid est de faire bien plus de cuisine maison et d’y incorporer des plantes piquantes des régions éloignées de l’extrême sud.

Rappelons aussi que le terme épicier vient d’épices, un des produits précieux que la plupart de nos ancêtres agriculteurs allaient quérir avec d’autres raretés que la terre locale ne pouvait produire.

La plupart des épices nécessitent un long temps d’ensoleillement et de chaleur, ce qui limite leur production à l’hémisphère sud.

On en importe de plus en plus, les meilleures sont évidemment celles certifiées bio, en graines, ou les racines entières fraîches ou séchées. On les pile ou moud au mortier, juste avant l’emploi, en cuisine ou comme remède.

 

Épices renommées pour leur bon goût et leurs effets réchauffants

Apéritives, aromatiques, bactéricides, carminatives, digestives, diurétiques, galactagogues, pectorales, toniques ou révulsives, les épices font désormais partie de notre quotidien, de la cuisine à l’armoire à pharmacie.

 

Cayenne (Capsicum annuum ou frutescens) : ce petit piment qui se cultive facilement ici est une des meilleures sources de chaleur végétale qui soient. Son quota calorifique se mesure en équivalent BTU ou plutôt en unités sur l’échelle de Scoville, soit de 30 à 5 000 selon la variété. On le retrouve dans plusieurs sortes de cataplasmes adhésifs géants ou encore dans des pommades puissamment analgésiques.

En interne, on peut le prendre en poudre, dans la cuisine, sinon dans des formules toutes prêtes (par exemple, le Tabasco), et en teinture mère dans l’alcool ou le vinaigre. C’est également un bon casse-grippe grâce à son effet bactéricide et sudorifique.

Galanga (Alpinia officinarum) : cette autre zinzimberacée est originaire d’Indonésie et très utilisée dans les cuisines asiatiques du sud. On l’appelle aussi le gingembre bleu. Sa racine, plus pâle, est ligneuse, au goût très piquant et aromatique. On l’ajoute râpé dans les mijotés ou les soupes, sinon pris en décoction contre les bronchites ou les indigestions.

Gingembre (Zinziber officinale) : originaire du sud des Indes et de la Chine, ce rhizome aromatique et piquant est utilisé depuis la nuit des temps. On en fait des bonbons, du confit, des sirops, de la limonade, et on l’utilise fraîchement râpé dans nombre de plats exotiques, sinon en poudre ou en décoction simple, contre la nausée. On l’ajoute même dans le très connu Gravol. En cataplasme, dilué dans de l’huile de lin, par exemple, c’est un révulsif utile contre les bronchites à mucus ou encore les furoncles.

Poivres (noir, blanc, etc.) (Piper nigrum et spp.) : originaires du sud-ouest de l’Inde et du Ceylan, le poivre vert vient des fruits cueillis immatures, le blanc vient de ceux trempés huit jours, et le noir, des fruits mûrs séchés. Ses vertus sont nombreuses : aphrodisiaque, antioxydant, bactéricide (estomac, plaies), décongestionnant des sinus, bronchodilatateur et parasiticide. Actuellement, on étudie sa pipérine aux vertus anti-Alzheimer et même anticancéreuses, combinée à l’huile d’olive et au curcuma, comme l’a prouvé le Dr Richard Béliveau.

 

Avec l’un et l’autre de ces délicieux condiments, chargés du soleil de l’extrême sud, parsemés çà et là sous diverses formes et dans diverses recettes dans votre assiette, votre hiver n’en sera que plus aromatique, cordial et piquant, et, finalement, plus réjouissant !

En conclusion, bains froids et chauds, sauna, hammam, chaussettes, gants et chapeau en laine (alpaga, angora ou mouton), bouillotte, feu de bois, diète adéquate (comfort food), exercice régulier, compagne et compagnon chaleureux ainsi que l’amour qui réchauffe toujours et partout, outre l’Hydro-Québec toujours fonctionnelle : tout ceci constitue des outils précieux pour mieux traverser le pire de l’hiver, aussi l’ère de cristal, par ailleurs si apaisante et assainissante, si on l’apprivoise adéquatement.