Reduire son impact sur le climat : les actions individuelles les plus efficaces

Publié le 16 octobre 2017
Écrit par Gabriel Parent-Leblanc. B. Sc., M. Env.

Reduire son impact sur le climat : les actions individuelles les plus efficaces
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Il existe une panoplie d’actions citoyennes pour réduire son empreinte écologique que les plus écolos d’entres nous pratiquent assurément déjà : recycler, manger moins de viande, acheter bio et local, utiliser le transport en commun, etc. Mais malgré toute notre bonne volonté, est-ce que ces actions ont réellement un effet ?

 

C’est ce que deux chercheurs des universités de Colombie-Britannique et de Lund, en Suède, ont tenté de quantifier dans leur étude « The climate mitigation gap: education and government recommendations miss the most effective individual actions ». Son résumé, publié en juillet 2017 dans le journal scientifique Environmental Research Letters, tente effectivement de déterminer quelles actions individuelles sont les plus efficaces dans la lutte contre le réchauffement climatique.

Pour ce faire, les deux scientifiques ont analysé la littérature et ont calculé l’impact de diverses actions en matière de tonnes de CO2 équivalent à partir de 148 scénarios provenant de 39 sources. Je dois l’avouer tout de suite, les conclusions de l’étude sont assez surprenantes et mettent en doute l’efficacité des gestes les plus souvent mis de l’avant par les différents organismes et paliers gouvernementaux pour réduire notre impact sur l’environnement. C’est pourquoi je trouvais important de partager ces données ! À noter que les lignes à venir ne sont pas écrites dans le but de vous décourager ou de vous dire quoi faire et quoi ne pas faire, mais plutôt de vous faire réaliser l’étendue de nos actions. Le tout est écrit sans jugement, j’ai moi-même beaucoup changé d’avis quant aux actions les plus efficaces.

 

Sans plus tarder, voici les 4 actions les plus efficaces pour réduire notre impact sur le climat :

1. Avoir 1 enfant de moins (-58,6 t CO2 é) ;

2. Vivre sans voiture (-2,4 t CO2 é) ;

3. Éviter les voyages en avion (-1,6 t CO2 é) ;

4. Avoir une alimentation exclusivement végétale (-0,8 t CO2 é).

 

Vous êtes peut-être aussi étonné que moi de voir l’importance d’avoir un enfant de moins. On entend souvent parler de l’impact du transport et de la consommation de viande, mais très rarement de l’aspect démographique ; il s’agit d’un sujet tabou. De là l’importance de l’étude : on ne concentre pas nos énergies dans les bonnes actions, du moins celles qui ont un réel impact. Trop souvent, les organismes environnementaux et le gouvernement encouragent les citoyens à effectuer des actions simples, mais qui ont finalement un impact faible, comme le recyclage ou changer ses ampoules pour des modèles plus efficaces. L’étude arrive effectivement à la conclusion que ces deux actions sont respectivement quatre et huit fois moins efficaces qu’une diète végétalienne. Est-ce que ça veut dire que l’on devrait arrêter les actions à faible impact ? Bien sûr que non ! Mais gageons que de réaliser l’importance de chaque geste et son impact réel vous aidera à mettre en perspective votre portée.

Prenons l’exemple d’une personne vraiment écolo qui fait attention à son impact sur la Terre en ne mangeant aucun produit animalier (-0,8 t CO2 é), qui recycle (-0,21 t CO2 é), qui n’utilise que des sacs réutilisables (-0,05 t CO2 é) et qui fait attention à ne produire aucune perte de nourriture (-0,37 t CO2 é). Cette personne fait beaucoup d’efforts, et ainsi son empreinte carbone est 1,43 t CO2 é plus basse que la moyenne canadienne (qui est de 13,5 t CO2 é). Cependant, si cette personne décide de partir en voyage et de prendre l’avion, son transport produira une émission de 0,7 à 2,8 t CO2 é (dépendamment de la distance et d’autres facteurs), pouvant donc réduire ses efforts à néant ou même rendre ses émissions plus importantes que la moyenne.

Mais pourquoi exactement devrions-nous surveiller et effectuer des gestes pour diminuer notre impact sur le climat ? Pourquoi se priver de choses aussi agréables ?

En décembre 2015, les 195 nations de la Terre ont pris l’engagement de limiter le réchauffement climatique sous la barre des 2 °C ; il s’agit de l’accord de Paris. Cette cible s’appuie sur la littérature scientifique, qui estime qu’un réchauffement climatique supérieur engendrerait des conséquences graves, comme des inondations importantes et répétées, une sécheresse accentuée dans les régions manquant déjà d’eau, des épisodes climatiques plus graves et fréquents, etc. Or, « la plupart des scénarios couramment utilisés supposent l’utilisation de futures technologies non prouvées dans le but d’atteindre des émissions négatives. […] La législation et une transformation majeure des sources énergétiques peuvent prendre des décennies à changer à cause de la structure des infrastructures et des institutions, mais les changements de comportement au niveau individuel ont le potentiel d’être plus rapides et répandus » (traduction libre de Wynes et Nicholas, 2017).

 

Pour éviter un réchauffement climatique de plus de 2 °C, tous les humains devront générer annuellement moins de 2,1 t CO2 é d’ici 2050. Or, voici les émissions actuelles pour chacun des habitants de ces pays industrialisés :

  • États-Unis – 16,4 t CO2 é ;
  • Australie–16,3tCO2é;
  • Canada–13,5tCO2 é;
  • Union européenne – 6,7 t CO2 é.

Comme vous pouvez le constater, il y a du travail à effectuer, et comme près de 50 % des émissions de gaz à effet de serre mondiales sont reliées au style de vie des individus vivant dans les pays développés, nos choix individuels ont une portée trop souvent insoupçonnée.

Évidemment, ces données varient en fonction du pays, de l’utilisation et même de la personne, ce pourquoi il y a une plage de valeurs pour certaines des actions.

Certaines de ces actions sont hautement controversées et demandent plus d’efforts et de compromis que ce que la majorité des personnes habitant le monde développé sont prêtes à concéder, moi y compris, je dois l’avouer. Les conclusions d’une autre étude, publiée dans le magazine Nature deux semaines après celle présentée dans cet article, ne sont donc pas surprenantes : « il y a 5% de chances de limiter le réchauffement climatique à 2° C [et 1% de chances de le limiter à 1,5 °C] » (Agence France-Presse, 2017).

 

Mais au lieu de se laisser abattre par ces données, pourquoi ne pas activement agir pour diminuer notre empreinte carbone en pratiquant certaines des actions listées plus haut ? Vous n’êtes en aucun cas obligé de tout faire, allez-y une étape à la fois et en respectant vos limites personnelles. Que comptez-vous faire en premier ? Profitez-en pour en parler à vos proches, c’est toujours plus encourageant de le faire en groupe !

RÉFÉRENCES

1 Il existe de nombreux gaz à effet de serre,
qui ont tous un impact différent sur le climat lorsqu’émis dans l’atmosphère. Pour pouvoir
les comparer facilement, on convertit souvent ce potentiel en unité CO2 équivalent (CO2 é), où le potentiel de réchauffement du CO2 réparti sur 100 ans est de 1.

Par exemple, le méthane (CH4) et le protoxyde d’azote (N2O) ont respectivement des potentiels de réchauffement 25 et 298 fois supérieurs au CO2 (Climate Change Connection, s.d.).

AGENCE FRANCE-PRESSE. Climat : 5 % de chances
de limiter le réchauffement à 2°C
, [En ligne], 2017. [http://www.ledevoir.com/environnement/actualites- sur-l-environnement/504688/climat-5-de-chances- de-limiter-le-rechauffement-a-2- c?utm_campaign=Autopost&utm_medium=Social&utm _source=Facebook#link_time=1501555368] (Consulté le 1er août 2017).

CLIMATE CHANGE CONNECTION (s.d.). CO2 equivalents, [En ligne]. [https://climatechangeconnection.org/emissions/co2- equivalents/] (Consultée le 1er août 2017).

WYNES, S. et K. A. NICHOLAS. «The climate mitigation gap: education and government recommendations miss the most effective individual actions », Environmental Research Letters, vol. 12, no 7, 2017.

Pour consulter l’étude intégralement et gratuitement : http://iopscience.iop.org/article/10.1088/1748- 9326/aa7541